REPORTAGE. Lors de son premier grand meeting de campagne, ce dimanche à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Jean-Luc Mélenchon a appelé les forces de gauche à le rejoindre. Militants et dirigeants insoumis, convaincus que leur candidat peut remporter la présidentielle de 2027, excluent en revanche tout accord avec le Parti socialiste.
Sous le soleil de Saint-Denis, l’union de la gauche est dans toutes les bouches ce dimanche. Mais une ligne rouge apparaît nettement: pas question, pour beaucoup des militants insoumis croisés à Saint-Denis, de repartir avec les socialistes. La basilique, massive, semble écraser de sa hauteur la scène sur laquelle Jean-Luc Mélenchon lance un message clair et son premier grand meeting de l'élection présidentielle.
Béret sur la tête, Joël, 64 ans, attend patiemment au milieu de la foule, avec deux peintures en main, qui représentent Jean-Luc Mélenchon et le nouveau maire LFI de la ville, Bally Bagayoko. Il espère que la quatrième candidature du tribun insoumis sera la bonne. "Pour l'emporter en 2027, l'union sera indispensable, mais ce n'est pas aux partis que La France insoumise s'adresse, plutôt aux personnes honnêtes et qui souffrent".

Dès qu'on les interroge, les personnes présentes ce dimanche se disent toutes plutôt favorables à une union de la gauche. Mais une question revient, lancinante : "Quand vous parlez de la gauche, vous parlez de qui ?", répondent la plupart des interrogés, qui semblent tous exclure le Parti socialiste de l'équation. "Glucksmann et Hollande sont hostiles à toute politique de changement réel, de toute façon les gens vont arrêter de voter socialiste, ils se sont fait avoir un nombre de fois trop important", affirme par exemple Joël.
C'est également l'opinion de Clara, 19 ans, qui estime que "le Parti socialiste n'est aujourd'hui plus du tout à gauche", mais aussi d'Eric, 60 ans, qui a par le passé voté pour François Hollande, et qui aurait "tout un tas d'insultes à nous donner" pour expliquer ce qu'il pense du quinquennat de l'actuel député de Corrèze. "Vous savez, moi je suis de la génération du programme commun, que les socialistes ont trahi lors du tournant de la rigueur en 1983 et on n'a pas envie de recommencer", répond de son côté Annie, 78 ans.
Keffieh sur la tête, Margot, 37 ans, résume à elle seule la pensée qui a l'air d'être majoritaire dans la foule : "Avec les socialistes, à mon avis, ça ne va pas le faire", explique-t-elle. La jeune femme est interrompue pendant quelques secondes par un militant à la recherche d'un drapeau palestinien : "L'organisation ne donne que des drapeaux français et de La France insoumise", lui répond aussitôt une autre personne. Margot, comme les dirigeants insoumis, appelle les communistes et les écologistes à se ranger derrière Jean-Luc Mélenchon : "S'ils nous rejoignent, ce sera un message fort", pronostique-t-elle, estimant qu'un tel ralliement permettra de mettre énormément de gens "en mouvement".
Quelques minutes plus tard, les intervenants se succèdent sur scène pour louer la centralité de La France insoumise : "Jean-Luc Mélenchon est aujourd'hui le responsable politique le mieux préparé", lance Bally Bagayoko, très populaire dans la ville qu'il vient de conquérir. L'écrivain Eric Vuillard, qui s'exprimait juste après la prix Nobel Annie Ernaux, dit peu ou prou la même chose : "Le seul mouvement en position de l'emporter, c'est nous tous ici."
Mais c'est le discours de Jean-Luc Mélenchon qui est le plus explicite : "Sans contestation possible, la première force politique de la gauche et du changement, la voici", déclare le leader des insoumis, à la fin de son discours. Les insoumis ont revendiqué la présence de 26 000 personnes, ce dimanche.

Jean-Luc Mélenchon estime que face à cette démonstration de force, la primaire, que tentent d'organiser certains dirigeants écologistes et socialistes, est déjà "finie" : "C'est nous qui avons gagné l'honneur de marcher en première ligne et bienvenue à tous ceux qui veulent participer à la bataille pour la VIe république écologique et sociale."
Jean-Luc Mélenchon adresse un message sans équivoque à ceux qui le critiquent, à gauche : "Ceux qui n'ont aucune chance d'accéder au second tour devraient se garder de nous empêcher d'essayer de le gagner." Le leader insoumis, convaincu qu'il peut l'emporter au soir du second tour, prend à témoin celles et ceux qui redoutent une victoire de l'extrême droite en 2027 : "Chaque voix compte dès le premier tour, déclare-t-il, vous ne pourrez pas dire, si un malheur arrive, je ne savais pas".
A l'issue du meeting, le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard adresse un message similaire aux communistes et aux écologistes : "C'est maintenant qu'il faut rejoindre la bataille, pas à quelques jours du premier tour." "Notre offre a une date de péremption", explique aussi à LCP l'eurodéputée Manon Aubry, qui fixe celle-ci à l'automne. "Il y aura de la place pour tout le monde dans notre campagne", promet l'élue, qui fixe toutefois une condition : avoir voté les censures du gouvernement Lecornu.
Une façon d'exclure, de facto, les socialistes. "Ils ont une grande capacité à tout détruire, comme des coucous ils profitent des dynamiques que nous créons pour tout empêcher", dénonce le député Paul Vannier. L'élu, qui avait négocié avec les autres composantes de la gauche lors de la constitution du "Nouveau front populaire" en 2024 le promet : "Il n'y a pas d'accord possible avec les socialistes." Selon lui, la gauche doit "se protéger des manoeuvres" du Parti socialiste, un mouvement jugé désormais "dangereux pour toute coalition politique".