Les députés vont débattre ce vendredi d'une proposition de loi "visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai". Le rapporteur Thibault Bazin (Droite républicaine) défend une mesure de "sécurisation", quand la gauche dénonce une "régression sociale" et une attaque aux droits des travailleurs.
Le 1er-Mai approche et avec lui la question, récurrente ces dernières années avec des contrôles en hausse, des commerces ayant l'autorisation d'ouvrir ce jour-là. L'année dernière, le gouvernement s'était dit favorable à une évolution législative afin que les boulangers souhaitant travailler le 1er-Mai puissent employer des salariés sans être sanctionnés, ce qui n'est aujourd'hui pas le cas puisque la loi stipule que ce jour est "férié et chômé".
Le sujet revient ce vendredi 10 avril dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale : une proposition de loi issue de la droite sénatoriale, déjà votée en juillet 2025 à la Chambre haute, sera en effet examinée, dans le cadre de la journée réservée au groupe Ensemble pour la République.
Le texte prévoit de modifier le code du Travail en élargissant cette possibilité aux établissements "assurant, à titre principal, la fabrication ou la préparation de produits alimentaires destinés à la consommation immédiate" (boulangeries, pâtisseries) ; à ceux "dont l'activité exclusive est la vente de produits alimentaires au détail" (boucheries, poissonneries) ; à ceux "exerçant, à titre principal, une activité de vente de fleurs naturelles" (fleuristes, jardineries) ; ou "une activité culturelle" (cinémas, théâtres).
"Nous ciblons uniquement les commerces qui avaient l'habitude d'ouvrir. Tout a été rédigé de manière à ce que nous n'ouvrions pas la porte à d'autres", assure à LCP le rapporteur Thibault Bazin (Droite républicaine), quand les opposants au texte y voient un périmètre plus large qui dépasse les simples artisans. "Il n'y a aucune extension, aucune volonté de créer de l'activité supplémentaire, l'objectif est la sécurisation", ajoute le député de Meurthe-et-Moselle, qui insiste sur les termes "à titre principal" ou "activité exclusive". "Je ne suis pas un ultralibéral", poursuit-il, affirmant "ne pas remettre en cause le 1er-Mai" et jugeant, en ce sens, le titre de la proposition de loi "pas très opportune".
Faute de temps, le groupe de la Droite républicaine avait échoué à faire adopter cette proposition de loi en janvier à l'Assemblée nationale dans leur "niche" parlementaire, mais les troupes de Gabriel Attal (EPR) l'ont reprise, arguant de l'importance du sujet. "C'est au cœur de notre ADN de déverrouiller, de pouvoir permettre à ceux qui veulent bosser de le faire", expliquait l'entourage de l'ancien Premier ministre fin mars.
Quelque 177 amendements ont été déposés sur le texte (un grand nombre ont été jugés irrecevables), la quasi-totalité par les quatre groupes de gauche qui s'opposent au texte. "La droite, la Macronie et Gabriel Attal enchaînent les mensonges pour défendre leur loi de régression sociale", dénonce La France insoumise dans un communiqué. "À l'image de ce qui a été engagé sur le travail le dimanche, il s'agit de remettre en cause le caractère exceptionnel de ce jour en ouvrant une brèche", peut-on lire dans l'exposé des motifs d'un amendement de suppression écologiste. "Vive la fête des travailleurs et des travailleuses", écrit pour sa part le député socialiste Romain Eskenazi.
Outre les amendements de suppression, d'autres ajoutent un critère de superficie, restreignent la possibilité aux très petites entreprises ou encore augmentent la rémunération prévue pour le salarié qui travaillerait le 1er-Mai. Les opposants au texte critiquent également la notion de volontariat ; la proposition de loi indique que "seuls les salariés volontaires ayant donné leur accord par écrit à leur employeur peuvent travailler" et qu'un refus "ne peut faire l'objet d'une mesure discriminatoire". Pas suffisant, jugent les groupes de gauche, qui insistent sur la relation de subordination entre employeur et employé, et déplorent une attaque "au droit au repos".
"Les salariés de ces commerces sont très demandeurs de travailler ce jour-là car ils sont payés double", répond Thibault Bazin, à qui le député Hadrien Clouet (La France insoumise) a donné – et dédicacé – son livre intitulé "De quoi les jours fériés sont-ils le nom ?". L'élu ajoute, évoquant les 26 000 postes vacants dans les boulangeries artisanales : "L'employeur a besoin de son salarié. Il y a un tel turnover que vous avez intérêt à vous entendre avec vos salariés."
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Sur X, en réponse à une interpellation de la députée Prisca Thévenot (EPR), la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a écrit : "Si le volontariat suffisait, il n'y aurait pas besoin d'interdiction du travail dangereux ou de nuit pour certains salariés, d'interdiction du travail pour les enfants ou les femmes enceintes… !" Dans un courrier adressé aux députés, l'intersyndicale estime que cette proposition de loi "constitue une première brèche" et que "remettre en cause le principe de cette journée, c'est remettre en cause plus d'un siècle d’histoire sociale et de conquêtes collectives".
Le texte sera-t-il adopté ce vendredi dans l'hémicycle ? En commission, le bloc central, la droite et le Rassemblement national avaient dit leur soutien. Reste une question de temps, puisque les travaux s'arrêteront à 17h30. "Est-ce que nous sommes capables d'examiner tous les amendements avant ou est-ce qu'il y a une stratégie de bordélisation ?", s'interroge Thibault Bazin, dont l'objectif est également d'obtenir un vote conforme à celui du Sénat – sans qu'aucun amendement ne soit adopté donc – pour que la loi puisse s'appliquer dès cette année.
Interrogé la semaine dernière, lors de la séance de questions au gouvernement, par le député Jérôme Nury (DR), le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a indiqué, si le texte est adopté, que "le gouvernement fera le nécessaire pour que le décret d'application soit pris à temps" pour le 1er-Mai 2026.