"J'y vais pour gagner". Le maire socialiste de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, a officialisé sa candidature à l'élection présidentielle, ce mardi 9 juin. Qui est ce nouveau prétendant à l'Élysée, qui souhaite déjouer un éventuel second tour entre le RN et LFI ? Quatre choses à savoir sur Karim Bouamrane pour mieux situer et comprendre sa candidature.
"Moi, Karim Bouamrane, je suis candidat pour la prochaine élection présidentielle". Ce mardi 9 juin, au micro de France Inter, le maire socialiste de Saint-Ouen, âgé de 53 ans, s'est lancé dans la course à l'Élysée.
Voici quatre faits qui éclairent le profil, le parcours et l'ambition de ce nouveau prétendant à la fonction suprême.
Avant de rejoindre la rue de Solférino, à l'époque où s'y trouvait encore le siège du Parti socialiste, Karim Bouamrane a d'abord fréquenté la place du colonel Fabien. Conseiller municipal dès 1995 de la ville dont il deviendra le premier édile, il est d'abord adjoint communiste à la jeunesse, aux sports puis aux affaires économiques. Il rompt avec le Parti communiste pour rejoindre le Parti socialiste en 2014. "Ils étaient en train de ghettoïser la ville, de l’ethniciser. Les classes moyennes partaient, nivelant tout vers le bas, engendrant une surcommunautarisation et fragilisant le ciment républicain", a-t-il déclaré dans les colonnes de Libération en 2024. En 2016, il devient l'un des porte-paroles du PS, alors que Jean-Christophe Cambadélis en est le premier secrétaire.
Tenant d'une ligne réformiste et pro-entreprises en matière économique, réputé proche de François Hollande et de Manuel Valls en matière de laïcité, il s'oppose cependant à eux lors du débat sur la déchéance de la nationalité après les attentats qui ont endeuillé la France en 2015. Critique de l'alliance menée avec La France insoumise au sein du Nouveau Front populaire en 2024, il incarne aujourd'hui l'une des alternatives à la direction d'Olivier Faure, dont il a réclamé la démission à l'issue des élections municipales de mars dernier.
Après avoir échoué en 2014, Karim Bouamrane est élu à la tête de la ville de Saint-Ouen en 2020. Il fait de la sécurité une priorité, multipliant par dix les effectifs de policiers municipaux et inaugurant un nouveau commissariat en 2023. Disant vouloir lutter contre le trafic de drogue et ses ravages sur la jeunesse, il a instauré en juillet 2025 un couvre-feu à partir de 22 heures pour les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés d'une personne majeure.
Candidat à sa réélection en 2026, sa liste arrive largement en tête du premier tour avec 46,63 % des voix. Si Karim Bouamrane est confortablement réélu dans une triangulaire au second tour, il échoue cependant en avril dernier face à Bally Bagayoko, nouveau maire La France insoumise de Saint-Denis, pour la présidence de l'établissement public territorial Plaine Commune.
Fort d'une popularité montante qui franchit un premier cap en 2024 - il a fait la Une du New York Times le 17 avril -, son nom fait partie de ceux pressentis pour Matignon suite à la dissolution de juin. Il se dit alors "en capacité" de devenir Premier ministre à la faveur de la construction de "compromis". "Le Nouveau Front populaire doit trouver un chemin pour que l’espoir suscité le 7 juillet [quand la gauche est arrivée en tête au second tour des élections législatives] se traduise concrètement par des avancées sociales, sur le front de la santé, du logement ou de la sécurité", avait-il confié au Monde le 21 août 2024.
Dernièrement, la discorde autour de l'implantation d'une enseigne de restauration rapide à Saint-Ouen a illustré la bataille que se mènent l'élu audonien et La France insoumise pour le leadership en Seine-Saint-Denis.
Le 11 avril, la chaîne "Master Poulet" ouvre un nouveau point de vente à Saint-Ouen. Affirmant que l'enseigne n’a pas sollicité d’autorisation préalable auprès de la municipalité, Karim Bouamrane fait installer des plots en béton devant l’entrée pour en dissuader l’accès. Le maire est contraint par la justice de retirer les plots, qu'il remplace par des pots où s'érigent des palmiers.
Sur fond d'opposition à la gentrification à tous crins que Karim Bouamrane est accusé de mener, l’affaire prend une tournure politique avec l’intervention de la France Insoumise, en la personne notamment du député de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel. Ce dernier s'adresse au préfet du département pour dénoncer un harcèlement administratif et une entrave à la liberté du commerce. Quelques jours plus tard, Bally Bagayoko, qui vient de gagner la bataille pour la présidence de Plaine commune, se rend sur place en soutien à "Master Poulet", taclant au passage dans une vidéo le maire de Saint-Ouen par la formule "Un coup K.O" dont il a fait un slogan.
Aujourd'hui, Karim Bouamrane n'hésite pas à renvoyer dos-à-dos La France insoumise et le Rassemblement national, posant sa candidature comme le rempart à des offres politiques qui selon lui, "montent [les citoyens] les uns contre les autres".