Réserver les logements HLM aux Français: la proposition de Marine Le Pen provoque une levée de boucliers

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Marine Le Pen le 15 février 2023
par Raphaël Marchal, le Lundi 14 septembre 2026 à 17:15, mis à jour le Lundi 14 septembre 2026 à 17:17

Les propositions de la candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle en matière de logement ont suscité de vives critiques de la part de responsables politiques et associatifs. Marine Le Pen a notamment proposé de "donner la priorité d'accès au logement social aux Français" et d'abroger la loi SRU, qui impose un quota de logements sociaux en ville.

"Lubie xénophobe", "ghettos de riches", comparaison avec Pétain... C'est peu dire que les propositions dévoilées par Marine Le Pen en matière de logement hier ont suscité de vives réactions. Lors de son discours de rentrée prononcé à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), dimanche 13 septembre, la candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle a mis l'accent sur le logement, un "sujet majeur" qui sera, a-t-elle expliqué, l'un de ses chantiers prioritaires si elle accède à l'Élysée.

Marine Le Pen défend notamment l'accès prioritaire des Français aux logements sociaux, et souhaite leur réserver les aides personnelles au logement (APL). La patronne des députés RN veut également d'abroger la loi sur la solidarité et renouvellement urbain (SRU). En vigueur depuis 2000, cette loi oblige les communes de plus de 3.500 habitants en zone urbaine (1.500 dans l'agglomération parisienne) à disposer, d'ici 2025, de 20% ou 25% de logements locatifs sociaux dans l'ensemble de leur parc de résidences principales. En outre, elle propose d'expulser les "familles délinquantes" des logements sociaux et de supprimer les "contraintes" liées aux diagnostics de performance énergétique (DPE).

"La préférence nationale, c'est ce que Pétain a mis en place en 1940"

C'est l'idée de réserver en priorité - via une "priorité nationale" - les logements HLM aux Français qui a le plus fortement déchaîné les foudres des adversaires de Marine Le Pen. La plupart de ces réactions venant à ce stade de la gauche et d'organisations du secteur du logement. "La préférence nationale, c'est ce que Pétain a mis en place en 1940", a cinglé le sénateur communiste Pierre Ouzoulias sur BFMTV, ce lundi. "Une infirmière étrangère, en situation régulière, qui travaille (...), pourquoi elle aurait moins de droits qu'une autre infirmière de notre pays ?", a questionné Prisca Thévenot (Ensemble pour la République) sur la même chaîne.

Cette proposition est une "lubie xénophobe" de Marine Le Pen, a de son côté fustigé Emmanuelle Cosse, à la tête de l'Union sociale pour l'habitat, la structure qui réunit les organismes HLM. Pour l'ancienne ministre écologiste du Logement, les mesures défendues par Marine Le Pen "désignent un bouc émissaire : les immigrés". "Les étrangers ne sont pas favorisés dans l'entrée dans le logement social, il n'y a aucun favoritisme. Leur accès est même inférieur par rapport aux ménages français", a-t-elle assuré lors d'une conférence de presse organisée ce lundi. Selon l'USH, les étrangers représentent 15 % des locataires de logements sociaux.

"La préférence nationale ne résoudra rien à la pénurie" de logements sociaux assure de son côté la Confédération nationale du logement (CNL), qui défend les locataires HLM. "Faire croire que les étrangers seraient les grands responsables de la crise du logement relève donc du mensonge", estime l'organisation dans un communiqué.

"Ce serait catastrophique pour le droit au logement"

La proposition de supprimer la loi SRU a également provoqué l'indignation de plusieurs responsables politiques. "Madame Le Pen a pour politique du logement le projet de faire des ghettos de riches", a fustigé Jean-Luc Mélenchon sur X. Cette mesure favoriserait "les villes qui ne veulent surtout pas accueillir du logement social", a pointé Nicolas Mayer-Rossignol, maire PS de Rouen. "Les villes où vous avez les plus riches, ils vont pouvoir rester entre plus riches", a déploré l'édile sur BFMTV. "Ce serait catastrophique pour le droit au logement", a appuyé sur X Jacques Baudrier, adjoint communiste chargé du logement à la mairie de Paris.

L'ex-ministre du Logement Guillaume Kasbarian (Ensemble pour la République) a pour sa part exhumé sur X un échange datant de mars 2024, dans lequel le député RN Frédéric Falcon témoignait de "l'attachement" de son parti à loi SRU. "Nous ne souhaitons aucunement revenir dessus", avait à l'époque assuré l'élu de l'Aude. Ce lundi, Frédéric Falcon a été nommé coordinateur du pôle logement de la campagne présidentielle de Marine Le Pen.

"Le logement est au cœur de toutes les fractures françaises", commente de son côté l'entourage de l'actuel ministre du Logement, Vincent Jeanbrun. "Nul doute que les députés RN voteront à l'automne à l'Assemblée [le projet de loi du gouvernement sur la relance du logement] afin de libérer la construction, simplifier les projets."