REPORTAGE. Ce samedi, l'insoumis Jean-Luc Mélenchon et le secrétaire national du Parti communiste français (PCF) Fabien Roussel ont tenu un meeting à la Fête de l'Humanité, chacun de leur côté et à quelques minutes d'intervalles. Le duel à distance entre les deux candidats à l'élection présidentielle a semblé tourner à l'avantage du leader insoumis.
Il s'agit, selon les Insoumis, d'une "formidable démonstration de force". Ce samedi, Jean-Luc Mélenchon s'est exprimé à la Fête de l'Humanité devant une foule enthousiaste, composée de plusieurs milliers de personnes. Le candidat à l'élection présidentielle a salué "le peuple de L'Humanité" venu le soutenir et qui a très largement débordé du stand de La France insoumise.
L'après-midi a été le théâtre d'une lutte à distance entre Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste français (PCF). Les deux hommes se sont exprimés à quelques minutes d'intervalle : le duel a semblé tourner à l'avantage de l'Insoumis, même si le meeting de Fabien Roussel, qui avait l'honneur de la grande scène Angela Davis, s'est lui aussi déroulé devant une audience nombreuse.
Dès vendredi, Jean-Luc Mélenchon est venu prouver sa popularité parmi le public de la Fête de l'Huma. Interrogé à 18 heures sous le chapiteau de l'Agora par des journalistes de l'Humanité, le leader des insoumis avait reçu une assourdissante ovation. Le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel, qui débattait une heure plus tôt au même endroit avec le patron du Medef Patrick Martin, n'avait pas eu droit à un tel soutien.
La présence du leader des insoumis avait d'ailleurs drainé beaucoup plus de monde que celle du secrétaire national du PCF. Les Insoumis en ont profité pour souligner leur succès en terre communiste : "Impressionnant ! Vous étiez incroyablement nombreux à suivre mon intervention à l'Agora de la Fête de l'Humanité !", a écrit sur X le candidat à l'élection présidentielle.
Ce samedi, Jean-Luc Mélenchon ne s'exprime pas sur la grande scène de la Fête de l'Huma, un honneur réservé au secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. Le leader des insoumis prend la parole à 16h10 sur le stand de son mouvement, qui est plus difficile à trouver dans les dédales de la Fête.
Pour faire le plein, les militants insoumis s'organisent et distribuent des tracts dès le matin : "Il faut venir sur le stand, il faut montrer qu'il y a du monde", harangue Ludovic, 42 ans. Quelques centaines de mètres plus loin, c'est Pierre, 27 ans, qui tend sous un soleil écrasant son document violet arborant la tête du leader insoumis. Comme de très nombreuses personnes présentes à la Fête, le jeune homme arbore un maillot de foot Mélenchon 27, aux couleurs de l'équipe de France : une identification visuelle immédiate, qui lui vaut quelques réactions épidermiques. "Aaah ! Caca !", hurle un homme d'une quarantaine d'années.
Et lorsque Jean, sans faire attention, invite deux militantes des Jeunesses communistes à venir assister au meeting de Jean-Luc Mélenchon, l'une d'entre elles répond du tac-au-tac : "Ah non, vraiment pas." La jeune femme, âgée de 24 ans, juge qu'elle "n'aurait pas dû réagir ainsi, la consigne nationale est 'pas touche aux autres forces de gauche'." La militante communiste n'assistera pas au meeting de Jean-Luc Mélenchon car elle estime que cela reviendrait à directement lui "apporter son soutien".
Malgré cela, la jeune femme prédit que le meeting de Jean-Luc Mélenchon attirera plus de monde que celui de Fabien Roussel : "Le public de la Fête est très sensible aux idées insoumises", reconnaît la militante. "C'est un public très politisé, Jean-Luc Mélenchon est le principal candidat de gauche, c'est naturel qu'il y ait plus de monde pour lui", continue-t-elle, ajoutant que le public que le PCF entend conquérir, comme les abstentionnistes par exemple, n'est pas forcément présent en masse ce week-end à Brétigny-sur-Orge.
Alors que les communistes sont convaincus que leur présence à l'élection présidentielle permettra d'élargir le socle électoral de la gauche, plusieurs cadres insoumis estiment que la candidature de Fabien Roussel pourrait faire perdre quelques précieuses voix à Jean-Luc Mélenchon. Pour sa part, le leader insoumis, sûr de sa force, ne veut pas parler des autres candidatures de gauche : "Moi, j'en ai assez, je ne perdrai pas une minute à jouer de la mandoline sous la fenêtre de qui que ce soit, bienvenue à tous ceux qui veulent entrer dans la lutte avec nous, point final !", a lancé vendredi le leader insoumis, lorsqu'il répondait aux questions des journalistes de L'Humanité sous le chapiteau de l'Agora.
Trente minutes avant le début du meeting de Jean-Luc Mélenchon, l'accès au chapiteau de La France insoumise est déjà presque impossible. Sous la tente, malgré une chaleur écrasante, les militants chantent plusieurs slogans comme "Siamo tutti antifascisti" mais aussi "Non, Roussel n'est pas un camarade !" Arrivé sous les vivats du public, le leader des insoumis déroule pendant plus d'une heure plusieurs de ses thèmes favoris (inflation, vie chère, hausse des salaires) et passe un long moment à égratigner Christine Lagarde, qui a récemment critiqué sa proposition d'annuler une partie de la dette française.
"2027 est une opportunité extraordinaire de faire un grand ménage, qu'ils s'en aillent tous !", conclut Jean-Luc Mélenchon. Privé un moment de l'écran lui indiquant la durée de sa prise de parole, l'Insoumis a parlé plus longtemps qu'il ne l'avait prévu. La foule qui veut bien se rendre au meeting de Fabien Roussel, à l'autre bout de la Fête, ratera le début de la prise de parole du patron du PCF.
Devant une foule nombreuse, quoi que moins compacte, Fabien Roussel s'exprime pour sa part pendant un peu moins d'une heure. Encadré de nombreux élus communistes, il égrène les sujets qu'il avait déjà mis en avant la veille, devant la presse. Puis il s'adresse à la foule : "Mettez de côté les petits épiciers qui comptent les sondages et les candidats !", a-t-il scandé, estimant que le plus important était de savoir "combien de salariés et d'abstentionnistes" les communistes allaient "convaincre" en 2027.

Un message partagé par François, 52 ans. Vêtu du t-shirt rouge de la campagne de Fabien Roussel - vendu à la boutique du PCF - il refuse de rentrer dans le jeu du concours de popularité entre communistes et insoumis : "Nous, ici on parle de la Fête de l'Huma et des propositions de notre candidat, pas de chicayas, notre adversaire c'est la droite, l'extrême droite, pas LFI", lance-t-il.
Si les proches de Jean-Luc Mélenchon insistent sur le succès de leur candidat ce week-end, l'ex-Insoumis Alexis Corbière (L'Après) met en garde ses anciens camarades. Croisé sur le stand des écologistes quelques minutes avant la prise de parole du leader des Insoumis, le député de Seine-Saint-Denis prévient : "J'appelle tout le monde à ne pas être grisé, l'objectif n'est pas de l'emporter à l'applaudimètre à la Fête de l'Huma mais bien de convaincre tout le pays, et pour moi il n'y a pas de victoire possible sans union."
Maxence Kagni, à Brétigny-sur-Orge.