Agriculture: les députés votent l'interdiction d'importer toute denrée produite avec des pesticides prohibés en France

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par Maxence Kagni, le Jeudi 21 mai 2026 à 11:16

Dans le cadre de l'examen du projet de loi d'urgence agricole, l'Assemblée nationale a adopté un amendement LFI visant à interdire toute importation de denrées produites avec des pesticides prohibés en France. Une disposition à laquelle s'est opposée la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, qui la juge inapplicable car non conforme au droit européen.

L'Assemblée nationale muscle le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Une majorité de députés a approuvé, dans la nuit du mercredi 20 au jeudi 21 mai, un amendement de La France insoumise qui interdit toute importation de denrées produites avec un pesticide prohibé en France.

L'objectif est de permettre une "plus grande protection vis-à-vis de la concurrence déloyale que subissent un grand nombre d'agriculteurs", a expliqué Aurélie Trouvé (LFI), auteure de l'amendement. Selon ce dernier, "ce qui est interdit à la production en France ne doit pas pouvoir être réintroduit par les importations".

Un "faux espoir" selon Annie Genevard

Concrètement, l'amendement, qui réécrit l'article 2 du projet de loi, interdit l'introduction sur le marché français de toute denrée alimentaire, produit agricole, horticole ou aliments pour animaux "produits à l’aide de substances actives phytopharmaceutiques ou de médicaments vétérinaires dont l’utilisation est interdite en France pour des motifs liés à la protection de la santé humaine, animale ou de l’environnement".

Un changement important par rapport à l'article adopté en commission qui visait à permettre au ministère de l'Agriculture d'empêcher l'importation de denrées comportant des résidus de pesticides lorsque ceux-ci sont interdits dans l'Union européenne (et non pas en France). Une version qui allait déjà plus loin que le texte initial du gouvernement. 

"Vous allez créer une forme de faux espoir auprès des consommateurs, puisque c'est rigoureusement interdit dans un marché unique. Et ça ne tiendra pas trois jours devant un juge", a répliqué la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, tentant une suspension de séance pour convaincre suffisamment d'élus de voter contre l'amendement. En vain.

Les députés du Parti socialiste se sont aussi opposés à l'amendement insoumis : "Votre amendement, qui défie la règle européenne, n'aura aucune efficience et fait tomber toutes les régulations que nous avons mis en place", a déploré Dominique Potier.

La disposition a été adoptée grâce aux voix de La France insoumise, du Rassemblement national et des Ecologistes (76 pour, 53 contre, 10 abstentions). "On a bien compris que ces amendements de réécriture ne vous plaisent pas parce qu'ils mettent le doigt là où ça fait mal", a commenté Hervé de Lépinau (RN), interpellant Annie Genevard. Selon lui, cette interdiction des importations aura pour conséquence de rétablir de "l'équité". 

Les débats sur le projet de loi d'urgence agricole doivent s'étaler sur deux semaines avant un vote solennel prévu le 2 juin dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, puis une transmission du texte au Sénat.

(Avec AFP)