Lors du débat organisé à l'Assemblée nationale, ce mercredi 28 octobre, sur "l'avenir du processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur", le gouvernement a confirmé et expliqué les annonces faites lundi pour répondre au mouvement lycéen, notamment sur Parcoursup. Satisfaits de la suppression de la plateforme sans être d'accord sur le système a mettre en place pour la remplacer, les groupes politiques ont, à six mois de l'élection présidentielle, fait part de leurs propositions.
Alors que la mobilisation lycéenne continue de s'exprimer en dépit des vacances scolaires et qu'un acte III des manifestations qui ont commencé le 17 octobre avec des mots d'ordre plus généraux, notamment contre la vie chère, aura lieu samedi prochain, le gouvernement a souhaité se livrer à un temps d'échange avec la représentation nationale.
Lors d'un débat sans vote organisé ce mercredi dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale et consacré à l'avenir du processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur, l'exécutif a notamment confirmé la fin de Parcoursup à l'horizon de la rentrée 2028, avec des évolutions dès la campagne d'affectation 2027.
C'est Sébastien Lecornu qui a pris la parole, en ouverture des débats. Le Premier ministre a estimé que la classe politique "devait des réponses" aux lycéens et aux étudiants : "Ce débat doit permettre à chacun de dire lesquelles, très concrètement, et de dire qui est prêt à construire, qui est prêt à voter les mesures indispensables", a-t-il déclaré, estimant que le gouvernement "venait chercher des propositions et des engagements précis".
"Des choses ont été faites, sûrement insuffisantes, mais ne mentons pas aux jeunes, jamais la Nation n'a investi autant dans l'Education nationale et l'Enseignement supérieur", a martelé Sébastien Lecornu, qui estime que "les revendications des lycéens sont cohérentes". Le Premier ministre est revenu sur les différentes mesures annoncées lundi par le gouvernement citant, par exemple, le plafonnement progressif des classes de seconde à 28 élèves, l'aménagement des emplois du temps, ou encore la création de 500 postes de professeurs dans le secondaire.
"Parcoursup sera remplacé pour la campagne 2028, c'est entendu", a-t-il ajouté. Le Premier ministre attend toutefois les pistes des différents groupes politiques pour faire évoluer l'orientation des lycéens : "On peut dénoncer ensemble un système et vouloir ensuite deux systèmes profondément opposés. Il faut maintenant rentrer dans le détail."
"Il ne s'agit pas de faire croire à chacun qu'il peut faire, d'un coup, sans préparation, n'importe quel cursus scolaire mais qu'en revanche des choix de spécialités (...) doivent pouvoir déboucher sur un parcours dans l'enseignement supérieur librement choisi", a ensuite expliqué le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray.
En outre, celui-ci a une nouvelle fois ouvert la porte à des modifications sur le contrôle continu dès la rentrée 2027. "Nous ne pouvons nous satisfaire d'un système qui ferait de la préparation de l'avenir une pression constante sur le présent", a-t-il affirmé. Pas question néanmoins de supprimer totalement le contrôle continu, puisque selon le ministre, ce système "s'est traduit objectivement par l'amélioration des résultats des élèves au baccalauréat".
Si tous les groupes ont approuvé la suppression de Parcoursup, la plupart ont également estimé que la réponse à la mobilisation lycéenne et étudiante ne pouvait se contenter d'être technique. Evoquant des "choix de société" ayant vocation à être tranchés à l'occasion de l'élection présidentielle, Violette Spillebout (Ensemble pour la République) a notamment plaidé pour "une refonte complète de l'orientation". Et de citer pêle-mêle pour ce faire "des conseillers d'orientation en nombre suffisant (...) un accompagnement renforcé et personnalisé dès la seconde, et un véritable assistant IA qui devra accompagner chaque élève pour lui faire découvrir des formations qu'il ignore".
Roger Chudeau (Rassemblement national) a, pour sa part, estimé que le principal défaut de Parcoursup résidait dans un algorithme qui "n'est pas nourri des données essentielles à son effectivité". Il a notamment pointé l'incongruité liée au seul fait que "les épreuves de spécialité, qui traduisent les choix d'orientation future, [soient] passées en juin" et donc ignorées du système. Quant à son collègue Maxime Michelet (Union des droites pour la République), il a considéré "urgent" de "rendre au baccalauréat son rôle essentiel de certification des compétences acquises dans l'enseignement secondaire" ayant vocation à redevenir l'outil privilégié "d'orientation, d'admission et de sélection dans l'enseignement supérieur".
De l'autre côté de l'hémicycle, Louis Boyard (La France insoumise) a vivement réagi aux propos des ministres, dénonçant des discours "déconnectés de la réalité", et revenant largement sur les mobilisations actuelles. "Vous avez un immense problème de respect vis-à-vis de la jeunesse française", a lancé le député à l'endroit du gouvernement avant de s'adresser spécifiquement à Sébastien Lecornu quant à son attitude à l'égard des lycéens mobilisés. Et de déclarer : "La première chose que vous devriez faire, Monsieur le Premier ministre, c'est présenter des excuses. Pour avoir dit qu'ils étaient manipulés par La France insoumise, ce qui insinue qu'ils ne savent pas penser par eux-mêmes, pour les avoir caricaturés comme des brûleurs de poubelles, pour les violences policières !"
Et maintenant ? Sébastien Lecornu a indiqué que les ministres allaient recevoir dès jeudi les représentants lycéens sur la question du bâti scolaire. "Je reverrai avec les ministres les représentants des lycéens et des étudiants dans moins de 15 jours", a ajouté le Premier ministre. Puis, le "comité de réforme", qui associe "lycéens et enseignants autour des ministres", devra présenter de premières recommandations "courant novembre".