La commission d'enquête sur les violences commises en marge des manifestations du 17 octobre n'a toujours pas démarré ses travaux. Une réunion organisée à l'Assemblée ce mardi n'a pas permis de trouver une issue en vue du lancement de l'instance, boycottée par un Rassemblement national privé de poste de rapporteur. Plusieurs solutions ont été proposées aux députés.
La commission d'enquête sur le 17 octobre va-t-elle finalement pouvoir lancer ses travaux ? Prestement lancée à l'initiative de la présidente du Palais-Bourbon, Yaël Braun-Pivet, au lendemain des violences ayant émaillé les mobilisations, l'instance est, depuis, toujours bloquée. En cause, la répartition des stratégiques postes de rapporteurs, qui ont échu à deux députés de gauche, Pouria Amirshahi (Écologiste et social) et Roger Vicot (PS), et à une élue du groupe Horizons, Agnès Firmin Le Bodo, à l'issue d'un scrutin à bulletin secret. Et ce en dépit d'un accord informel au préalable, qui visait à respecter les équilibres politiques du Palais-Bourbon.
Privé de poste, le RN a annoncé son intention de boycotter les travaux. Agnès Firmin Le Bodo a, par la suite, fait savoir qu'elle se mettait en retrait de ses fonctions de rapporteure, craignant que la "crédibilité" de la commission d'enquête soit menacée. Depuis, statu quo, ou presque. Une réunion animée a eu lieu ce mardi à l'Assemblée nationale, dans l'espoir de trouver une solution à cet embrouillamini, mais aucun accord n'a été scellé. La gauche s'est notamment opposée à l'idée de créer un quatrième poste de rapporteur pour le RN.
Contacté par LCP, Vincent Caure (Ensemble pour la République), le président de la commission des lois transformée en commission d'enquête, a indiqué être à disposition de l'ensemble des groupes et de la présidente de l'Assemblée nationale pour tenter d'identifier une voie de déblocage, que ce soit par une nomination supplémentaire, ou par la mise en place d'une mission d'information en lieu et place de la commission d'enquête. Mais à ce stade, le député ne peut que constater l'absence d'accord entre les camps politiques.
"Il y a eu un vote, il y a eu un résultat de vote. Nous ne sommes pas non plus contents de ne pas avoir de rapporteur. [...] Nous avons été battus. Est-ce qu'on a quitté la commission d'enquête pour autant ? Non", a souligné ce mardi Mathilde Panot (La France insoumise) devant la presse. "Le RN essaye de bloquer cette commission en faisant un caprice", a tranché la patronne des députés LFI, estimant que le groupe présidé par Sébastien Chenu était en train "d'enkyster une commission d'enquête pourtant nécessaire". Elle a jugé "scandaleu[ses]" les propositions tenues en réunion, notamment l'idée d'organiser un nouveau vote en cas de démission formelle d'Agnès Firmin Le Bodo.
LFI comme le RN "ont été battus" lors du vote, a souligné Stéphane Peu devant la presse. "Il suffit que madame Le Pen fronce les sourcils pour que madame Braun-Pivet se couche, Ben nous on n'est pas d'accord", a martelé le président du groupe Gauche démocrate et républicaine. "C'est un exemple supplémentaire de la tolérance et de la dérive de la majorité actuelle vis-à-vis du RN." "S'il y a un blocage, c'est plutôt de la macronie", a abondé Romain Eskenazi (PS), soulignant que le RN avait seulement "perdu un vote".
"On est un peu coincé. [...] Si on remet du RN, c'est la gauche qui sort, si on ne met pas de RN, c'est le RN qui ne vient pas", n'a pu que constater Perrine Goulet (Les Démocrates). "Si aucun des deux ne fait un compromis [la commission d'enquête] est morte." Pour éviter d'en arriver à ce diagnostic, la présidente de l'Assemblée nationale doit désormais appeler les présidents de groupe pour décider du devenir de l'instance, comme l'a fait savoir Mathilde Panot.