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Audition Svetlana Tikhanovskaïa

Svetlana Tikhanovskaïa : "Pour le peuple biélorusse, le président Loukachenko ne représente plus rien"

Actualité
le Vendredi 9 octobre 2020 à 14:22

La cheffe de file de l'opposition biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa, a été auditionnée mercredi 7 octobre par la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Une semaine après avoir rencontré Emmanuel Macron à Vilnius, où elle est actuellement exilée, l’opposante à Alexandre Loukachenko a rappelé les conditions déplorables, sur un plan démocratique, de l’élection présidentielle du 9 août dans son pays, et décrit la répression qui continue de s’abattre sur le peuple biélorusse.

C’est un hommage unanime que les députés ont rendu à l’ancienne candidate à l’élection présidentielle en Biélorussie, Svetlana Tikhanovskaïa. "Vous incarnez ceux qui peuvent faire tomber la dernière dictature d’Europe", a déclaré Anne Genetet (LaREM). Christian Hutin (Socialistes et apparentés) a fait référence au discours du 18 juin : "il y a des gens qui ont le courage de dire non (…), ce discours pourrait être le vôtre aujourd’hui". Tous ont salué la détermination et le courage de l'opposante biélorusse, quand à plusieurs reprises durant son audition, elle s’est dite reconnaissante de l’intérêt que la France porte à son pays.

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Candidate au dernier scrutin présidentiel, qui s’est soldé par la victoire, contestée, d’Alexandre Loukachenko, elle s’était présentée suite à l’arrestation de son mari, blogueur, arrêté en raison de ses convictions politiques. "Je suis la voix de ceux que le système a voulu faire taire, a ainsi déclaré Svetlana Tikhanovskaïa. Aujourd’hui 77 personnes sont prisonniers politiques en Biélorussie, parmi eux mon mari, Sergueï Tikhanovski". Des manifestations ont lieu chaque dimanche à Minsk, afin de demander la libération des détenus emprisonnés arbitrairement et de faire cesser les actes de torture dénoncés par plusieurs ONG internationales.

Je suis la voix de ceux que le système a voulu faire taire. Aujourd’hui 77 personnes sont prisonniers politiques en Biélorussie, parmi eux mon mari, Sergueï Tikhanovski. Svetlana Tikhanovskaïa

Si la France et l’Union européenne ne reconnaissent pas l’élection, qui n’a pas eu lieu selon des critères de liberté suffisants et dont les résultats auraient été falsifiés, Svetlana Tikhanovskaïa attend également beaucoup de Moscou dans la médiation internationale. Bien que la plupart des députés aient admis l’importance stratégique de la Russie, ils ont fait part de leurs inquiétudes quant à un soutien qui pourrait se muer en ingérence, voire à un risque "d’annexion directe ou indirecte", évoqué par Sébastien Nadot (EDS). La première revendication de l'opposante biélorusse étant la tenue de nouvelles élections libres, l'hypothèse d'un parachutage d’un candidat de Moscou pour remplacer Alexandre Loukachenko n’est pas à écarter. "Dans notre lutte il n’y a pas de place pour la géopolitique, a déclaré Svetlana Tikhanovskaïa. Nous luttons pour le droit du peuple biélorusse d’avoir des élections libres et équitables, pour le droit du peuple de choisir librement le garant de la souveraineté du pays et pour nos droits de citoyens (…) Je suis persuadée que tous les Biélorusses veulent continuer à avoir de bonnes relations de voisinage avec tous les pays, mais en ayant en tête leurs intérêts nationaux". Elle a par ailleurs tenu à opérer un distinguo entre le peuple russe et le Kremlin, dont elle a reconnu les velléités d’ingérence, tout en regrettant qu’à ce jour aucune volonté de dialogue avec le mouvement de protestation n’ait été initiée par la Russie.

Le député communiste Jean-Paul Lecoq a pour sa part déploré le fait que ne puisse être auditionné par la commission un représentant officiel de la République biélorusse. "Je pense que vous aider, ce n’est pas seulement vous transmettre de l’énergie pour combattre pour cette démocratie, c’est aussi oser dire à ceux qui franchissent les lignes et qui asservissent les peuples que cela ne peut plus durer et que les peuples du monde seront solidaires entre eux", a déclaré le parlementaire, avant d’ajouter : "que ce soit la répression en France des manifestions des gilets jaunes, ou que ce soit la répression, beaucoup plus violente, des manifestations en Biélorussie, dans les deux cas ce n’est pas acceptable". Le député a concédé ne pas partager le programme politique de l’opposante à la sensibilité libérale, déclarant qu’il combattait en France, ce qu’elle voulait mettre en place dans son pays, tout en saluant le courage dont elle fait preuve.

Applaudie par l’ensemble des députés à l’issue de son audition, Svetlana Tikhanovskaïa a déclaré que l’été dernier avait été le théâtre de la naissance de "la nouvelle Biélorussie", avant d'exhorter l’ensemble de la communauté internationale à être solidaire des revendications de son peuple.

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