Lutter contre les stéréotypes de genre pour favoriser l'égalité femmes-hommes

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par Soizic BONVARLET, le Mercredi 6 octobre 2021 à 16:18, mis à jour le Mercredi 6 octobre 2021 à 18:43

La mission d’information sur les stéréotypes de genre, conduite par Gaël Le Bohec (La République en marche), et Karine Lebon (Gauche démocrate et républicaine), a présenté mercredi 6 octobre son rapport devant la délégation aux droits des femmes. Adopté à l’unanimité, il préconise un certain nombre de mesures volontaristes, en particulier dans le domaine de l'éducation.

Combattre le mal à la racine, telle a été l’ambition initiale de la mission d’information relative aux stéréotypes de genre, afin de mieux lutter contre les inégalités, qui perdurent, entre hommes et femmes, dans la société française. Selon les co-rapporteurs, Gaël Le Bohec et Karine Lebon, "la déconstruction des stéréotypes de genre, dès le plus jeune âge, s’inscrit pleinement dans la grande cause du quinquennat : l’égalité entre les femmes et les hommes".

Si le rapport de la mission d’information note que les stéréotypes de genre ont évolué au cours de l’Histoire, sous la pression en particulier des luttes féministes, il part du postulat qu’ils existent toujours et sont même très ancrés, souvent de manière inconsciente. Ils se reproduisent et prospèrent dès le plus jeune âge, d’où la nécessité selon les co-rapporteurs d’agir prioritairement dans le domaine de la petite enfance.

Des stéréotypes enracinés dans la structure familiale

Si Gaël Le Bohec pointe la nécessité de "savoir conscientiser et démasquer les stéréotypes", le rapport note que la cellule familiale s’avère un environnement particulièrement favorable à leur reproduction. La mission ayant auditionné la sociologue Christine Delphy, cette dernière avait en effet indiqué que ces mécanismes agissaient dès avant l’arrivée d’un bébé au sein d’une famille, avec des stéréotypes in utero, et qu’ils étaient particulièrement opérants dès les premiers mois de celui-ci.

Le rapport propose aussi la mise en place d’"un accompagnement à la parentalité, pour les mères comme pour les pères, afin de leur apporter les outils pédagogiques pour éduquer leurs enfants dans le respect de l’autre et l’égalité entre les filles et les garçons". Les co-rapporteurs proposent que les caisses d’allocations familiales (CAF) en soient partie prenante en mettant à disposition des parents des tutoriels pratiques. Autre préconisation : l’organisation par les mairies de temps d’échanges et d’information à destination des parents sur les problématiques liées à l’enfance et à l’adolescence, en particulier sur les questions d’assignation genrée.

Gaël Le Bohec souhaite par ailleurs "aller beaucoup plus loin que le simple congé paternité d’un mois", entré en vigueur le 1er juillet dernier. Le rapport préconise ainsi d’encourager davantage les pères à solliciter un congé parental, qui s’avère aujourd’hui essentiellement le fait des femmes.

L'école, lieu privilégié de l'apprentissage de la mixité

La mission préconise que les enfants soient dès leur plus jeune âge au contact d’un environnement qui ne soit pas exclusivement féminin. Gaël Le Bohec évoque notamment une piste autour du principe d’un "quota inversé pour une masculinisation des métiers de l’Education nationale et de la petite enfance", alors que seuls 3% des éducateurs de jeunes enfants sont actuellement des hommes. Selon le co-rapporteur, si les enfants ne côtoient que des femmes tout au long de la journée, "ils auront le soir plus tendance à aller vers leur mère que vers leur père", mécanisme créant un vase clos de reproduction des assignations hommes-femmes.

Le rapport préconise ainsi de "mettre en place des seuils positifs imposant une progression régulière d’ici à l’horizon 2030 du sexe le moins représenté, jusqu’à atteindre un objectif de 40%, dans les formations des métiers de la petite enfance, ainsi que dans les formations d’enseignants du primaire et du secondaire". Il s’agirait également de procéder à une revalorisation des rémunérations et des carrières des professionnels de la petite enfance et des enseignants, ainsi que de "mener des campagnes d’information et d’incitation pour favoriser davantage de mixité dans ces métiers féminisés en quasi-totalité".

En termes de matériel scolaire, le rapport préconise également la création d’un label qualité pour les manuels scolaires en matière de déconstruction de stéréotypes de genre. Enfin, Karine Lebon a préconisé devant la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre hommes et femmes, la désignation d'"un référent égalité des genres dans chaque école primaire, avec un coordonnateur dans chaque inspection", sur le modèle de ce qui existe déjà dans le secondaire.

Les loisirs, champ d'action à ne pas négliger

Enfin, le rapport s’attache à la manière dont on occupe les jeunes enfants sur leur temps de loisirs, qu’il s’agisse d’activités sportives ou ludiques. Il recommande aussi "un module de formation obligatoire aux stéréotypes de genre" dans toutes les fédérations sportives, à destination des entraîneurs et des chargés de cours. Pour les co-rapporteurs, il s’agit notamment de casser la vision commune selon laquelle un garçon qui souhaite faire de la danse serait "efféminé", quand une fille qui aime jouer au football est "un garçon manqué".

Autre constat relevé par le rapport : "la longue histoire des jouets genrés montre que le marketing de genre a un impact profond sur la construction psychologique des enfants". De même, la distinction des espaces au sein des cours de récréation des écoles témoigne d’une structure genrée des jeux de plein air, les filles étant bien souvent reléguées par petits groupes aux marges et aux recoins, quand les garçons occupent la plus grande partie et le centre de l’espace, pour s’adonner notamment à la pratique de sports collectifs. À la lumière de ce phénomène, le rapport préconise donc de "repenser l’aménagement des cours de récréation, avec notamment des équipements sportifs offrant la possibilité aux filles et aux garçons de jouer ensemble, afin que la cour de récréation permette des usages diversifiés". "Il ne s’agit certes pas d’empêcher les garçons de jouer au foot s’ils le souhaitent", précise Karine Lebon, "mais bien de favoriser, lors des moments récréatifs, l’appropriation de l’espace par tous et toutes, et les interactions entre toutes et tous".

S'étant rejouis d'un travail transpartisan particulièrement fructueux, les co-rapporteurs ont été félicités par l'ensemble des députés présents, qui ont adopté leur rapport à l'unanimité.