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L'ajout d'une année d'étude en plus pour les futurs médecins généralistes adopté par les députés

Quatrième année d'internat pour les futurs médecins généralistes : les députés valident la mesure en commission

Actualité
par Hortense de Montalivet, le Mercredi 12 octobre 2022 à 15:00, mis à jour le Jeudi 13 octobre 2022 à 14:13

Lors de l'examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023, la commission des affaires sociales s'est prononcée en faveur de la mise en place d'une quatrième année de formation pour les internes de médecine générale. Controversée, la mesure a toutefois permis de faire émerger un consensus entre députés sur la nécessité d'agir contre les "déserts médicaux".

À l'issue de débats dont tous ont reconnus qu'ils étaient "très intéressants" - voire même "super intéressants" selon les mots de la présidente de la commission des affaires sociales, Fadila Khattabi (Renaissance) - les députés ont voté, mercredi 12 octobre, l'article 23 du budget de la Sécu pour 2023 qui prévoit la création "d’une quatrième année de consolidation au diplôme d’études spécialisées de médecine générale". Avec cette année supplémentaire, exclusivement composé de stages, le gouvernement veut mieux former les futurs généralistes à l'exercice libéral de la médecine, accompagner leur installation et les inciter à pratiquer dans les "zones sous-denses", plus connues sous le nom de "déserts médicaux".

Le médecin urgentiste et député Horizons, Thomas Mesnier, a estimé qu'il s'agissait-là d'un des articles-phares du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. "Cette année en plus existe déjà pour les autres spécialités", a justifié de son côté la rapporteure et médecin rhumatologue de profession, Stéphanie Rist (Renaissance), avant d'ajouter: "Peu importe où il va, le médecin ce qu'il veut avant tout c'est pouvoir soigner correctement les malades". 

Pas de quoi convaincre les députés des groupes de la Nupes. Selon eux, soit la mesure n'est pas assez incitative et ne résout pas le problème de l'accès aux soins dans les territoires sous-dotés - le socialiste Arthur Delaporte a questionné en ce sens "la mollesse" de l'aspect coercitif du texte - soit elle "interroge sur les intentions" du gouvernement, a estimé Pierre Dharréville (Gauche démocrate et républicaine), craignant "l'import de médecins à bas coût" dans des zones concernées. 

 

Enfonçant le clou, l'Insoumis François Ruffin s'est formellement "opposé à l'idée que la jeunesse, et y compris dans la médecine, soit une variable d'ajustement (...) Une main d’œuvre malléable et corvéable à merci". 

"Il faut que cette année soit valorisante."

Plusieurs voix - y compris quelques-unes dans les rangs de la majorité - se sont élevées pour regretter le manque de précision du texte à ce stade. Quel sera le statut du jeune praticien ? Sera-t-il un interne, un médecin adjoint ? Quelle sera sa rémunération ? Et son accompagnement ? "On ne peut pas aller vers un alignement du temps d'études qui ne soit pas un alignement salarial", a déclaré Sandrine Rousseau (Ecologiste), dont l'amendement pour la suppression pure et simple de l'article 23 a été rejeté. "Il faut que cette année soit valorisante" a, quant à lui, indiqué Didier Martin (Renaissance), neuroradiologue de formation. Fin septembre, le ministère de la Santé a annoncé une concertation afin de trouver les "bonnes conditions" de mise en oeuvre de cette année supplémentaire. 

Du côté des syndicats, cette année supplémentaire de formation a rencontré l'hostilité des internes dès son annonce, le 23 septembre dernier. "On ne veut pas être les bouche-trous", prévient la présidente de l'Intersyndicale des internes, Olivia Fraigneau, interrogée par LCP. "On va juste donner envie aux futurs soignants de ne pas s'installer en zones" sous-denses, estime-t-elle, alors qu'un rassemblement est prévu devant le ministère de la Santé et des solidarités vendredi 14 octobre.

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A l'issue de la séance en commission, Caroline Janvier (Renaissance) a salué, auprès de LCP, un "consensus" parlementaire sur l'installation nécessaire en zone rurale. La rapporteure en charge du "volet autonomie" du PLFSS estime que cet article est un "point d'équilibre entre la position trop radicale de la Nupes qui veut la coercition et celle des Républicains qui ne veulent pas qu'on touche au choix du lieu d'exercice".