Les ministres européens de l'Intérieur, réunis mardi en "réunion informelle" après l'afflux inédit de dizaines de milliers de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta, ont "convenu" que l'espace Schengen n'était pas "le problème", mais "plutôt la solution", selon le ministre français Laurent Nuñez.
"Tous et toutes ont convenu que la question de l'espace Schengen n'était pas vraiment le problème, mais plutôt la solution", a indiqué Laurent Nuñez devant la presse, à l'issue d'une réunion informelle des ministres de l'Intérieur européens. Une réponse aux nombreuses critiques, ayant notamment émané de partis de droite et d'extrême droite européens, visant la libre-circulation dans l'espace Schengen, et réclamant un renforcement drastique des contrôles aux frontières.
Particulièrement visée par ces critiques, l'Espagne a, toujours selon Laurent Nuñez, reçu le soutien des 27. "Tous les États membres, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l'Espagne. Ils ont salué la gestion qui avait été celle du gouvernement espagnol" ainsi que "la coopération remarquable avec le Maroc", a aussi souligné le locataire de Beauvau.
Laurent Nuñez a également fait savoir que les participants à la réunion avaient "déploré qu'à la faveur de la circulation d'un certain nombre d'images" sur la crise de Ceuta, "on ait eu un certain nombre d'ingérences informationnelles d'États étrangers qui ont utilisé ces images pour critiquer la politique de gestion migratoire de l'Union Européenne, essayer de diviser les États membres entre eux".
Soulignant qu'"aucun État membre n'avait intérêt à la division et que tous avaient intérêt à la solidarité", le ministre français a affirmé que ce qui avait été dit lors de cette réunion en visionconférence était "de ce point de vue, (...) très rassurant", avec des "messages de grande solidarité".
La semaine dernière, après la crise à Ceuta au cours de laquelle au moins 72 migrants ont perdu la vie côté espagnol et au moins 11 côté marocain, vingt-deux dirigeants de l'UE, emmenés par l'Italie, le Danemark, l'Allemagne ou la Hongrie, avaient appelé dans une lettre commune l'Europe à défendre une ligne de fermeté sur l'immigration.
Ce courrier, auquel la France ne s'est pas associée, était une réponse à une missive du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire, qui avait critiqué pour sa part l'attitude "égoïste" de plusieurs pays ayant demandé d'exclure l'Espagne de l'espace Schengen.
"Il a été rappelé que l'enclave de Ceuta obéit à des règles particulières au sein de l'espace Schengen puisqu’il y a des contrôles très stricts (...) Tous les États ont reconnu qu'il n'y avait eu aucune pénétration sur le continent", a encore indiqué Laurent Nuñez mardi.
L'espace Schengen n'a pas été "compromis" pendant la crise migratoire dans l'enclave de Ceuta, avait également assuré un peu plus tôt le ministre de l'Intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska. "L'espace Schengen n'a jamais été en danger, pas même en danger minimal", a-t-il aussi insisté.
Le commissaire européen chargé des questions migratoires, Magnus Brunner, a pour sa part estimé que la "résilience" de l'Europe avait été mise à l'épreuve durant la crise à Ceuta, mais qu'elle avait "réussi ce test". Cet épisode "nous a mis à l'épreuve : d'une part en termes de rapidité d'action, d'autre part en matière de solidarité, mais aussi dans notre capacité à résister à la désinformation", a-t-il déclaré en marge de la rencontre entre les ministres de l'Intérieur des 27.
(Avec AFP)