Le gouvernement acte la fin progressive du "quoi qu'il en coûte"

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par Jason Wiels, le Mercredi 2 juin 2021 à 16:32, mis à jour le Vendredi 11 juin 2021 à 17:07

Devant les députés, le ministre de l'Économie a défendu un budget rectificatif pour soutenir les entreprises à hauteur de 15 milliards d'euros supplémentaires. Les aides seront concentrées sur les secteurs encore touchés par la crise, alors que, selon Bruno Le Maire, "95% de l'économie française tourne normalement".

Un dernier chèque pour solde de tout compte ? Après une ouverture inédite du robinet de la dépense en 2020 pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire, l'État devrait continuer à creuser ses pertes cette année. Une stratégie de fort soutien à l'économie assumée par le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, lors de la présentation mercredi du projet de loi de finances rectificative 2021.

Dernier pansement sur économie convalescente

Devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale, le locataire de Bercy a justifié ce budget rectificatif pour déployer de nouvelles aides d'urgence centrées sur les secteurs les plus touchés par les restrictions sanitaires : hôtellerie, restauration, tourisme. En tout, une enveloppe de plus de 15 milliards d'euros va être débloquée.

Dans le même esprit, Bruno Le Maire assure que ce texte amorce une "transition progressive" vers la fin des aides exceptionnelles : "Le retour à la normale doit se traduire par la fin du 'quoi qu'il en coûte'. Je rappelle qu'en ce moment 95% de l'économie française tourne normalement", a-t-il indiqué.

Dans le détail, le projet de loi prévoit 6,4 milliards pour financer le chômage partiel, 3,6 milliards pour abonder le fonds de solidarité, qui compense la perte de chiffres d'affaires des entreprises les plus touchées, et 4 milliards pour les exonérations de cotisations sociales. L'exécutif ouvre également 1,5 milliard d'euros de "dotation pour dépenses accidentelles et imprévisibles", afin de se donner un peu de marge en cas de quatrième vague.

Le recours aux prêts garantis par l'État est étendu jusqu'à la fin de l'année (600 millions) et un fonds de transition, doté de 3 milliards d'euros, dont 600 millions d'euros d'argent frais, est créé pour renforcer le bilan des entreprises.

La croissance au rendez-vous

D'autres mesures, d'un montant total d'1,5 milliard d'euros, sont également prévues pour les "publics fragiles", à commencer par le maintien des 200 000 places d'hébergement d'urgence toute l'année (700 millions), d'aides au secteur agricole (350 millions), de la création du Pass'Sport pour les familles modestes (130 millions) et d'une rallonge pour les bourses étudiantes (150 millions). Même si le gouvernement assure avoir financé cette enveloppe avec des annulations de crédits, ce budget rectificatif va faire peser au total près de 20 milliards d'euros supplémentaires sur le déficit de l'État.

Ce dernier devrait atteindre 9,4% du PIB cette année (contre 9,2% en 2020), conduisant à un alourdissement de la dette (118% du PIB). Différence importante par rapport à l'année dernière, les perspectives de croissance sont au rendez-vous : le gouvernement mise sur une hausse prudente de 5% en 2021, après une chute de 7,9% l'année dernière.

L'heure des comptes

Devant la longue listes des milliards d'euros débloqués, le président de la commission des Finances, Éric Woerth (LR), a critiqué "une ambiance dépensière" au sein du gouvernement. Il a remarqué que "beaucoup de ministres annonçaient sans cesse des mesures supplémentaires", sans financement en face, comme l'enveloppe de 700 millions d'euros récemment promise pour les primes des enseignants. 

"C'est paradoxal, au moment où on sort de cette crise les mesures de relance sont moindres que celles d'urgence", a abondé Christine Pirès-Beaune (PS). L'élue socialiste regrette par exemple l'absence de soutien au secteur des biotechnologies, absent du plan de relance comme du budget rectificatif.

"Je veux vous rassurer, il n'y a aucune 'ambiance dépensière', notre volonté est d'apporter des réponses concrètes aux seules entreprises qui en ont besoin", a répondu Bruno Le Maire.

Le ministre a aussi évoqué le redressement des comptes publics, qui n'interviendrait que progressivement et sans hausse d'impôts, a-t-il promis. L'objectif de renouer début 2022 avec un PIB équivalent à celui de fin 2019 a été réaffirmé.