Les députés ont adopté, ce jeudi 4 juin, une proposition de loi "visant à protéger la santé mentale des agricultrices et des agriculteurs". Porté par Arnaud Simion (Socialistes), le texte consolide le dispositif des "sentinelles agricoles", crée un guichet unique départemental dédié à la détresse psychologique des agriculteurs, ainsi qu'une mission nationale visant à piloter une véritable politique publique de prévention.
Près d'un suicide par jour en France parmi la seule profession des agriculteurs. Ce sont en effet 300 d'entre eux en moyenne qui, selon les données de la Mutualité sociale agricole (MSA), se donnent la mort chaque année dans le pays, soit un risque supérieur de 46% par rapport à la population générale.
Aussi, et alors que la santé mentale est depuis 2025 érigée en "grande cause nationale", les députés se sont prononcés à l'unanimité, ce jeudi, en faveur d'une proposition de loi pour tenter de remédier à la détresse psychologique grandissante du monde paysan.
"Pendant longtemps, cette souffrance est restée invisible", a souligné le rapporteur du texte, Arnaud Simion (Socialistes), qui a souhaité porter devant la représentation nationale la voix de ces hommes et de ces femmes dont la détresse psychologique, quand elle est ignorée, peut conduire à des drames humains. Une détresse qu'il a décrite comme spécifique, voire inhérente à une profession rarement épargnée par les difficultés.
Décrivant "la charge mentale permanente d'un métier exercé sept jours sur sept", les aléas climatiques et les crises sanitaires comme autant de "chocs" qui viennent souvent s'ajouter à l'isolement social et géographique, la surcharge administrative, ou encore l'endettement chronique, le député a défendu le principe d'un accompagnement renforcé de la santé mentale des agricullteurs.
Face à "un manque de cohérence d'ensemble" et "une gouvernance morcelée", le député de Haute-Garonne a souhaité consolider les dispositifs existants en les inscrivant dans une politique publique entièrement dédiée à la santé mentale des agriculteurs. Le texte prévoit ainsi la création d'un guichet départemental unique, et d'une mission nationale sur la santé mentale agricole.
Ce texte a un objectif : construire une politique publique cohérente, coordonnée, durable de prévention du mal-être et du risque suicidaire dans le monde agricole. Arnaud Simion (Socialistes)
Si la ministre présente au banc, Camille Galliard-Minier, a elle-même admis un "pilotage faible" en l'état actuel des choses, ainsi que la nécessité de développer une politique de "l'aller vers", elle a aussi rappelé le succès constitué par les "sentinelles agricoles". Déployées par la MSA depuis 2013, avec un objectif à l'époque fixé à 5 000 relais à travers de toute la France, ces sentinelles sont formées au repérage de la souffrance psychologique et à l'orientation vers les dispositifs compétents. Aujourd'hui au nombre de 10 000, il s'agit d'agriculteurs, de salariés de coopératives, de vétérinaires, d'acteurs associatifs, ou encore d'élus locaux.
"Ces sentinelles se sont développées de manière erratique sur le territoire", a cependant fait valoir Arnaud Simion, dont le texte vise à généraliser le dispositif et à inscrire dans la loi le rôle de ces acteurs de proximité pour le consolider. Il s'agit ainsi de "sanctuariser ce maillage humain, le pérenniser là où il fonctionne, et le développer là où il manque encore".
Afin d'améliorer les dispositifs d'aide au répit, un amendement de Manon Meunier (La France insoumise), soutenu par le rapporteur, a été adopté afin de rendre plus attractif le service de remplacement agricole. Considérant que ce service constituait "un outil essentiel de prévention du risque suicidaire", Manon Meunier a fait voter le passage de 17 à 27 jours pour le bénéfice du crédit d'impôt au titre des dépenses engagées pour assurer un remplacement pour congé.
Le texte, adopté à l'unanimité par l'ensemble des groupes qui composent l'Assemblée nationale, doit désormais poursuivre son parcours législatif au Sénat.