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Mort de Valéry Giscard d’Estaing, ancien président de la République

Actualité
le Jeudi 3 décembre 2020 à 12:34

Président de la République de 1974 à 1981, Valéry Giscard d’Estaing, décédé le 2 décembre 2020, à l'âge de 94 ans, a aussi été élu onze fois député du Puy-de-Dôme. LCP revient sur sa carrière, l’une des plus riches de la vie politique et parlementaire française.

Agé de 94 ans, Valéry Giscard d’Estaing est décédé, le 2 décembre à Paris, des suites du Covid-19. L'ancien chef de l'État de 1974 à 1981 était hospitalisé dans le service de cardiologie du CHU Trousseau de Tours depuis la mi-novembre. En septembre, son état de santé avait inquiété et il avait dû être hospitalisé à Paris, pour "une légère infection aux poumons".

Dès l'annonce de son décès mercredi soir, l'Assemblée nationale lui a rendu hommage en observant une minute de silence. De nombreux députés se sont exprimés sur les réseaux sociaux pour saluer la mémoire de Valéry Giscard d'Estaing. Un hommage officiel aura lieu dans les prochains jours au Palais Bourbon. Et comme pour Jacques Chirac, le président de l'Assemblée, Richard Ferrand, proposera qu'une plaque soit apposée à son ancien siège, dans l’hémicycle. Emmanuel Macron, après avoir publié un communiqué dans la nuit, s'adressera aux Français, jeudi à 20 heures, pour évoquer la mémoire de Valéry Giscard d'Estaing. 

Né en 1926 à Coblence, en Allemagne, VGE a commencé sa vie politique à 28 ans, lorsqu’il a travaillé à partir de 1954 au cabinet du président du Conseil, Edgar Faure, en tant que directeur-adjoint. Inspecteur des finances, il s’est mis en disponibilité lorsque, comme son grand-père et son arrière-grand-père, il a décidé de se faire élire député. En janvier 1956, dans une quatrième République à bout de souffle, Valéry Giscard d’Estaing est élu dans le Puy-de-Dôme à 29 ans, sur la liste d'Union des Indépendants et paysans. 

Au Palais Bourbon, il a siégé à la Commission des finances et a été nommé membre de la Commission du suffrage universel, des lois constitutionnelles, du règlement et des pétitions. Son mandat sera renouvelé en 1958, et, fort de sa confiance obtenue du Général de Gaulle à qui il a voté les pleins pouvoirs, VGE sera nommé secrétaire d’État aux finances en 1959. 

Député à 29 ans, ministre à 31

À Bercy, il établira un record de longévité, puisqu’il y deviendra ministre en 1962 jusqu’en 1966, et retrouvera l’administration de 1969 à 1974. Au sein des gouvernements de Michel Debré puis de Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing mènera plusieurs réformes, fiscales notamment. Pour remédier à une inflation qui tend à devenir structurelle, il lancera en septembre 1963 un plan de stabilisation qui comporte des mesures assez strictes d'encadrement des prix. Malgré des résultats, la crise de 1968 remettra en cause son action.

En 1969, Charles de Gaulle est mis en ballottage par Alain Poher au second tour de l'élection présidentielle. L’homme du 18 juin est réélu à l’Elysée, mais sept ans après sa nomination Valéry Giscard d'Estaing n'est pas reconduit à Bercy. 

Un record de longévité à Bercy

Quittant une première fois le ministère des Finances en 1966, fort de son expérience, Valéry Giscard d’Estaing continuera à se construire une stature nationale en prenant la tête de la Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI). Giscard en profitera aussi pour conforter son implantation dans le Puy-de-Dôme en étant élu maire de Chamalières en 1967 et en assurant sa réélection à l’Assemblée, où il prendra la tête de la commission des finances, de l’économie générale et du plan. Deux ans plus tard, Charles de Gaulle démissionne et Valéry Giscard d'Estaing retrouve Georges Pompidou : alors que ce dernier vient d’être élu président de la République, VGE reprend la tête du ministère des Finances. 

Nommé ministre d’Etat, Valéry Giscard d’Estaing prendra une place importante au sein du gouvernement Chaban-Delmas. Au point qu’à la mort de Pompidou deux ans avant la fin de son mandat, l’Auvergnat décidera de présenter sa candidature à l’élection présidentielle pour le FNRI, profitant d’une droite qui n’avait pas identifié de successeur naturel au Président sortant.

Plus jeune président de la République, VGE mettra en place d’importante réformes sociétales...

Menant une campagne innovante avec des slogans qui ont marqué l’imaginaire politique comme “Giscard à la barre” et parfois comparé à John Fitzgerald Kennedy, VGE arrivera à devancer Chaban-Delmas, qui bénéficiait pourtant du soutien de l’important appareil du RPR. Arrivé second avec un retard de dix points sur François Mitterrand au premier tour de l'élection présidentielle de 1974, le libéral rattrapera son retard et succéda à Georges  Pompidou, devenant ainsi à 48 ans le plus jeune président de la République.

Sous sa présidence, la majorité civile et électorale sera abaissée de 21 à 18 ans. Défendue à l’Assemblée nationale par Simone Veil, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) sera légalisée. On doit aussi au septennat de Valéry Giscard d’Estaing la légalisation du divorce par consentement mutuel.  

... et institutionnelles 

Dans un communiqué par lequel il rend hommage à l'ancien chef de l'Etat, le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, salue un “grand réformateur qui a notamment élargit la saisine du Conseil constitutionnel à soixante députés ou soixante sénateurs, renforçant de manière décisive les droits de l’opposition. Richard Ferrand souligne aussi que ce fut en reprenant l’un des engagements de Valéry Giscard d'Estaing que l’Assemblée nationale créa les questions au gouvernement, devenues le grand rendez-vous démocratique que nous connaissons.

Européen, il se fera élire à Bruxelles en 1989...

Au cours de son mandat, Valéry Giscard d’Estaing décidera de “dîner chez les Français” régulièrement, afin de regarder “la France au plus profond des yeux”.

Mais sept ans après “le monopole du cœur”, c’est encore lors du débat télévisé d'entre deux tours qu’une partie de l'élection s’est jouée entre VGE et François Mitterrand. Alors que le Président sortant reproche au candidat socialiste d'être un "homme du passé", ce dernier rétorque à Valéry Giscard d'Estaing qu'il est devenu, lui, "l'homme du passif". 

Battu plus largement qu’il n’avait été élu en 1974, VGE quitte la présidence sur un “au revoir” resté dans les mémoires. Mais sa vie politique est loin d’être terminée. 

Après s’être fait élire aux cantonales de 1982, Valéry Giscard d’Estaing revient à l’Assemblée nationale, profitant d’une élection législative partielle en 1984. Profondément européen, le chef de l’opposition parlementaire quittera le Palais Bourbon en 1989 pour mener la liste de l’UDF aux élections européennes et se faire élire à Bruxelles avant de démissionner et de revenir à l’Assemblée nationale en 1993. Ce retour est un retour gagnant : avec 215 députés, le groupe parlementaire du mouvement centriste fera presque jeu égal avec le RPR de Chirac, qui redevient lui Premier ministre. 

... et deviendra immortel en 2004

Considéré comme potentiel candidat à l’élection présidentielle en 1995, VGE décidera finalement de soutenirJacques Chirac. Un an plus tard, il quittera la présidence de l’UDF mais continuera à siéger jusqu’en 2002 au Palais Bourbon. S’estimant trop âgé pour briguer un douzième mandat de député à 76 ans, il laissera sa circonscription à son fils, Louis Giscard d’Estaing. Ce dernier sera élu député jusqu’en 2012, et a été réélu maire de Chamalières en 2020.

Présidence du Conseil régional d’Auvergne de 1986 à 2004, Valéry Giscard d’Estaing quittera officiellement la vie politique à l'issue de ce mandat. Auteur de plusieurs essais et romans, il avait été un an plus tôt élu à l’Académie française. 

Comme tous les anciens présidents de la République, Valéry Giscard d’Estaing était membre de droit du Conseil constitutionnel depuis la date de son départ de l’Elysée. Il y siégea à partir de 2004 et sortira deux fois de son droit de réserve, à l’occasion des élections présidentielles de 2007 et de 2012, en apportant par deux fois son soutien à Nicolas Sarkozy. 

ARCHIVE – En décembre 2014, LCP demandait à Valéry Giscard d’Estaing ce qu’il aurait aimé qu’on retienne de lui et de son mandat à la tête du pays. "Que j’ai essayé de moderniser la France. Et que pendant sept ans, je l’ai fait", avait répondu l’ancien président de la République.

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