Le résistant et historien Marc Bloch fait son entrée ce mardi au Panthéon. Mais qui décident des personnalités dont les dépouilles sont transférées dans la nécropole parisienne ? LCP vous explique.
L'historien Marc Bloch fera son entrée ce mardi 23 juin au Panthéon. "C'est un homme qui a pensé le passé pour agir au présent. Il n'avait pas une conception figée de l'Histoire, elle devait servir l'action au temps présent", déclare l'Elysée pour justifier cette entrée au temple des "Grands Hommes" de la République. Soldat et résistant assassiné par la Gestapo, Marc Bloch a été arrêté à Lyon le 8 mars 1944, emprisonné et torturé à la prison de Montluc. Il est fusillé le 16 juin.
Emmanuel Macron signe ainsi la sixième panthéonisation de son double quinquennat, après celles de Simone Veil, de l'écrivain Maurice Genevoix, de Joséphine Baker, du résistant Missak Manouchian et de Robert Badinter.
Qui décide de faire entrer une personnalité au Panthéon ? Au cours de l'histoire de France, la réponse à cette question a évolué. Ainsi, en 1791, c'est l'Assemblée constituante qui décide d'inhumer Mirabeau, le premier des "Grands Hommes" – qui en sera exclu trois ans plus tard. Puis, en 1794, la Convention nationale prend le relais. Sous le Premier Empire, Napoléon 1er s'arroge ce droit, qui sera ensuite confié aux députés sous la IIIe République. Mais depuis 1958, et la Ve République, ce choix revient désormais au président de la République. Le décret signé par le chef de l'Etat est publié au Journal officiel.
"Cela fait partie de la redéfinition de ses attributions, même si ce n'est pas précisé dans la Constitution. Rien n'est codifié, le président seul choisit et la décision est mise en œuvre par le ministère de la Culture", expliquait Patrick Garcia, professeur à l’université de Cergy-Pontoise et chercheur à l’Institut d’histoire du temps présent, il y a quelques années dans Le Monde.
Avant Emmanuel Macron, François Hollande a fait entrer quatre personnalités (Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette, et Jean Zay) au Panthéon, Jacques Chirac deux (André Malraux et Alexandre Dumas ; mais aussi les Justes de France), et François Mitterrand six (Jean Monnet, René Cassin, l'Abbé Grégoire, Condorcet, Gaspard Monge et Marie Curie, la première femme). De son côté, en 1964, Charles de Gaulle avait choisi Jean Moulin ; une cérémonie marquée notamment par le célèbre discours d'André Malraux, alors ministre : "Entre ici Jean Moulin !".
La panthéonisation doit rassembler. C'est un ciment civique, un outil d'union nationale. Joseph Zimet, ex-conseiller d'Emmanuel Macron à l'AFP
"Il y a toujours beaucoup de grandes figures dans l'antichambre de l'entrée au Panthéon. Tout un travail s'opère. On y réfléchit, on en discute, on en débat. Puis il y a un moment où le président de la République, puisque depuis de Gaulle seul le président décide, dit 'c'est une évidence, il faut le faire'", indique l'entourage du chef de l'Etat à l'AFP. En amont, familles, intellectuels, comités de soutien et responsables politiques ont fait germer l'idée et installé le débat. A la fin, le "candidat" doit faire consensus. "La panthéonisation doit rassembler. C'est un ciment civique, un outil d'union nationale", relève Joseph Zimet, ex-conseiller d'Emmanuel Macron et directeur général de la Mission du Centenaire de la Première guerre mondiale.
Sur quels critères ? Le décret du 26 mai 1885 indique simplement que "les restes des grands hommes qui ont mérité la reconnaissance nationale y seront déposés".
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C'est la seule règle incontournable pour procéder à une entrée au Panthéon : la famille du défunt doit valider ce choix. Cet accord est un préalable à tout transfert. "J'ai reçu un appel de l'Elysée. La famille était surprise. On a commencé à en discuter. On était partagés par crainte d'une instrumentalisation", raconte à l'AFP la petite-fille de Marc Bloch, Suzette Bloch. Elle ajoute : "J'ai consulté trois historiens. Ils ont tous dit 'Acceptez, l'homme est plus fort que toute instrumentalisation.'"
En 2009, la famille d'Albert Camus s'était opposée à la panthéonisation de l'écrivain, idée du président Nicolas Sarkozy.
Ce n'est pas parce qu'une personnalité est panthéonisée que ses restes se trouvent dans la nécropole parisienne. Ainsi, les cercueils de Marc Bloch – et de son épouse qui l'accompagnera – ne contiendront pas les corps ; leurs descendants ont en effet souhaité que celui de l'historien continue de reposer dans un village de la Creuse. Celui de Simonne, morte à Lyon sous un faux nom en juillet 1944, n'a pas été retrouvé. Les cercueils renfermeront donc des objets symboliques, médailles, fougères symbolisant la maison familiale creusoise du hameau des Fougères, le testament spirituel de Marc Bloch en 1941, des photos et des lettres de son épouse à ses enfants, a précisé à l'AFP la petite-fille Suzette Bloch.
Et c'est loin d'être un cas isolé. La dépouille de Robert Badinter, mort en février 2024, repose au carré juif du cimetière de Bagneux, à Paris. "Ce qu'on voulait, c'est ne pas être séparés", avait à l'époque expliqué sa veuve Elisabeth Badinter. Le cercueil, entré en octobre 2025 au Panthéon, contenait sa robe d'avocat et trois livres qu'il affectionnait. Ceux des résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz ne contiennent pas non plus leurs corps. Même chose pour la vedette franco-américaine du music-hall et résistante Joséphine Baker, première personnalité noire à être panthéonisée fin 2021, dont la dépouille demeure à Monaco.
Dans ces cas-là, on installe juste une plaque au nom du défunt ou un cénotaphe, c'est-à-dire un monument funéraire qui ne contient pas de corps.
A ce jour, 87 personnalités (en comptant Marc Bloch et les inscriptions individuelles comme pour Antoine de Saint-Exupéry ou Aimé Césaire) ont fait leur entrée au Panthéon. On compte 82 hommes pour cinq femmes : Marie Curie, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Simone Veil, Joséphine Baker (Sophie Berthelot a aussi été panthéonisée, mais en qualité "d'épouse de"). Au total, le Panthéon dispose d'environ 300 emplacements.