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Céline Calvez

Représentation des femmes dans les médias en temps de crise : selon un rapport, le compte n'y est pas

Actualité
le Mercredi 13 janvier 2021 à 15:27

La députée "La République en marche" Céline Calvez a présenté ce mercredi 13 janvier, devant la commission des affaires culturelles et de l'éducation, le rapport issu de la mission sur la place des femmes dans les médias en temps de crise. Elle formule 26 préconisations pour promouvoir la parole ainsi que l'expertise des femmes et résorber le déséquilibre encore patent avec l'exposition des hommes.

En introduction de sa présentation, Céline Calvez a souhaité rappelé que l'impulsion de la mission qu'elle avait conduite à partir du 1er avril 2020, alors que l'épidémie de covid-19 battait déjà son plein, avait émané du précédent gouvernement et plus particulièrement de Marlène Schiappa, alors secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes. Le rapport avait par la suite été remis, le 9 septembre dernier, à l'actuelle ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Élisabeth Moreno, ainsi qu'à la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot.

Un état des lieux de la place des femmes dans tous les types de médias

La mission menée par Céline Calvez s'est autant intéressée au contenu qu'à l'organisation des médias, "en analysant l'effet du contexte particulier de la crise sanitaire sur le phénomène d'invisibilité des femmes". La députée des Hauts-de-Seine définit ce contexte comme un "exhausteur d'inégalités entre les femmes et les hommes", particulièrement pour ce qui est des experts sollicités par la presse écrite et audiovisuelle. Elle a fait part de son propre ressenti, avant même d'avoir amorcé ses travaux, et "la goutte d'eau" qu'a constituée la Une du Parisien, le 5 avril dernier, qui titrait : "Ils racontent le monde d'après", sous les portraits de quatre hommes.

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La mission a ainsi mené 80 auditions, entendu plus de 200 personnes, et s'est appuyée sur plusieurs analyses, dont celles de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), qui a mené deux études sur la période concernée. L'une de ces études s'est particulièrement attachée à comparer le temps de parole des femmes pendant la crise sanitaire avec la même période en 2019. Céline Calvez a également cité le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), et son étude ad hoc sur la représentation des femmes pendant la pandémie.

Si ces travaux pointent le fait que "les femmes sont déjà en temps normal sous-représentées aux heures de forte audience", ils mettent en évidence une baisse de 10% de la place des expertes dans le paysage audiovisuel en mars dernier, soit "un véritable phénomène de décrochage", selon les mots de la rapporteure. Pour ce qui est des rendez-vous très prisés des matinales radio, il n'y aurait eu que 23% de femmes parmi les invités de mars à mai 2020.

Pas mieux dans la presse écrite, où sur les sept quotidiens nationaux, les personnalités féminines auraient fait l'objet de seulement 16% des Unes pendant la crise.

Enfin, concernant leur organisation, le constat est sans appel pour les structures médiatiques : les femmes sont considérablement moins présentes aux postes à responsabilité éditoriale. Alors que 47% des journalistes font partie de la population féminine, seules 30% des postes dirigeants leur incombent. En outre, la différence de rémunération est supérieure à la moyenne nationale, s'élevant à 17% contre environ 13%.

Des préconisations applicables en temps de crise comme en règle générale

L'une des préconisations majeures du rapport de Céline Calvez s'adresse aux médias en les incitant au comptage afin "d'objectiver la situation". La députée précise cependant qu'au-delà du temps de parole des femmes, il est également utile de se pencher sur les thèmes d'intervention choisis, afin notamment d'éviter l'écueil, trop souvent reproduit, qui consiste à consulter les femmes sur des problématiques réputées "féminines".

"L'État se doit d'accompagner les médias" selon la rapporteure, qui préconise de "mettre en place un bonus sur les aides à la presse pour les entreprises qui se doteraient d'outils de comptage, de chartes d'engagement ou d'outils de formation et de sensibilisation". Une proposition à valeur incitative, mais qui pourrait dans un second temps devenir contraignante avec l'instauration d'un malus infligé aux médias qui ne joueraient pas le jeu. En définitive, la députée des Hauts-de-Seine n'exclut pas une conditionnalité des aides à la presse, mise en place progressivement et dont les critères seraient à définir en partenariat avec les médias eux-mêmes.

Le rapport prescrit également une dotation supérieure en moyens pour le CSA, en particulier pour le contrôle "des émissions de savoir, d'information et de débat", et plus spécifiquement en période de crise.

Enfin, autre grand axe du rapport, celui de l'éducation et de la formation, notamment afin de sensibiliser l'ensemble des salariés des médias sur la place des femmes en leur sein.

La députée communiste Elsa Faucillon a souhaité souligner le contraste entre la mobilisation des femmes pendant la crise sanitaire et leur invisibilisation dans les médias, et pointé le fait que le vocabulaire guerrier, mobilisé en particulier par l'exécutif, n'avait probablement pas aidé à valoriser les femmes dans le champs médiatique. Michèle Victory (Socialistes et apparentés) a quant à elle interrogé la rapporteure sur l'opportunité d'étendre le champ de ses préconisations à la problématique de la diversité, éventualité que Céline Calvez n'a pas exclu, considérant que la plupart de ses propositions étaient transposables en la matière.

Cette dernière n'a pas hésité à parler de discrimination positive, considérant les "quotas" comme "incontournables". "Ça ne règle pas tout, mais ça infuse", a-t-elle déclaré.

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S'il appartient désormais au gouvernement de se saisir des mesures proposées par le rapport de la mission, les dirigeants et syndicats des médias ont reçu en octobre un courrier, signé conjointement par Roselyne Bachelot et Élisabeth Moreno, les encourageant d'ores-et-déjà à s'en emparer.