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Des tracts électoraux (AFP)

Adrexo répond à la polémique sur les tracts électoraux : "On a fait du mieux qu'on a pu"

Actualité
par Jason Wiels, le Mardi 29 juin 2021 à 19:28, mis à jour le Mardi 29 juin 2021 à 23:03

Auditionnés à l'Assemblée nationale, les responsables de la société Adrexo, chargée de livrer une partie de la propagande pour les élections régionales et départementales, ont reconnu des "dysfonctionnements", notamment lors du 1er tour. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, auditionné lui aussi, a proposé de "réinternaliser" cette mission à travers le groupe La Poste.

Face au scandale des profession de foi dont certains électeurs ont été privés pour les élections régionales et départementales, l'entreprise Adrexo s'est exprimée mardi 29 juin, pour la première fois, sur la polémique :  "On a fait du mieux qu'on a pu. (...) Nous étions crédibles pour répondre à l'appel d'offres du ministère", a tenté de se défendre Éric Paumier, président de Hopps Group, qui a repris Adrexo en 2017.

Leader privé du marché de la distribution de courrier derrière La Poste, la firme se partage le marché de la propagande électorale avec le groupe public pour quatre ans. Pour les élections des 20 et 27 juin, Adrexo était responsable de la livraison dans sept régions et cinquante-et-un départements. Mais des bugs, voire des négligences, ont entaché la livraison des tracts électoraux dans nombre de communes, comme en témoignent les électeurs eux-mêmes :

En fournissant quelques explications mais pas vraiment de mea culpa, le PDG n'a guère convaincu les députés, qui ne décolèrent pas. Quand Bertrand Pancher (Libertés et Territoires) n'a, "en 30 ans de politique, jamais vu une telle désorganisation", Lamia El Aarage (PS) estime que les responsables d'Adrexo "se moquent de nous". "Un vrai bazar", se lamente Guillaume Larrivé (LR), alors que Élodie Jacquier-Laforge (MoDem) a compté jusque "40% de tracts" qui manquaient à l'appel dans les boîtes aux lettres de sa circonscription en Isère.

Covid, cyberattaque et délais trop courts

Éric Paumier a d'abord évoqué le Covid-19 et une cyberattaque pour justifier les "dysfonctionnements" pour livrer en temps et en heure les électeurs, notamment lors du 1er tour.

"On n'a pas à rougir du travail qui a été fait lors du 1er tour", a-t-il malgré tout soutenu devant la commission des lois. Selon lui, "environ 8%" des tracts n'ont pas été distribués aux électeurs. Un chiffre qui correspondrait à celui de La Poste et qui serait principalement lié aux déménagements des destinataires ou à des adresses avec des informations incomplètes.

S'il assume une responsabilité dans les livraisons défaillantes du 1er tour, Éric Paumier a ensuite carrément rejeté la faute sur les autres acteurs de la chaîne pour le 2nd tour. Outre les acteurs de la mise sous pli, qui n'était pas assurée par Adrexo et qu'il a pointés du doigt, le PDG a déclaré n'avoir reçu que 60% des professions de foi le jeudi 24 juin à 23h59, soit la date limite théorique pour qu'elles soient distribuées, comme le prévoit le contrat passé avec le ministère de l'Intérieur.

Le président d'@HoppsGroup (@Adrexo) met en avant la difficulté de gérer "deux scrutins avec une semaine d'intervalle". Pour le 2e tour, il affirme n'avoir reçu que 60% des plis le jeudi à 23h59
> "Vous comprendrez qu'il faut bien 48h pour livrer 44 millions de docs"#DirectAN pic.twitter.com/9dfjWLT2H4

— LCP (@LCP) June 29, 2021

Les délais ont été trop courts, selon lui, pour faire parvenir les documents des retardataires, même s'il estime avoir pu corriger le tir en livrant jusqu'à "70%" des tracts avant le 27 juin, ce qui veut dire que la boîte à lettres de trois électeurs sur dix, de sept régions, sont restées vides lors du 2nd tour.

Quant aux tracts jetés dans la nature ou abandonnés dans des cages d'escalier dont la presse s'est fait l'écho, le PDG de l'entreprise a assuré que cela ne concernait que "6900 plis", à rapprocher des "44 millions de plis" à distribuer lors de chaque tour. Toutefois, comme un désaveu sur la performance de son entreprise, Éric Paumier a reconnu "ne pas avoir le sentiment" que le contrat qui le lie à l'État ira finalement au bout des "quatre ans" prévus. 

La Poste ne déplore "aucun incident majeur"

Interrogé dans la foulée par les députés, le PDG de La Poste s'est montré beaucoup plus serein que son concurrent. "Quasiment 100% des plis distribuables ont été distribués lors du 1er tour", a exposé calmement Philippe Wahl aux élus, ne recensant "aucun incident majeur" lors de cette élection pour les quelques 50 000 facteurs qui ont participé aux opérations. Et s'il a reconnu lui aussi des "perturbations" sur la réception des professions de foi avant le 2nd tour, ses équipes auraient réussi à livrer la quasi-intégralité des documents, y compris ceux arrivés en retard dans les centres de dépôts de La Poste.

Tracts électoraux : "il y a eu des perturbations" pour le 2e tour, explique le PDG du @GroupeLaPoste. Il estime néanmoins avoir réussi à faire livrer "95 à 100%" des plis transmis le vendredi ou le samedi, soit après l'échéance prévue contractuellement, le jeudi à 23h59 #DirectAN pic.twitter.com/T3WR3OPAin

— LCP (@LCP) June 29, 2021

Globalement, Philippe Wahl a donné des chiffres précis sur les livraisons non effectuées, qu'il attribue principalement aux changements d'adresse des électeurs, soit une part de 8,85% de ceux-ci au 1er tour et de 8,75% au 2nd tour. Des estimations à rapprocher des 8,15% de tracts non distribués aux élections européennes en 2019. "Vous voyez que ce n'est pas une rupture de tendance", a-t-il fait valoir.

Surtout, le PDG du groupe public a balayé un des arguments mis en avant par Éric Paumier, qui s'est plaint de la "très grande difficulté" de gérer en une semaine deux élections, ce qui est un cas de figure inédit depuis 1986. "Deux semaines ce serait plus confortable, mais une semaine, c'est possible", a au contraire soutenu Philippe Wahl. Invité directement par Éric Coquerel (LFI) à se prononcer sur les carences d'Adrexo, ce dernier a fait mine de botter en touche ("Je ne me prononce pas sur mes concurrents"), avant de lâcher : "Facteur, c'est effectivement un métier."

Les excuses et les solutions du ministre

Un peu plus tôt dans la journée, lors de la séance de questions au gouvernement, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin s'est excusé auprès des Français :

"Je présente mes excuses aux Français qui n'ont pas reçu cette propagande", déclare @GDARMANIN, avant de détailler "trois types d'erreurs qui ont été commises", générant les dysfonctionnements constatés lors du premier et du second tour des #Régionales2021. #DirectAN #QAG pic.twitter.com/drZaHvbSUN

— LCP (@LCP) June 29, 2021

À moins d'un an de l'élection présidentielle, il a réitéré sa proposition de faire "réinternaliser" par l'État la distribution des tracts, ce qui voudrait dire revenir à une distribution assurée entièrement par le groupe La Poste. Une décision saluée aussi bien à droite qu'à gauche. Le ministre a par ailleurs estimé qu'il serait difficile d'obtenir "une vérité scientifique absolue" sur la réalité de la distribution des tracts dans les boîtes aux lettres, alors que le Sénat a décidé de mener une commission d'enquête sur le sujet.