Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé, mardi à l'Assemblée nationale, "étudier" la possibilité d'engager des "poursuites pénales" contre les auteurs de propos polémiques visant le nouveau maire Insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko. Le gouvernement a été interpellé à trois reprises sur le sujet.
Les interpellations sont venues de plusieurs groupes de gauche ce mardi 31 mars. Lors de la séance des questions au gouvernement, plusieurs députés ont dénoncé la campagne de haine menée à l'encontre du nouveau maire Insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko (LFI), relayée dans certains médias et par l'extrême droite sur les réseaux sociaux. "Quand on attaque un élu sur sa couleur de peau ou sur ses origines, ce n'est plus de la politique, c'est du racisme", a lancé, lors d'une première intervention, Steevy Gustave (Écologiste et Social), avant d'ajouter : "Ce qui dérange encore certains, ce n'est pas ce que nous faisons, c'est simplement que nous soyons là."
"La honte !", a poursuivi le député LFI Eric Coquerel, en accusant certains "responsables politiques, dont plusieurs ici", d'avoir "alimenté une campagne raciste et négrophobe, doublée de mépris de classe".
En réponse, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a dénoncé des "propos ignobles" et "inacceptables". "Le racisme n'est pas une opinion, [...] mais un délit pénal", a-t-il poursuivi, assurant que les déclarations incriminées "peuvent relever d'incriminations pénales". "Nous sommes à l'étude de savoir si [elles] relèvent d'appel à la discrimination raciale, de l'injure publique", a assuré Laurent Nunez. "S'il doit y avoir des poursuites pénales, il y en aura."
Ce dernier a, quelques minutes plus tard, dénoncé "le procès d'intention" fait au gouvernement, et indiqué que "quand nous rappelons un élu à la règle, nous ne regardons pas son origine, nous ne regardons pas de quel parti il émane !"
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, interpellé par le président du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR), Stéphane Peu, a également pris la parole dans l'hémicycle (voir la vidéo en tête d'article). "Nous devons refuser toute forme de violence dans le débat politique et la manière dont se sont passées les élections municipales, d'une manière générale, ne sont pas une réussite collective", a débuté le chef du gouvernement. "Le maire de Saint-Denis est un agent de l’État. Il mérite une protection particulière. Dès lors qu'il aura porté plainte, je demanderai au préfet de Seine-Saint-Denis de se constituer partie civile à ses côtés", a aussi déclaré Sébastien Lecornu.
Bally Bagayoko a annoncé qu'il allait déposer plainte et appelé à un "grand rassemblement" antiraciste samedi devant la mairie de Saint-Denis.
Mais lors de sa prise de parole, le Premier ministre s'en est aussi pris à Eric Coquerel, qui "a tenté de faire croire qu'il y aurait une suspicion de racisme de la part du gouvernement". "Non, ce n'est pas vrai, on ne peut pas dire cela, c'est un mensonge ! Et vous participez en disant cela, à la banalisation du mal, qui doit être combattue avec la même force, sans relâche", a martelé Sébastien Lecornu.
Ces derniers jours, dénonçant des propos racistes à l'encontre de Bally Bagayoko, plusieurs responsables politiques de gauche, ainsi que des associations antiracistes, ont saisi l'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel et du numérique, qui a indiqué qu'elle allait "instruire les séquences qui lui ont été signalées". "Nous serons attentifs aux suites qui seront données", a déclaré à l'Assemblée nationale ce mardi le ministre Laurent Nunez.