En 1934, l'Italie fasciste organise la deuxième Coupe du monde de football de l'histoire. A l'époque, le sport roi est le cyclisme. Mussolini lui-même n'était pas un fan de ballon rond. Mais il comprend vite qu'il peut en faire une vitrine pour son régime politique. Retour sur un mondial sous influence avec l'historien Fabien Archambault dans notre podcast Les matchs du pouvoir.
En mai 1934, les murs de Rome se couvrent d'affiches à l'effigie de Benito Mussolini. L'Italie accueille la deuxième Coupe du monde de football et le régime fasciste entend en faire une démonstration de puissance face au monde entier.
Pourtant, rappelle Fabien Archambault, enseignant-chercheur à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, le Duce lui-même n'était pas un grand fan de ballon rond. "Mussolini n'aime pas le football […] parce qu'il ne faut pas oublier que c'est un socialiste à l'origine". Pour les socialistes italiens, le sport était vu comme "un instrument d'aliénation du peuple".
Sur le terrain, des soupçons de pression sur les arbitres entourent certaines rencontres, dont la demi-finale contre l'Autriche. Pour Fabien Archambault, ces pressions sont difficiles à documenter. "Un arbitre n'a même pas besoin de subir des pressions pour savoir que ce sera difficile d'arbitrer contre l'équipe hôte", glisse-t-il.
Le gouvernement italien comprend rapidement qu'il peut se servir de cet événement pour en faire une vitrine de son régime. Côté mise en scène, tout est millimétré. Avant chaque match, les joueurs italiens effectuent le salut fasciste. Mussolini assiste aux rencontres, se rend dans les vestiaires et remet lui-même le trophée. Un modèle devenu classique selon l'historien : "dans une dictature qui est centrée autour du chef, quoi qu'il fasse, où qu'il aille, il est toujours là."
Mais le succès populaire reste limité. Le stade de la finale, d'une capacité de 40 000 places, n'accueille que 20 000 spectateurs deux heures avant le coup d'envoi. Des militaires sont alors envoyés pour le remplir. Dans une Italie encore largement rurale, le cyclisme demeure le sport roi. Le lendemain de la finale, et de la victoire italienne, la Gazzetta dello Sport consacre d'ailleurs en partie sa première page au Giro.
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