À LA UNE / Moyen-Orient : la guerre dans l'ère de l'IA
Alors que la guerre au Moyen-Orient entre dans sa troisième semaine, entre essaims de drones et intelligence artificielle (IA), le champ de bataille se transforme. « Après la guerre en Ukraine et à Gaza, la guerre en Iran apparaît comme une étape supplémentaire du recours de plus en plus systématique à l'IA par les grandes puissances militaires », relève Laure de Roucy-Rochegonde, directrice du Centre géopolitique des Technologies de l'Ifri. L'IA est désormais largement mobilisé par les belligérants pour piloter des drones autonomes, analyser des données et hiérarchiser des cibles. Le 28 février, les États-Unis et Israël ont ainsi conduit près de 900 frappes en l'espace de 12 heures, une simultanéité rendue possible par un recours intensif aux capacités de l'IA. Le Pentagon s'est appuyé en effet sur Claude, une IA développée par Anthropic. Toutefois, selon la chercheuse Emilia Probasco « Ça a des failles [...] L'algorithme peut, par exemple, être biaisé et mal identifier une cible particulière. ». Face aux risques de dérives et usages de l'IA à mauvais escient, l'ONU avait demandé en juin 2025 aux Etats d'instaurer des règles contraignantes pour l'encadrer. Du côté iranien, les drones Shahed se sont imposés comme l'outil central de la riposte. Peu coûteux, environ 17 000 euros, produits en masse et lancés en essaims, ces drones cherchent à épuiser le système défensif adverse : un drone bon marché peut obliger à tirer un intercepteur dont le coût atteint 3 millions d'euros. Si l'IA et les drones révolutionnent la conduite de la guerre, conduisent-ils aussi à brouiller les responsabilités ?
Invités :
- Margot Vallin-Sénéchal, secrétaire générale de l'AMIAD,
- Général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire auprès de l'ONU,
- Alexandra Saviana, grand reporter à L'Express,
- En visio, Jérémy Caussade, PDG d' Aura Aéro, constructeur aéronautique français.
Chroniques :
« Le chiffre du jour » par Fanny Guinochet
« Quelle histoire ! » par Olivier Ravanello
LA QUESTION QUI FÂCHE / Crise énergétique : la France en fait-elle assez ?
Le mercredi 18 mars, Israël a mené des frappes contre le gisement gazier offshore South Pars, la plus grande réserve de gaz connue du monde, qui fournit environ 70 % du gaz naturel consommé en Iran. En réponse, l'Iran a mené des frappes à Ras Laffan, au Qatar, le plus grand site de production de gaz liquéfié du monde, alimentant le spectre d'une « guerre du gaz ». Car, le Qatar est lié par une série d'accords à long terme sur le gaz naturel liquéfié (GNL) avec, entre autres, le français Total, le britannique Shell, l'indien Petronet, et l'italien Eni. L'Iran a également ciblé les infrastructures énergétiques d'Arabie Saoudite, qui a annoncé se donner « le droit de mener des actions militaires si cela s'avère nécessaire ». Jusqu'à présent, la crainte principale se concentrait sur le verrouillage du détroit d'Ormuz mais cet enchaînement laisse redouter une nouvelle escalade dans le conflit. Alors que l'Italie de Giorgia Meloni a adopté, ce mercredi 19 mars, un décret-loi réduisant de 0,25 euro par litre le prix du carburant, le gouvernement français n'envisage pas, à ce stade de baisser les taxes sur les prix du carburant. Réunis à Matignon ce jeudi 19 mars, autour de Sébastien Lecornu et sept ministres concernés par le conflit, le gouvernement a reçu divers représentants de filières touchées par ces hausses de prix, notamment les agriculteurs et les pêcheurs. Comment la France peut-elle répondre à ces envolées de prix ?
Invités :
- Agnès Pannier-Runacher, députée « Ensemble pour la République » du Pas-de-Calais,
- Chloé Le Coq, présidente de l'association des économistes de l'énergie.