Soupçons d'ingérences à BFMTV : Rachid M'Barki a "sciemment contourné le process de validation", explique Marc-Olivier Fogiel

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Marc-Olivier Fogiel à l'Assemblée, jeudi 23 mars 2023
Le directeur général de BFMTV, Marc-Olivier Fogiel, à l'Assemblée, jeudi 23 mars 2023
par Raphaël MarchalLéonard DERMARKARIAN, le Jeudi 23 mars 2023 à 14:32, mis à jour le Jeudi 23 mars 2023 à 16:54

Le directeur général de BFMTV a justifié le licenciement de Rachid M'Barki, lors d'une audition à l'Assemblée nationale, jeudi 23 mars. Battant en brèche la position victimaire de l'ex-présentateur de la chaîne, Marc-Olivier Fogiel a affirmé que celui-ci avait volontairement contourné le processus de validation de BFMTV pour diffuser certaines images. 

Au lendemain de l'audition de Rachid M'Barki, c'était au tour de Marc-Olivier Fogiel d'être auditionné par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les ingérences étrangères, ce jeudi. Et devant les députés, le directeur général de BFMTV a présenté une version très différente de celle de l'ex-présentateur, licencié pour "faute grave" après des soupçons d'ingérence étrangère dans son travail. Le collectif Forbidden Stories, à l'origine de l'enquête, avait alerté en janvier le directeur général de la chaîne sur le cas de Rachid M'Barki.

Selon Marc-Olivier Fogiel, l'audit interne lancé par la chaîne d'information en continu n'a pas permis de répondre aux questions concernant les soupçons d'ingérence étrangère. A ce sujet, le directeur général de BFMTV a dit attendre le résultat du travail de la justice. L'audit interne a, en revanche, bien permis d'identifier certaines séquences problématiques, qui "n'avaient pas leur place à l'antenne" et qui n'avaient "rien à voir avec la ligne éditoriale" de la chaîne, sans pour autant qu'elles puissent être considérées comme de "fausses informations", a-t-il indiqué. 

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Ces séquences, au nombre de douze au total, "concernent des oligarques russes, des pays d'Afrique ou du Moyen-Orient, et [un] hôtel à Madagascar", a précisé le directeur général de la chaîne. Toutes ont été diffusées au cours du "Journal de la nuit", rendez-vous nocturne présenté par Rachid M'Barki jusqu'à sa mise à l'écart en février dernier. 

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Licencié pour avoir "gravement manqué au processus de validation

Lors de son audition, l'ex-présentateur a reconnu que ces images lui avaient été transmises par le lobbyiste Jean-Pierre Duthion. Ancien fixeur de la chaîne en Syrie, ce dernier pourrait avoir servi d'intermédiaire pour l'officine "Team Jorge", responsable des manipulations, selon l'enquête de Forbidden Stories.

Après le licenciement de Rachid M'Barki, Jean-Pierre Duthion a tenté d'approcher d'autres journalistes de BFMTV, l'un d'entre eux s'étant même vu proposer une rétribution, sans qu'ils donnent suite aux propositions du lobbyiste, a indiqué Marc-Olivier Fogiel.

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Au-delà de la question d'une éventuelle ingérence étrangère, l'ex-présentateur a "sciemment" contourné la procédure de validation de la chaîne pour que des images qu'il a admis avoir demandé au lobbyiste soient diffusés, a martelé le directeur général de BFMTV. Selon lui, Rachid M'Barki a profité de son aura et de son poids dans la chaîne pour que ces images soient intégrées et diffusées par les équipes techniques, en l'absence d'une validation éditoriale et hiérarchique. Un comportement qui justifie en soi l'éviction de Rachid M'Barki, a souligné Marc-Olivier Fogiel.  

Marc-Olivier Fogiel défend des "procédures robustes" de validation éditoriale

Selon Marc-Olivier Fogiel, "BFMTV est victime dans cette affaire" : les "conclusions de l’enquête interne ont montré que Rachid M’Barki a sciemment contourné [les] obligations pour certaines séquences". Détaillant le processus de validation éditoriale, incriminé hier par Rachid M'Barki, Marc-Olivier Fogiel a indiqué que "le contenu du journal est intégralement validé par le rédacteur en chef".

Les interactions professionnelles ont également été au cœur des échanges : alors que Rachid M’Barki indiquait hier se servir systématiquement de son mail professionnel pour transmettre des informations aux collaborateurs de la chaîne, Marc-Olivier Fogiel a affirmé que les modifications éditoriales "tardives" demandées par le présentateur se faisaient davantage à l’oral qu’à l’écrit.

Le directeur général de la chaîne a également mis en valeur l’existence d’une charte de déontologie "connue de tous, et qu’on ne peut pas méconnaître". Historique de la chaîne, Rachid M’Barki aurait d’ailleurs reçu, selon Marc-Olivier Fogiel, la charte de déontologie au même titre que les autres journalistes. Il a également souligné l’existence d’outils "éprouvés et efficients […] contre la manipulation de l’information" : "double, voire triple check des sources", ainsi qu’une cellule de vérification des faits (fact-checking).

C’est pas une télé artisanale, c’est une rédaction qui compte 250 journalistes et des cellules de documentation […] qui comptent une vingtaine de journalistes dédiés qu’à ça. Marc-Olivier Fogiel, directeur général de BFMTV

Après ces auditions parlementaires, "l’affaire M'Barki / BFMTV" va poursuivre un chemin judiciaire : la chaîne a en effet déposé une plainte auprès de la justice pour "corruption passive" et "abus de confiance". Le Parquet national financier (PNF) s'est également saisi de l'affaire.