Le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel, officiellement candidat à l'élection présidentielle, lance sa campagne ce week-end. À la Fête de l'Humanité, il va tenter d'imprimer sa marque en imposant ses thématiques, malgré les appels à l'unité à gauche.
Fabien Roussel en est convaincu, "la France est prête à voter fortement pour des candidats qui n'ont pas trempé dans les magouilles du macronisme". Le secrétaire national du Parti communiste est officiellement candidat à l'élection présidentielle pour la deuxième fois. L'ancien député du Nord, battu par un candidat du Rassemblement national dès le premier tour des élections législatives de 2024, lance ce week-end sa campagne à la traditionnelle Fête de l'Humanité, qui se déroule à Brétigny-sur-Orge (Essonne).
Débat avec le patron du Medef, Patrick Martin, ce vendredi 11 septembre, puis meeting sur la grand scène demain samedi.... Fabien Roussel espère prouver sa singularité à gauche et démontrer que les communistes ont leur mot à dire. "Nous ne sommes pas dans la même situation qu'en 2022, que ce soit d'un point de vue économique, ou d'un point de vue international", considère le secrétaire national du PCF.
Une façon de dire que l'échec de 2022 (2,28% de voix au premier tour), n'est pas forcément voué à se reproduire. Pour exister dans la campagne, les communistes porteront leurs propres thématiques : "Il y a deux défis principaux pour la France, le défi de la paix et la bataille de l'énergie", estime Fabien Roussel, lors d'une discussion avec les journalistes présents ce vendredi à la Fête de l'Huma.
Le premier sujet doit permettre au PCF de respecter sa tradition pacifiste, mais aussi de se différencier de la position d'un candidat comme Raphaël Glucksmann. "Il faut que la France retrouve son leadership pour mener la bataille diplomatique", affirme le secrétaire national du PCF, qui appelle de ses voeux un "cessez-le-feu rapide" dans le conflit entre l'Ukraine et la Russie. Au-delà de mettre un terme au "risque d'engrenage" guerrier, cette cessation des hostilités doit, souligne-t-il, permettre de "réorienter l'argent du ministère de la guerre vers les services publics".
Quant au deuxième sujet, Fabien Roussel entend mener la "bataille de l'énergie", qui est aussi celle du pouvoir d'achat. Le candidat communiste compte d'ailleurs sur cette thématique pour faire décoller sa campagne : ce vendredi, il a publiquement appelé TotalEnergies à baisser de 30 à 50 centimes le prix de l'essence. Et de déclarer que si l'entreprise dirigée par Patrick Pouyanné refuse de le faire, "alors il faudra la nationaliser", allant jusqu'à parler de "nationalisation-sanction". Un vocable utilisé contre l'entreprise Renault au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
Fabien Roussel appelle dès maintenant les Français à "occuper les ronds-points, à se rassembler devant les sous-préfectures, devant l'Élysée, le siège de Total et de Rubis [l'entreprise qui gère la distribution de carburant en Corse]", afin de demander une baisse immédiate des prix. "Moi, c'est l'union du peuple à laquelle j'aspire", explique le candidat, qui répond de cette manière à celles et ceux qui auraient préféré un soutien du PCF à la candidature de Jean-Luc Mélenchon, comme cela avait été le cas en 2012 et 2017.
"Nous sommes les seuls à parler aux ouvriers, à ceux qui ne votent plus, mais aussi à ceux qui votent pour le RN", explique à LCP le porte-parole du PCF, Léon Deffontaines. L'ancienne tête de liste des communistes aux européennes de 2024 défend la ligne autonomiste de son parti : "Le Nouveau Front populaire a perdu, notamment dans les circonscriptions ouvrières", continue Léon Deffontaines, qui espère que la candidature de Fabien Roussel permettra d'élargir le socle électoral de la gauche, qui pèse actuellement "31-32 % toute mouillée".
Le député Yannick Monnet (Gauche démocrate et républicaine), élu dans l'Allier, croit lui aussi que Fabien Roussel peut reconquérir une partie de l'électorat perdu : "Fabien est la personne qui peut parler au monde rural." "On a des choses à dire qui ne sont pas dites", ajoute le sénateur PCF Ian Brossat, qui sera le directeur de la campagne de Fabien Roussel. "On va tirer le fil de l'évasion fiscale", indique l'élu, qui promet une "campagne très lutte des classes".
Une stratégie qui n'est pas partagée par le chef de file des députés communistes, Stéphane Peu. Le président du groupe Gauche démocrate et républicaine qui était présent ce vendredi à l'inauguration du stand de l'État de Palestine, aux côtés de Fabien Roussel, de coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, et du premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure. "Moi, je continue de dire et d'exprimer mon incompréhension vis-à-vis de cette candidature isolée", explique Stéphane Peu. "Le vote des militants, je le respecte, mais il ne m'oblige pas", affirme le président des députés communistes, qui rappelle qu'en 2022, il n'avait soutenu aucune candidature.
L'insoumis Manuel Bompard aurait, quant à lui, préféré que les communistes se rangent dès le premier tour derrière la candidature de Jean-Luc Mélenchon : "On serait évidemment plus forts ensemble, de nombreux militants et sympathisants regrettent la division de 2022, qui nous a empêché d'éliminer l'extrême droite dès le premier tour", estime le député, qui appelle la gauche à se "serrer les coudes".
Tout comme Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon est lui aussi très présent à la Fête de l'Humanité. Ovationné aujourd'hui lors de son intervention sous le chapiteau de l'agora, il donnera un discours sur le stand de La France insoumise demain samedi, à 16 heures. Tandis que Fabien Roussel prononcera un discours à 17h40 sur la grande scène. Un duel à distance qui donnera une idée de la façon dont la bataille s'engage à gauche.