Projet Hercule : "Il n'y aura aucune privatisation", assure le patron d'EDF

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par Ariel Guez, le Mercredi 10 février 2021 à 14:23, mis à jour le Vendredi 12 février 2021 à 10:20

Devant les députés, mercredi 10 février, le président-directeur général d'EDF, Jean-Bernard Lévy, a défendu le projet de restructuration du groupe. Il assure qu'il n'y aura "aucune privatisation" et que le projet de réforme Hercule est "nécessaire" pour désendetter EDF.

C'est un nom qui est sur toutes les lèvres depuis des mois : Hercule. Le projet de restructuration du groupe EDF, qui a donc pris pour nom celui d'un demi-dieu romain, suscite une véritable levée de boucliers, d'une partie de la droite à l'ensemble de la gauche. Des communistes aux gaullistes en passant par les socialistes et les insoumis : beaucoup craignent une "perte de souveraineté" ou "une privatisation" du groupe si la réforme, soutenue par le gouvernement, venait à voir le jour. 

Auditionné conjointement par la commission des affaires économiques et du développement durable de l'Assemblée nationale mercredi 10 février, Jean-Bernard Lévy, président-directeur général d’EDF, a répondu aux questions des députés, assurant que "des lignes rouges avaient été fixées" dans les négociations avec Bruxelles (la Commission européenne veille au respect de la concurrence en Europe, ndlr) et qu'il n'y aura "aucune privatisation" du groupe dans le futur.

divisée en trois entités, à quoi EDF pourrait ressembler avec le projet Hercule ? 

S'il a expliqué que malgré la crise, EDF s'est bien sorti de l'année 2020, Jean-Bernard Lévy l'assure : il est urgent de mettre en place le projet Hercule en raison des dettes importantes qui minent le groupe français. 

Concrètement, la réorganisation d'EDF pourrait se traduire par une scission du groupe en trois entités. D'abord, une entreprise publique (EDF bleu) chapeauterait les centrales nucléaires et le réseau de transports. "Pour le nucléaire, le mécanisme retenu devrait prendre la forme d'un prix fixe", précise Jean-Bernard Lévy. Une autre entité (EDF vert) réunirait les activités commerciales, la distribution d'électricité et les énergies renouvelables. Elle serait cotée en Bourse, permettant d'attirer des investisseurs pour développer l'éolien et le solaire. Elle inclurait aussi Enedis, "de façon à avoir d'un côté un distributeur puissant et de l'autre côté des activités renouvelables commerciales et de services."

"Ces deux parties ne sont pas concurrentes (...) C'est le monde de la production centralisée d'un côté et le monde de la production décentralisée de l'autre côté", résume le patron d'EDF à propos de ces deux branches. 

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Enfin, une troisième entité (EDF azur) pourrait coiffer les barrages hydroélectriques. Mais nombre de détails importants restent à préciser. "Aujourd'hui, nous ne sommes pas en mesure de décrire un schéma précis de ce que sera cette réforme et ses impacts sur l'organisation interne du groupe EDF, pour une raison très simple : les négociations avec la Commission européenne sont toujours en cours", soulignait début février la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili lors d'une audition devant les députés

Les négociations sont toujours en cours et des "lignes rouges" ont été fixées, rassure le PDG du groupe : 

  • Le groupe EDF doit rester "un groupe public intégré." Cela signifie, explique Jean-Bernard Lévy, qu'il ne doit y avoir qu'une seule et même stratégie, "où les différentes entités ne se font pas concurrence." Selon lui, ce caractère intégré du groupe EDF est "une des clés du succès énergétique français" et "un atout pour la France."
  • Le prix de la future régulation nucléaire doit couvrir les coûts et rémunérer correctement les investissements du parc existant. 
  • À l'issue de la réforme, le groupe EDF doit disposer des moyens pour se développer dans tous les secteurs de la transition énergétique.   

Un accord qui ne répondrait pas à ces trois objectifs ne serait pas acceptable Jean-Bernard Lévy, président-directeur général d’EDF, le 10 février 2021.

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"Pas de privatisation", mais une ouverture des parts "d'EDF vert" au privé

Les inquiétudes se sont aussi exprimées à proximité du Palais Bourbon, où quelques dizaines de manifestants ont protesté contre le projet de réforme avec des slogans tels que "Azur, bleu ou vert, Hercule ne passera pas l'hiver". Jean-Bernard Lévy les entend. Et veut rassurer députés, syndicats et citoyens. "Je ne transigerai pas sur certains principes", promet-il. Aux interpellations de Julien Aubert (LR), de Sébastien Jumel (PCF) et d'Adrien Quatennens (LFI), le PDG d'EDF assure qu'il n'y aura "aucune privatisation. Il n'y aura aucune activité qui serait aujourd'hui dans le secteur public qui serait transférée au secteur privé. [Avec la réforme], il n'y aurait aucun abandon de souveraineté"

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Toutefois, s'il est prévu qu'EDF Bleu détienne 100% des parts d'EDF Azur, elle ne détiendrait qu'une "large majorité" de celles d'EDF Vert. Il y aurait donc bien une ouverture au privé de l'entité chargée des activités commerciales, de la distribution d'électricité et des énergies renouvelables. À quel niveau ? Jean-Bernard Lévy propose que le taux soit fixé à 30% mais ce chiffre est encore en discussion, précise-t-il. 

Le dispositif actuel de l'Arenh critiqué de toutes parts

Si les différentes oppositions ne se réjouissent pas du projet Hercule en l'état, ils rejoignent le patron d'EDF au moins sur un point : il faut mettre fin à l'accès régulé à l'électricité nucléaire historique, le dispositif dit "Arenh." Concrètement, il permet aux fournisseurs d'électricité concurrents d'EDF en France de racheter à l'électricien une partie de sa production nucléaire à un tarif de 42 €/MWh. Un prix trop faible, selon le géant Français. 

Adrien Quatennens, qui a été conseiller de clientèle chez EDF avant d'être élu député, le résume ainsi : "C'est comme si vous aviez investi dans votre entreprise et que demain, en vertu de la concurrence, la Commission européenne vous imposait de donner une part de votre production à une entreprise qui n'a pas de matériel."

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Jean-Bernard Lévy va même jusqu'à qualifier le dispositif de "poison." Selon lui, il "a contribué à faire d'EDF un acteur surendétté." À comprendre le patron du groupe, cette réforme de l'Arenh est l'un des sujets de blocage à Bruxelles dans les négociations. "L'Arenh est au cœur du sujet. Un certain nombre de points sont difficiles (...) [mais] tout ce qui touche à son prix est essentiel", explique-t-il. 

Pas de plan B du côté d'EDF

Mais malgré les âpres négociations, le PDG d'EDF croît dur comme fer au projet Hercule. Surtout, selon Jean-Bernard Lévy, il n'y a pas de plan B au cas où les discussions sur la réforme avec Bruxelles viendraient à être abandonnées, révèle-t-il devant les députés. Interrogé sur le sujet par la socialiste Marie-Noëlle Battistel, il explique qu'il "n'a pas trouvé de solution qui fonctionne mieux que celle sur laquelle nous avons travaillé longuement avec le gouvernement."