À sept mois du premier tour de l'élection présidentielle, les candidats défendent leurs propositions sur les retraites, que certains affinent encore. Âge légal, durée de cotisation, pénibilité, captialisation... LCP fait le point sur les projets des candidats à la succession d'Emmanuel Macron.
Ce sera, à n'en pas douter, l'un des sujets majeurs de l'élection présidentielle de 2027. Le budget consacré aux pensions de retraite s'est élevé à 370 milliards d'euros en 2023, soit 13,1 % du produit intérieur brut (PIB) et 41,6 % des prestations sociales, selon les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Et plusieurs candidats s'inquiètent de la pérennité du système, du fait du vieillissement de la population.
Durant les deux quinquennats d'Emmanuel Macron, des projets de réforme ont été menés. Le camp présidentiel a tenté de mettre en place un système universel par points lors du premier mandat du chef de l'État, une tentative avortée notamment du fait de la crise sanitaire due à l'épidémie de Covid-19. Le second quinquennat s'est ouvert avec la réforme portée par Élisabeth Borne, qui prévoyait un décalage progressif de l'âge légal jusqu'à 64 ans.
Cette réforme, qui se voulait être un marqueur de la présidence d'Emmanuel Macron, a toutefois été suspendue jusqu'en 2028 par le gouvernement Lecornu, afin d'éviter la censure à la fin de l'année 2025. Pour autant, pas question de mettre le sujet des retraites sous le tapis, pour Emmanuel Macron. En juin, le chef de l'État a assuré que son successeur devrait reprendre le chantier, jugeant même que ne pas mettre de réforme sur le métier serait "hypocrite".
Au Rassemblement national, le sujet des retraites a longtemps alimenté le récit de la dissenssion entre Marine Le Pen, candidate naturelle du parti, et Jordan Bardella, longtemps pressenti pour reprendre le flambeau du fait des ennuis judiciaires de la patronne des députés RN. Finalement candidate depuis la décision rendue par la cour d'appel de Paris en juillet dernier, Marine Le Pen a réaffirmé lors de son discours de rentrée, dimanche à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), sa position originelle : le retour à un âge légal à 62 ans, voire 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans, avec selon les cas 40 à 42 années de cotisation.
Les retraites sont également au centre de la campagne d'Édouard Philippe, qui n'a cependant pas encore dévoilé les paramètres précis de la réforme qu'il veut mettre en œuvre s'il est élu à l'Élysée. L'ancien Premier ministre et actuel maire du Havre devrait révéler son projet dans les prochains jours ou dans les prochaines semaines. Toujours associé à la retraite à 67 ans, depuis un entretien accordé à Challenges en 2021, le candidat d'Horizons est en tout cas hostile à l'abandon de l'âge légal. Fin août, à Tourcoing (Nord), il a promis une réforme "responsable pour tous et juste pour chacun".
Son principal rival du bloc central, Gabriel Attal, prône une solution plus radicale : supprimer purement et simplement l'âge légal, un totem devenu selon lui inutile. Le chef de file des députés Ensemble pour la République préfère centrer sa réflexion sur la durée de cotisation. "Vous partez très tôt, vous avez très peu. Vous partez plus tard, vous avez plus", a-t-il résumé sur BFMTV en août. L'ex-Premier ministre propose également d'introduire une dose de capitalisation, une solution qu'il juge "bonne pour le système, et bonne pour les pensions".
Candidat des Républicains, Bruno Retailleau devrait, lui aussi, préciser le contenu de sa réforme dans les prochains jours. Le sénateur vendéen défendra en tout cas le décalage de l'âge légal de départ à la retraite "après 64 ans", une mesure "fondamentale", comme il l'a assuré fin août sur France 2. Lors du débat économique organisé fin août par le Medef, le patron de LR a, en outre, proposer de lier l'âge de départ à l'espérance de vie "en bonne santé". "C’est simplement pour qu’on s’évite des psychodrames tous les 10 ans ou 15 ans, qu’on puisse bouger en fonction du nombre d’années dont on va pouvoir bénéficier des pensions", a-t-il expliqué.
À gauche, le candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, défend le retour "le plus vite possible" au droit à la retraite à 60 ans pour 40 années de cotisation. Une promesse renouvelée par le leader des insoumis lors de son premier meeting de campagne à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), en juin. "Le temps libre des retraités, c'est du travail civique, du temps familial. Ce n'est pas du temps perdu", a-t-il affirmé lors du débat organisé par le Medef.
Pour Les Écologistes, Marine Tondelier défend elle aussi l'idée d’une retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler avant vingt ans ou ayant exercé des métiers pénibles, mais à 62 ans pour les autres. Et pour le Parti communiste français, Fabien Roussel n'a pas encore dévoilé son programme en matière de retraites, mais comme le reste de la gauche, il a toujours combattu la réforme Borne. En 2022, dans son programme présidentiel, il défendait une retraite à 60 ans, à taux plein, et prônait de porter la pension à 75% du revenu net d'activité, dans le secteur public comme dans le secteur privé. Avec un plancher fixé à 1200 euros net.
De son côté, le Parti socialiste propose dans son projet présidentiel de ramener l'âge légal à 62 ans, sans en faire un "critère central du système", avec une durée de cotisation fixée à 43 ans, mais adaptable en fonction de la pénibilité des métiers. Cependant, les candidats à la primaire "sociale-démocrate" ont, ou auront, chacun leurs propositions. Pour le moment, Raphaël Glucksmann (Place publique) n'est pas rentré dans le détail de son projet de réforme, évitant de fixer un âge légal de départ. Devant le Medef, il s'est de nouveau engagé à abroger la réforme des retraites de 2023, et à davantage tenir compte de la pénibilité du travail.
Candidat à la primaire, le député socialiste Philippe Brun s'est démarqué en se prononçant pour un système de retraite avec une forte dose de capitalisation, publique et administrée par les syndicats. Une idée iconoclaste à gauche, qui a suscité l'étonnement en interne et les railleries de La France insoumise. Quant à Ségolène Royal, interrogée sur France 2 le 31 août, elle s'est refusée de se prononcer "tant que la question du retour de l'impôt de solidarité sur la fortune financière, qui a été supprimé par le couple Macron-Édouard Philippe, n'est pas posée".
Enfin, dans un livre publié au début du mois de septembre, François Hollande - qui n'est pas candidat à la primaire - a quelque peu dévié des engagements socialistes en proposant de conserver l'âge légal de départ à 63 ans, seuil qui devrait actuellement être atteint en 2028, tout en allongeant la durée de cotisation en fonction de l’évolution de l’espérance de vie. L'ancien président de la République est également prêt à introduire une part de capitalisation, à condition de ne pas toucher aux recettes du système par répartition.