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Jacopo Landi / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Climat délétère avant l'examen du projet de loi sanitaire à l'Assemblée

Actualité
par Thomas DespreStéphanie Depierre, le Lundi 19 juillet 2021 à 14:59, mis à jour le Mardi 20 juillet 2021 à 14:57

Ce weekend, lors d'une manifestation contre le projet de loi sur la crise sanitaire, la députée Martine Wonner a appelé à "envahir les permanences" parlementaires pour protester notamment contre l'extension du passe sanitaire. Des propos qui ont suscité un tollé, alors que plusieurs élus de la majorité ont fait l'objet de menaces au cours des derniers jours.

La réaction n’aura pas tardé. Samedi après-midi à Paris, la députée Martine Wonner participait à un rassemblement anti-passe sanitaire. Lors de son intervention à la tribune, elle a exhorté les participants à « faire le siège des parlementaires » et à « envahir leurs permanences ». Des propos « inacceptables » et « intolérables » pour son groupe Libertés et Territoires qui a décidé de la mettre en retrait.

« Il apparaît que Martine Wonner ne peut plus désormais être membre du groupe Libertés et Territoire », écrivent ses collègues dans un communiqué publié sur Twitter dimanche. « Soit elle démissionne d’ici demain, soit elle sera exclue », commente-t-on en coulisses. De son côté, la députée du Bas-Rhin estime que ses propos sont « surinterpretés » :  « Les citoyens ne supportent plus les non réponses par mail, téléphone ou courrier de leurs élus. Les collectifs citoyens vont, à plusieurs personnes, solliciter des rendez-vous dans les permanences qui servent à cela », écrit la parlementaire sur Twitter.

« Ces propos sont inacceptables et inadmissibles, juge la députée des Hauts-de-Seine Isabelle Florennes (MoDem). Les limites ont été franchies ce week-end. Le Président de l’Assemblée nationale doit sanctionner cette députée et porter plainte. On ne peut pas laisser un député de la Nation tenir des propos délirants et incitatifs à la violence dans une tribune publique », a-t-elle poursuivi.

Le chef de file des députés La République en Marche, Christophe Castaner a pour sa part écrit dès samedi à Richard Ferrand pour lui demander de saisir le procureur de la République. Dans son courrier, il estime que « dans un contexte de recrudescence des menaces contre les élus, en particulier les parlementaires », il ne peut pas « être toléré, qu’un représentant de la nation puisse proférer de telles paroles ». Le député des Alpes-de-Haute-Provence estime que les propos de Martine Wonner « incitent à la haine et à la rébellion ».

Recrudescence des menaces contre les élus

Cet épisode s’inscrit dans un contexte où les élus de la majorité sont de plus en plus pris pour cible par des militants covido-sceptiques, opposés aux mesures prises par le gouvernement et au projet de loi élargissant le passe sanitaire. Depuis quelques semaines, plusieurs parlementaires ont fait part sur les réseaux sociaux de menaces de mort reçues sur leur site internet, à leur permanence ou même à leur domicile.

Ainsi, contacté par LCP, le député des Bouches-du-Rhône Jean-Marc Zulesi (Larem), raconte comment il a reçu, dans son jardin, une poupée à son effigie, mutilée, ainsi que des courriers de menace à sa permanence parlementaire. Il a porté plainte et bénéficie d’une surveillance renforcée par la police.

La députée Patricia Mirallès a, elle aussi, fait l’objet de courriels menaçants. « Dites aux autres députés de bien voter car à partir de maintenant, c’est des vraies balles que vous allez vous prendre », écrit l’un des auteurs de ces messages. L’élue de l’Hérault, atteinte d’un covid long et pro-vaccin, a porté plainte le lendemain.

Jeudi soir, dans un communiqué, le Président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand a annoncé saisir le Procureur de la République suite aux menaces de mort à l’encontre de députés. « Il ne saurait être toléré qu’un représentant de la Nation puisse faire l’objet de tentatives d’intimidations », a écrit Richard Ferrand.

Ces événements ont été évoqués mardi lors de la conférence des Présidents à l’Assemblée nationale. Quelques heures plus tard le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert une enquête pour "menaces de morts à l'encontre de personnes investies d'un mandat public".