twitter facebook chevron-right

Jacques Chaban-Delmas, une certaine idée de la politique

Premier ministre, président de l’Assemblée nationale pendant 16 ans et maire de Bordeaux durant près d’un demi-siècle : l’ancien résistant a marqué la vie politique française. Rétrospective d’un homme qui aurait eu 100 ans cette semaine.
4 min

L'Assemblée nationale fête mardi les 100 ans de la naissance de Jacques Chaban-Delmas. Les prises de position de cet homme né le 7 mars 1915 conservent, aujourd'hui encore, une certaine modernité.

Résistant

Fidèle du général de Gaulle, Jacques Chaban-Delmas s'illustre, d'abord, comme délégué militaire national pendant la résistance. Son rôle dans la libération de Paris en 1944 lui vaut le titre de "Compagnon de la Libération".

En 1947, trois ans seulement après la fin de la guerre, "Chaban" est élu maire de Bordeaux. Un poste qu'il conservera durant 48 ans, avant de laisser sa place, en 1995, à Alain Juppé.

Progressiste

Profondément réformateur, Jacques Chaban-Delmas prône l’avènement d'"une nouvelle société". Nommé Premier ministre en 1969, il présente, à l'Assemblée nationale, son plan d'action pour débloquer la France : "Le nouveau levain de jeunesse, de création, d'invention qui secoue notre vieille société peut faire lever la pâte de formes nouvelles et plus riches de démocratie et de participation, dans tous les organismes sociaux comme dans un État assoupli, décentralisé, désacralisé. Nous pouvons donc entreprendre de construire une nouvelle société."

A la tête du gouvernement, Chaban-Delmas améliore l'accès à la formation, redéfini le rôle de l'état et réforme les structures sociales.

Indigné

"Il faut que l'on comprenne qu'en France, on ne peut pas laisser encore des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants français ou non, vivre dans ces conditions." En 1971, Jacques Chaban-Delmas, alors Premier ministre, dénonce l'existence de bidonvilles "à Paris et en province" et annonce la construction de centaines de logements sociaux pour y faire face.

"Il va falloir que les préfets, les maires s'y mettent", s'emporte-t-il. "Il y a là une forme nouvelle de ségrégation qui est intolérable. Pour ma part je suis parfaitement décidé à lutter contre et à casser les résistances."

Des propos font écho à ceux d'un autre Premier ministre, 44 ans plus tard. Le 20 janvier 2015, lors de ses vœux à la presse, Manuel Valls a évoqué l'existence en France d'un "apartheid territorial, social, ethnique"

Il existe "un apartheid" en France par LCP

Comme Chaban-Delmas, Manuel Valls a aussi mis en avant le rôle des préfets, qui seront saisis pour faire construire davantage de logements sociaux dans les communes qui ne respectent pas le taux fixé par la loi à 20%.

16 ans au perchoir

Élu à la présidence de l'Assemblée nationale le 9 décembre 1958, Jacques Chaban-Delmas est évincé en 1969, il reprend le perchoir en 1978 et déclare : " Je m'efforcerai d'être le président de toute l'Assemblée nationale, les élus du peuple sont tous égaux en droit et en devoir. Vos droits, je les défendrai. Quant aux devoirs, adviendra-t-il que j'ai à les rappeler : la présence, le travail et le respect d'autrui."

Jacques Chaban-Delmas fera sa dernière apparition dans l’hémicycle en 1996. La représentation nationale lui rend alors un hommage unanime et le nomme président d'honneur de l'Assemblée.

Ambitieux

A la mort de Georges Pompidou, le 2 avril 1974, Chaban-Delmas choisi de se présenter à l’élection présidentielle anticipée. Avec seulement 15% des voix, il ne se qualifie pas au second tour et laisse Valéry Giscard d'Estaing disposer de François Mitterrand.

Embarrassé

En 1986, déjà, le personnel politique fait face à l'influence grandissante du Front national. Élu président du conseil général d'Aquitaine avec l'apport des voix du FN, Jacques Chaban-Delmas est contraint de s'expliquer à la télévision. "Si certains membres (de ce parti) ont décidé de voter pour moi, c'est leur droit. Comme les fois précédentes, je n'ai rien demandé à personne. Rien du tout !", se justifie-t-il en précisant qu'il ne se pliera à "aucune exigence".

La présence du FN et la question de son rapprochement avec l'UMP se pose toujours aujourd'hui, certains sympathisants du parti de Nicolas Sarkozy se disant favorables à une alliance dans le but de faire perdre la gauche au second tour des élections régionales de décembre prochain.

BONUS :
Le 12 décembre 1970, Thierry Le Luron imite "Chaban".

_
_
Anthony Berthelier et Maxence Kagni