"Osez l'export": un rapport parlementaire plaide pour plus de diplomatie économique au service des PME

Actualité
Image
Containers industriels, illustration
Containers industriels, illustration.
par Soizic BONVARLET, le Vendredi 24 juillet 2026 à 17:20, mis à jour le Vendredi 24 juillet 2026 à 17:43

Les députées Amélia Lakrafi (Ensemble pour la République) et Pascale Got (Socialistes) ont récemment présenté un rapport dressant le bilan du plan "Osez l’export", lancé conjointement par le ministère de l’Économie et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères en août 2023. Elles plaident notamment pour s'appuyer davantage sur le rôle des diplomates afin de booster l'export français.

La France est-elle suffisamment performante en matière d'exportations dans un contexte qui nécessite plus que jamais de s'adapter aux grandes mutations du commerce international ? Telle est la question que se sont posées les députées Amélia Lakrafi (Ensemble pour la République) et Pascale Got (Socialistes) au travers de la mission d'information qu'elles ont menée afin d'évaluer le plan "Osez l'export", lancé par le gouvernement en août 2023. Une mission qui a abouti à un rapport que les deux élues ont présenté fin juin devant la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale. 

Structuré autour de treize mesures, ce plan "Osez l'export" avait pour but de renforcer la culture de l’export dans l’appareil productif, en accroissant notamment le nombre d’entreprises exportatrices françaises. Son année de lancement, 2023, avait été celle d'une balance commerciale nationale qui venait de battre un funeste record avec un déficit historique s’établissant à 161,7 milliards d’euros.

Une embellie en demi-teinte

La situation s'est depuis améliorée, avec un solde commercial qui s'est établi en 2025 à 69,2 milliards d’euros, et des exportations - principalement de produits aéronautiques -, qui sont reparties à la hausse pour atteindre un total de 614,7 milliards d’euros. "Si ces chiffres sont encourageants", note le rapport, "ils masquent de fortes disparités interbranches, en témoignent la dégradation de l’excédent du secteur agroalimentaire et les mauvais résultats en termes d’export de produits manufacturés". Surtout, le rapport souligne que "le solde commercial français demeure inférieur de 11,1 milliards d’euros à son niveau de 2019".

Amélia Lakarafi, qui a été entrepreneure pendant dix ans, notamment dans le domaine de la cybersécurité, estime que la France pourrait faire plus pour que ses produits et ses savoir-faire rayonnent à travers le monde. "Même dans les secteurs du luxe, des vins et spiritueux, on pourrait faire encore davantage", considère la députée contactée par LCP. Alors que seulement 10% des entreprises exportatrices françaises font partie du tissu économique des petites et moyennes entreprises (PME) - 70% sont des grands groupes, 20% des entreprises de taille intermédiaire -, l'élue dont la circonscription des Français établis hors de France couvre une grande partie de l'Afrique et les pays du Golfe regrette que le plan gouvernemental n'ait pas encore trouvé son public, pourtant tourné dès son origine vers les PME.

"Il faut davantage associer les petites boîtes aux visites à l'étranger du président de la République. Je dis toujours que Pouyanné, lui, n'a pas besoin d'être dans l'avion", martèle-t-elle, en référence au patron de TotalEnergies, qu'elle oppose à "un artisan qui fabrique de la dentelle de Calais", pour qui un tel voyage pourrait "tout changer".

Plus globalement, Amélia Lakrafi estime que si le plan gouvernemental a le mérite d'exister, son budget répond plus à une logique de "saupoudrage" qu'à une stratégie d'investissements ciblés. "On peut mieux faire", affirme la députée - même à budget constant - à condition de réorienter une partie des aides, comme la prime export ou le programme de volontariat international en entreprise (VIE), des grandes structures vers les plus petites. 

Mobiliser les ambassadeurs

Le rapport plaide également pour faire des ambassades des lieux privilégiés de la culture de l'export. Sur la question de la promotion économique de la France à l'étranger, "il y a un sujet RH du Quai [d'Orsay] qui est identifié depuis longtemps", souligne Amélia Lakrafi. Elle souhaite notamment réinstaurer des "speed dating" entre diplomates et entrepreneurs durant la semaine annuelle des ambassadeurs. Ces derniers seraient également incités à se rendre systématiquement aux salons économiques, ainsi qu'à organiser dans leur prolongement des événements à l'ambassade, afin de favoriser les rencontres entre les acteurs économiques français et ceux du pays concerné.

"Il faut également mobiliser les cabinets comptables et les banques, qui doivent être de véritables partenaires de l'export", ajoute la députée de la 10e circonscription des Français établis à l'étranger. Celle qui a été rapporteure du projet de loi de finances pour la partie concernant le commerce extérieur estime que les chiffres de l'année 2026 seront déterminants pour l'export.

"Sur le vin et les spiritueux et après les décisions de Donald Trump relatives aux droits de douane, on a pu constater une baisse allant jusqu'à 8% en 2025". Un chiffre non négligeable, même s'il ne correspond pas à la catastrophe un temps annoncée. "Mais les vignerons sont inquiets, et c'est aussi la question de l'investissement sur de nouvelles parcelles qu'il faudra regarder", fait valoir Amélia Lakrafi, évoquant la possibilité que des acteurs du vin aient "freiné leur croissance" au vu du contexte international. Une raison de plus selon elle, de les accompagner, comme toutes les petites structures exportatrices, afin de restaurer la confiance et de gagner en dynamique commerciale.