Principes de la République : la question du voile à l'université s'invite dans les débats

Actualité
par Maxence Kagni, le Mardi 19 janvier 2021 à 19:49, mis à jour le Mardi 26 janvier 2021 à 11:31

Mardi 19 janvier, les députés de la commission spéciale chargée d'étudier le projet de loi "confortant le respect des principes de la République" ont rejeté des amendements visant à interdire le voile à l'université déposés par Les Républicains. 

L'examen du projet de loi "confortant le respect des principes de la République" doit notamment être, selon Les Républicains, l'occasion de "traiter la question du voile à l'université". Mardi après-midi, Annie Genevard, Eric Ciotti et Anne-Laure Blin (Les Républicains) ont tenté d'interdire dans les établissements d'enseignement supérieur "le port de signes ou tenues par lesquels les [étudiants] manifestent ostensiblement une appartenance religieuse".

En vain : à l'issue d'un débat de plus d'une heure, leurs amendements ont été rejetés par la commission chargée d'examiner le texte, conformément au souhait du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et des députés de la majorité.

"Cancel culture"

"Certes il existe la liberté religieuse, mais elle n'est pas absolue", a expliqué Annie Genevard pour défendre son amendement. La députée veut appliquer aux universités les règles inscrites dans la loi de 2004 "encadrant le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics".

Son but : lutter contre les "indigénistes", "toutes sortes de dérives", mais aussi mettre un terme à l'importation en France de la "cancel culture".

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Son collègue Eric Ciotti a lui aussi défendu un amendement visant à interdire le "port du voile islamique ou islamiste" à l'université, un "vêtement qui est un instrument d'asservissement de la femme". Il a exhorté les députés à ne pas manquer de "courage".

"Des adultes"

Leur proposition n'a pas convaincu la rapporteure Laurence Vichnievsky (MoDem) : "Le principe de neutralité et de la laïcité ne s'applique pas aux usagers du service public (...) Les jeunes, qui vont à l'université, sauf exception, sont des adultes.

L'université doit être ouverte sur le monde. Laurence Vichnievsky

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a lui aussi signifié son opposition à la proposition des députés Les Républicains. "Dans l'article 10 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen il est inscrit que nul ne peut être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses", a souligné le ministre. "Nous nous adressons à des adultes et non pas à des citoyens en construction", a-t-il ajouté, repoussant toute extension du champ d'application de la loi de 2004. 

Gérald Darmanin estime également que la proposition des Républicains, qui limite des libertés constitutionnelles, nécessiterait de "changer la Constitution".

Effets pervers

Plusieurs élus de la majorité, ainsi que des élus des groupes minoritaires, ont aussi exprimé leur opposition à la proposition des députés LR. "Le voile n'est pas nécessairement un signe de prosélytisme d'un islam radical et politique", a réagi Caroline Abadie (La République en marche). L'interdiction pourrait même avoir des effets pervers selon elle : "J'ai bien peur que ces étudiantes gardent leur voile et n'aillent pas à l'université." Une position similaire à celle de Charles de Courson (Libertés et Territoires) et de Saïd Ahamada (La République en marche).

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"Interdire le voile à l'université, ce serait dire que toutes les femmes qui portent le voile posent problème, ça voudrait dire que l'on considère que c'est l'islam qui pose problème", a résumé Pierre-Yves Bournazel (Agir ensemble).

N'aseptisons pas notre université, cela doit rester un lieu de débats. Frédéric Petit (MoDem)

"Pas de débats interdits"

Boris Vallaud (Socialistes) a pour sa part cité un courrier du président de la conférence des universités : "Les présidents d'université ne veulent pas que nous remettions en cause la loi telle qu'elle est." Tout comme Marie-George Buffet (Gauche démocrate et républicaine), le rapporteur général du texte, Florent Boudié (La République en marche) a, par ailleurs, rappelé que le prosélytisme religieux et le fait de paraître masqué dans un amphithéâtre d'université sont déjà proscrits par la loi.

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Autant de discussions qui irritent Alexis Corbière (La France insoumise) : "On discute du voile, on ne parle que de ça depuis hier", a regretté l'élu. Mais, "il n'y a pas de débats interdits", a estimé Annie Genevard. Les amendements des députés Les Républicains seront donc, très certainement, à nouveaux déposés et examinés en séance publique, à partir du 1er février prochain.