L'ex-président socialiste François Hollande propose, dans un livre-programme et un entretien au Point, de fixer l'âge légal de départ à la retraite à 63 ans, puis d'allonger progressivement la durée de cotisation, à rebours de la volonté socialiste de revenir à 62 ans. Il dira en décembre s'il est candidat à la présidentielle.
Il n'a pas encore pris sa décision pour l'élection présidentielle. "Si la situation l'exige et que j'ai la conviction, au mois de décembre, qu'un rassemblement est possible et que je peux en être l'expression, j'en tirerai les conclusions", affirme François Hollande dans une interview au Point, alors qu'il publie le 3 septembre Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche (Robert Laffont), un ouvrage programmatique qui recense 80 propositions. "C'est long, une campagne présidentielle. Les sondages d'aujourd'hui n'indiquent pas le vote de demain", poursuit l'ancien chef de l'État socialiste, qui assure "vivre sereinement sans le pouvoir" et que "d'une certaine façon, (il) a accompli son destin" en exerçant la fonction suprême entre 2012 et 2017.
"Si, en revanche, une candidature proche de ma sensibilité s'est imposée avec une perspective de victoire, pourquoi viendrais-je troubler la donne ?", interroge-t-il, tout en disant en vouloir "la démonstration". François Hollande refuse de participer à la primaire du camp social-démocrate qui se tiendra en octobre. Et s'oppose à La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, avec qui "aucune alliance" n'est plus "possible".
l'âge pivot doit tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie et être corrigé en permanence. François Hollande
Pour autant, François Hollande ne compte pas délaisser le débat public, loin de là. Ainsi, il formule ses propositions. Sur le dossier des retraites qui "reviendra inéluctablement sur la table", le député de Corrèze explique qu'il ne reviendra pas, en cas d'élection, à la retraite à 62 ans. "Au 1er janvier 2028, l’âge légal sera aux alentours de 63 ans. Il faudra partir de là, puis allonger les durées de cotisation au fur et à mesure de l'évolution de l'espérance de vie et des déséquilibres démographiques, à travers un mécanisme d'ajustement à la main des partenaires sociaux", estime aujourd'hui celui qui avait combattu le report à 64 ans de l'âge de la retraite voulu par son successeur Emmanuel Macron.
Tout en privilégiant "l'allongement de la durée de cotisation au report de l'âge légal", comme il l'a fait durant son quinquennat, il juge désormais que "l'âge pivot doit tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie et être corrigé en permanence", selon des bonnes feuilles de son livre publiées par l'hebdomadaire.
L'ancien président veut aussi "limiter à 1% pendant cinq ans l'indexation des pensions, ce qui procurerait un gain équivalent au report d'un an de l'âge de départ", et "ajouter une part de capitalisation" contrôlée par les partenaires sociaux.
Interrogé sur la désindexation de certaines pensions de retraite, mesure que le gouvernement pourrait porter dans le cadre du débat budgétaire, François Hollande déclare que "si un effort est réclamé à une catégorie de la population, il doit s'inscrire dans un schéma d'ensemble destiné à rétablir sur plusieurs années les comptes publics et dans lequel les plus fortunés sont sollicités et certains abus corrigés, sans oublier les superprofits des entreprises". "C'est à cette condition que la désindexation partielle des retraites peut être envisagée au-delà d'un certain seuil de revenus", commente-t-il dans Le Point.
Défendant la "politique de l'offre" mise en place sous sa présidence, l'ancien chef de l'État propose par ailleurs de "rapprocher le salaire net du brut" en baissant les cotisations salariales. La mesure serait "financée par une contribution qui toucherait une partie des grosses successions" et par une hausse du taux normal de la TVA, qui passerait progressivement de 20% à 24%. Mais "sur l'énergie, y compris les carburants, et les produits de première nécessité, notamment alimentaires, le taux réduit de TVA à 5,5% serait ramené à 0%".
François Hollande entend bien continuer d'être présent dans le débat public. Ce samedi, il débattra même avec Édouard Philippe à Sens (Yonne), lors d'un événement de rentrée organisé par l'ancien ministre de l'Éducation nationale d'Emmanuel Macron, Jean-Michel Blanquer.
(avec AFP)