Maintien de l’ordre : Manuel Valls et Laurent Nuñez auditionnés

Actualité
Image
Valls audition maintien de l'ordre
par Soizic BONVARLET, le Mercredi 2 décembre 2020 à 17:57, mis à jour le Vendredi 30 avril 2021 à 11:00

La commission d'enquête relative à l'état des lieux, la déontologie, les pratiques et les doctrines de maintien de l'ordre poursuit ses travaux. Mercredi 2 décembre, les députés ont auditionné l’ancien Premier ministre, Manuel Valls, qui fut aussi ministre de l’Intérieur entre 2012 et 2014. Dans la foulée, la commission a auditionné l'ancien secrétaire d’État à l’Intérieur de 2018 à juillet dernier, Laurent Nuñez, désormais coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. 

"Manif pour tous", "bonnets rouges qui se voulaient peut-être une anticipation du mouvement des gilets jaunes", "drame de Sivens", "manifestations contre la loi travail, ou encore "Notre-Dame-des Landes, avec l’occupation de la ZAD", Manuel Valls a introduit son intervention en énumérant les mobilisations auxquelles il avait eu à faire face durant son mandat de ministre de l’Intérieur. Il a déclaré qu'il avait eu très tôt conscience que la problématique du maintien de l'ordre constituait l'aspect le plus délicat au sein de la fonction qui était alors la sienne, pouvant aller jusqu'à "faire basculer la vie politique française et le destin d’un ministre".

Un besoin de formation accrue des forces de l'ordre

Manuel Valls a souhaité rappeler que le maintien de l’ordre était avant tout "une affaire de professionnels", et qu'il s'exerçait "sous l’autorité des préfets et de la hiérarchie des policiers et des gendarmes". Autrement dit, "ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui est au four et au moulin".

Il a cependant précisé qu'il avait toujours assumé l’expression "premier flic de France" pour désigner le ministre de l’Intérieur, et que ce dernier se devait de soutenir les policiers tout en étant capable de rappeler très clairement la règle et la déontologie qui leur échoit.

L'ancien locataire de la place Beauvau a considéré que les forces de l’ordre avaient été soumises à rude épreuve au cours de ces dernières années, et évoqué certaines dérives commises le plus souvent par des personnels trop peu formés et en proie à la fatigue, prenant notamment l'exemple récent de l'évacuation d'exilés place de la République à Paris. Il a appelé à davantage "de formation continue face aux évolutions de notre société", et à un renforcement des moyens du ministère de l'Intérieur. Il a déploré qu'on puisse être "aujourd’hui commissaire, en sortant de l’école, sans avoir eu une vraie expérience de flic, une vraie". Il s'est par ailleurs dit favorable au nouveau schéma national du maintien de l’ordre, notamment pour ce qui relève de la judiciarisation des opérations de maintien de l'ordre lors des manifestations sur la voie publique.

Fabien Gouttefarde (LaREM), ayant évoqué la "doctrine Grimaud", élaborée en 1968, renforcée après la mort de Malik Oussekine en 1986, qui consistait en un encadrement policier évitant autant que possible l'usage de la force lors des manifestations, Manuel Valls a répondu que dans les circonstances actuelles, il était devenu impossible d'"éviter le contact". Il a dénoncé l’usage de l’expression "violences policières", qui "montre qu’il y a une volonté derrière de s’en prendre à l’ensemble de l’institution".

Car selon Manuel Valls, "la contestation de l’État, de l’autorité et de tous ceux qui les représentent fait désormais partie du quotidien des forces de l’ordre et de sécurité". "La société est devenue globalement plus violente", a-t-il ajouté, estimant que cela rendait nécessaire une adaptation des doctrines de maintien de l’ordre. 

Décembre 2018, un tournant dans la doctrine française ?

Entendu après l'ancien Premier ministre, Laurent Nuñez a fait remonter à l'année 2016 l'émergence de "mouvances qui viennent déstabiliser les cortèges", tout en insistant sur le fait que la réaction étatique avait véritablement eu lieu en décembre 2018, à la faveur du troisième acte des gilets jaunes.

Il a défendu le nouveau schéma national de maintien de l’ordre, qu'il a initié avec l'ex-ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et commencé à mettre en oeuvre l’été dernier, comme une volonté de formaliser les adaptations de la doctrine opérationnelles depuis décembre 2018, et reposant sur trois principes : "mobilité, réactivité, interpellation".

Il a indiqué que ce nouveau schéma avait également pour but de renforcer la communication avec les manifestants, en faisant notamment en sorte que les sommations soient "plus explicites".

L'ancien secrétaire d'État a corroboré les propos de Manuel Valls, considérant que le ministère "donne le cadre général" et que c'est le préfet qui prend les décisions opérationnelles liées au maintien de l'ordre.

Interrogé par Valérie Bazin-Malgras (LR) sur la proposition de loi "sécurité globale" et son article 24, l'actuel coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme a déclaré : "il m'est tout à fait insupportable d'entendre certains avocats ou certaines personnes remettre en cause le fait que des policiers puissent être menacés à leur domicile, et ça c'est le fait de la diffusion d'un certain nombre d'éléments d'information et d'identification, et je crois que c'est en ce sens que le gouvernement travaille avec les parlementaires, pour trouver la meilleure disposition législative possible".