IA et éducation: dans un rapport parlementaire, la députée Céline Calvez préconise une utilisation encadrée dès la 6e

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Une classe devant des ordinateurs (© PxHere)
Une classe devant des ordinateurs (© PxHere)
par Raphaël Marchal, le Mercredi 1 juillet 2026 à 12:05

Alors que l'utilisation pédagogique des outils d'intelligence artificielle générative est pour le moment limitée aux collégiens à partir de la 4e, Céline Calvez (Ensemble pour la République) propose de la permettre dès la 6e, voire de l'envisager en école élémentaire. Dans un rapport rendu public ce mercredi 1er juillet, la députée liste néanmoins les craintes spécifiques suscitées par l'usage de l'IA dans l'éducation.

Faut-il avoir peur de l'impact de l'intelligence artificielle (IA) générative sur l'éducation ? Dans un rapport dévoilé ce mercredi, à l'issue de plusieurs mois de travaux et d'auditions dans le cadre d'une mission d'information, la députée Céline Calvez (Ensemble pour la République) juge nécessaire de refuser tout fatalisme de la part des établissements scolaires. Bien que l'IA suscite des craintes légitimes en matière d'éducation, elle constitue un "levier de transformation et de renforcement des apprentissages, à condition de faire l’objet d’un accompagnement adéquat", considère l'élue, qui souligne que l'utilisation de l'IA par les jeunes est déjà quasi-généralisée.

Elle enjoint dès lors les institutions scolaires et universitaires à ne pas adopter une "posture défensive", listant les nombreuses possibilités que l'IA laisse entrevoir. Accessibilité accrue aux connaissances, possibilité d'un apprentissage autonome, modèles d'IA éducatifs conçus pour stimuler les élèves, suivi renforcé du parcours des élèves par les enseignants, meilleure inclusion des élèves en situation de handicap, ou encore des élèves maîtrisant mal le français et plus généralement des élèves aux "besoins éducatifs particuliers" (pour prévenir le décrochage scolaire, par exemple)...

Des seuils en décalage avec la pratique des élèves

Actuellement, le cadre du ministère de l'Éducation nationale laisse une marge de manœuvre assez importante aux académies et aux écoles : sensibilisation à l'IA dans le premier degré, sans manipulation directe, utilisation pédagogique limitée à partir de la 4e, puis utilisation autonome permise à partir du lycée. Mi-juin, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a en outre annoncé qu'une heure hebdomadaire consacrée à l'IA sera proposée à tous les élèves de la 2de à partir de la rentrée 2027.

Les seuils actuellement fixés par l'administration sont néanmoins "en décalage avec les pratiques observées", bon nombre d'élèves de 6e et de 5e ayant déjà des smartphones, souligne Céline Calvez. La détermination de ces seuils "ne fait l’objet d’aucune explicitation au sein du document, si bien qu’il est difficile d’en évaluer les fondements scientifiques", note par ailleurs la rapporteure. Elle propose dès lors de passer à une utilisation pédagogique de l'IA dès la 6e, de façon encadrée, voire de l'envisager dès l'école élémentaire.

De son côté, le président de la mission d'information, Roger Chudeau (Rassemblement national), juge nécessaire d'éviter un "écueil" : "celui d’une école 'hors-sol' qui ignorerait une technologie déjà présente dans toutes les classes, et celui d’une école livrée sans discernement aux outils proposés par le marché". "Entre ces deux impasses, la voie est celle d’un usage lucide, progressif et encadré, dans lequel l’élève et le professeur demeurent au centre de l’école", estime-t-il.

L'IA, un impact profond 

Le rapport parlementaire n'esquive pas les nombreux risques potentiels découlant d'une utilisation de l'IA dès le plus jeune âge : baisse de l’engagement cognitif, perte de la motivation d’apprendre du fait d’une délégation croissante des tâches, exposition accrue aux écrans, danger de souveraineté et de biais culturels avec la prédominance des modèles étrangers...

L'IA interroge en profondeur les fondements mêmes du système éducatif. Rapport de Céline Calvez

Face aux risques spécifiques induits par l'usage de l'IA, la députée estime nécessaire, dans un avenir proche, de garantir des temps d'enseignement sans IA, "à l’image des mathématiques sans calculatrice". À défaut, c'est "l’incitation à acquérir des compétences et la volonté même d’apprendre qui pourraient être remises en cause pour les générations 'IA native'".

L'usage de l'IA remet déjà en question l'évaluation des élèves, notamment dans l'enseignement supérieur, où les outils de détection de l'intelligence artificielle peinent à détecter l'usage qui en est fait dans les mémoires et les thèses. Céline Calvez propose plusieurs pistes de réflexion : renforcer la place de l'oral, prévoir une "hybridation des évaluations" avec des interrogations permettant de tester la solidité des recherches, voir une "IAgraphie" relevant les usages de l'IA au sein d'un travail de recherche.

Quoi qu'il en soit, conclut la députée, la réussite de l'intégration de l'IA dans l'éducation ne se fera pas sans une "politique publique proactive de formation" et d'équipement. À ce titre, elle préconise de renforcer la formation continue des enseignants en la matière, mais aussi de renforcer l'éducation à l'IA des élèves et des étudiants, notamment pour éviter un risque d'accroissement des inégalités.