Le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, affirme "comprendre" les fusions de listes décidées à l'échelon local en vue de permettre à la gauche de l'emporter au second tour des élections municipales. Le leader de Place Publique, Raphaël Glucksmann, annonce retirer ses candidats de toute les listes fusionnées avec La France insoumise.
Toulouse, Nantes, Limoges, Avignon, Brest, Clermont-Ferrand... Olivier Faure "comprend parfaitement les choix qui sont faits". Le premier secrétaire du Parti socialiste, invité lundi soir du JT de France 2, a tenté d'expliquer les nombreuses annonces de fusions de listes entre socialistes et insoumis en vue du second tour des élections municipales.
"La question qui est posée dans une élection municipale c'est de savoir comment les gens seront gouvernés dans leur ville", a martelé le chef de file du parti à la rose, refusant et réfutant en parallèle tout "accord national". Pas question donc de sanctionner les têtes de liste PS qui ont tendu la main aux insoumis, comme Johanna Rolland à Nantes, ou même qui ont choisi de se ranger derrière une candidature LFI, comme François Briançon à Toulouse.
"Si j'étais habitant à Toulouse, effectivement, je voterais François Piquemal [le candidat de La France insoumise]", a déclaré Olivier Faure, soucieux de "permettre aux Toulousains d'avoir une alternance". Et d'ajouter : "Les mots de Jean-Luc Mélenchon abîment, divisent et affaiblissent la gauche. Maintenant, cela ne veut pas dire que François Piquemal à Toulouse puisse être associé à ces mots". Olivier Faure promet, en revanche, des "suspensions" si des accords sont noués avec une tête de liste insoumise "à l'origine de propos antisémites".
"Les Toulousaines et les Toulousains nous ont dit réunissez-vous", avait justifié dès hier, lundi 16 mars, le socialiste François Briançon, interrogé par BFMTV. "L'important, c'est de créer les conditions du rassemblement, moi j'ai pris mes responsabilités", a-t-il estimé. A Limoges, l'union est également assumée par le socialiste Thierry Miguel : "Nos programmes étaient similaires dans une grande partie (...) Il est temps d'apporter une autre alternative pour Limoges face à une droite qui se radicalise de plus en plus", a-t-il déclaré au micro d'Ici.
A Nantes, la numéro 2 du Parti socialiste, Johanna Rolland, a elle aussi fusionné avec LFI : "Ce n'est pas un choix de cœur, c'est un choix de raison", affirme un proche de la maire sortante, interrogé par le journal Le Monde, qui affirme que "la ville doit absolument rester à gauche". D'autres, comme à Avignon, justifient leur fusion par une volonté de faire barrage à l'extrême droite ou par la volonté de conserver la ville, comme à Annecy.
En revanche, à Paris et Marseille, Emmanuel Grégoire et Benoît Payan ont refusé de fusionner avec les candidats de La France insoumise. Une position également assumée par le premier secrétaire du PS. "Sébastien Delogu a passé son temps à taper sur le Parti socialiste, comme d'ailleurs Sophia Chikirou", a souligné Olivier Faure.
Invité ce mardi matin de France inter, le candidat socialiste à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a tenu le même discours : "Sophia Chikirou a passé son temps à nous cogner dessus, à dire que le bilan de la majorité sortante était catastrophique." Soutenu par le PS, le candidat à la mairie de Marseille, Benoît Payan, a lui aussi rejeté la proposition d'union de l'insoumis Sébastien Delogu : "Cette main tendue, pendant toute la campagne il l'a fermée et il m'a mis des coups avec", a déploré le maire sortant de la cité phocéenne, sur BFMTV. Résultat, le candidat LFI a fini par annoncer le retrait de sa liste.
Ce mardi, le choix d'Emmanuel Grégoire et de Benoît Payan a été salué par le leader de Place publique, Raphaël Glucksmann, ainsi que par le député PS Jérôme Guedj. Farouchement opposés à toute forme d'alliance avec La France insoumise, ils fustigent les accords noués au niveau local. "Tout cela manque singulièrement de clarté", a critiqué Raphaël Glucksmann sur Franceinfo.
"On ne peut pas dire il y a quinze jours que Jean-Luc Mélenchon tient des propos antisémites et ensuite constituer avec lui et son parti des pseudo fronts antifascistes pour lutter contre la droite ou le centre-droit", a estimé l'eurodéputé, qui appelle les socialistes à "avoir la nuque raide". Convaincu que LFI et le reste de la gauche "n'appartiennent plus à la même famille", il a annoncé que Place publique refuserait "sans exception" de fusionner avec La France insoumise. Ajoutant : "Nous retirons nos candidats sur toutes les listes qui font la fusion".
Jérôme Guedj, qui s'est récemment déclaré candidat à l'élection présidentielle, "condamne" également les accords électoraux conclus avec La France insoumise. "J'ai mal à la gauche républicaine que j'essaie de porter", a déclaré le député socialiste sur Cnews. "Ce qui se noue à cet instant, c'est la crédibilité de la gauche républicaine", a-t-il affirmé, regrettant une validation de "la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, celle de la conflictualisation et de la brutalisation au niveau national".
Parfois, mieux vaut perdre une élection que perdre son âme. Jérôme Guedj (PS)
Appelant ses camarades à "voir plus haut", Jérôme Guedj estime que les accords noués auront pour conséquence d'"introduire dans des conseils municipaux des conseillers municipaux et des maires adjoints qui, demain, vont voter aux élections sénatoriales et donc des sénateurs feront la campagne de Jean-Luc Mélenchon, ou iront tailler des croupières aux socialistes". Au-delà des explications locales et politiques liées aux municipales, c'est la suite - la stratégie du PS et de la gauche en vue de l'élection présidentielle de 2027 - qui commence à se jouer.