Avec GTA 6, la fin du jeu vidéo physique devient un sujet politique

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Une PS5 avec des disques
Une PS5 avec des disques
par Raphaël Marchal, le Vendredi 3 juillet 2026 à 17:47

Une intense controverse secoue le monde vidéoludique après l'annonce de Sony de se tourner uniquement vers la dématérialisation pour les nouveaux jeux vidéo sortant sur sa console à compter de 2028. GTA 6, le jeu le plus attendu de l'année, prévu pour le 19 novembre 2026, n'aura pas droit non plus à une édition physique avec un disque. Plusieurs personnalités politiques s'inquiètent de l'impact de cette décision pour le secteur.

C'est un séisme qui parcourt le monde du jeu vidéo depuis quelques jours. L'un des principaux fabricants de consoles, Sony, a annoncé ce mercredi que les nouveaux jeux sortant sur la PlayStation 5 ne sortiraient qu'en dématérialisé à partir de 2028. Exit les disques, plus favorables au prêt entre amis et à l'achat-revente d'occasion.

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Il y a quelques jours, c'est Rockstar Games, l'éditeur de GTA VI, qui a annoncé que la boîte du jeu attendu depuis des années par les fans ne contiendrait qu'un code de téléchargement à sa sortie en novembre. Entraînant là aussi des appels à boycotter le titre, annoncé comme l'un des plus grands succès de l'histoire du jeu vidéo et prévu pour novembre 2026 après de multiples reports.

Les joueurs vont devoir s'habituer à passer par les boutiques dématérialisées pour acquérir des jeux, ou passer par des revendeurs. Cette nouvelle a provoqué une déferlante de réactions sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes postant des captures d'écran de la révocation de leur abonnement PlayStation plus ou de l'annulation de leurs pré-commandes de jeux. Des grands groupes ont saisi l'occasion pour ironiser sur la fin de leurs produits en physique, à l'image de Domino's Pizza ou Burger King qui promettent pizza et burgers dématérialisés.

De son côté, Sony justifie sa décision par les "changements de tendance dans les préférences des consommateurs" et l'explosion des ventes dématérialisées de jeux pour ses consoles, passées de 13 % en 2013 à à 80% en 2025. Des chiffres contestés par les internautes, qui s'agacent de la différence de prix entre les versions numérique et physique de jeux sortis il y a quelque temps, qui peut parfois atteindre plusieurs dizaines d'euros.

"Pas une simple marchandise"

L'impact de cette décision pour le secteur, notamment pour les boutiques spécialisées, les collectionneurs ou encore pour le marché de l'occasion, n'est pas encore totalement connu. Mais plusieurs personnalités politiques se sont emparées de la question, qui va au-delà du cas de Sony.

"Demain, vous paierez sans jamais rien posséder. Ni prêt, ni revente, ni garantie de conserver ce qu'on a payé", a notamment écrit Jean-Luc Mélenchon sur X. "Le jeu vidéo n'est pas une simple marchandise, c'est un bien culturel et le droit en vigueur doit s’y appliquer", a estimé le candidat La France insoumise à l'élection présidentielle. L'eurodéputée insoumise Leïla Chaibi a également réagi à l'annonce de Sony, partageant une pétition visant à "sauv[er] le jeu vidéo physique". "La fin du jeu physique, la disparition de l'occasion et l'explosion des prix sont tous évitables", a-t-elle souligné.

on est en train de faire disparaître quelque chose de fort. Denis Masséglia, député Ensemble pour la République

Contacté par LCP, Denis Masséglia (Ensemble pour la République), député spécialiste et passionné des jeux vidéo, s'inquiète également de l'avenir de l'industrie, et compte prochainement saisir le gouvernement du sujet. "Ma première pensée va envers les salariés des entreprises concernées", confie-t-il, redoutant une réduction d'effectifs dans les entreprises. C'est en effet tout un pan du secteur qui est menacé, notamment dans les réseaux de distribution et de promotion, mais aussi les revendeurs.

Denis Masséglia pense aussi aux joueurs, "ceux qui aiment avoir le jeu dans leur main ou qui sont fans de rétrogaming", une passion qu'il a longtemps entretenue le soir à côté de son travail d'ingénieur. Le député a également réfléchi à une autre angoisse qui étreint les joueurs, à savoir la gestion de la bibliothèque dématérialisée par les entreprises. "S'ouvre désormais la question de propriété du jeu", souligne-t-il. "J'aspire à ce que quand on achète un jeu vidéo dématérialisé, on soit effectivement propriétaire, et qu'on puisse le prêter."

Et de pointer une autre incongruité qui touche le jeu vidéo dématérialisé, son prix. Appelant à pousser une réflexion sur ce point, il juge logique qu'un jeu vidéo numérique neuf soit moins cher que sa version physique, du fait des coûts de production et de distribution en moins. Ce qui est loin d'être le cas actuellement.