Les conclusions de la mission flash sur "la prévention et la gestion des crises sanitaires dans les élevages" ont été présentées, ce mercredi 18 février, devant la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale. Chargées de cette mission, Géraldine Grangier (RN), Nicole Le Peih (EPR) et Manon Meunier (LFI) préconisent notamment de mettre la vaccination au centre des dispositifs de lutte contre la dermatose nodulaire bovine.
Comment mieux gérer les crises sanitaires dans les élevages, après une année 2025 marquée par l'épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ? C'est à cette question que tentent de répondre les députées Géraldine Grangier (Rassemblement national), Nicole Le Peih (Ensemble pour la République) et Manon Meunier (La France insoumise) : les trois députées ont présenté, ce mercredi matin, les conclusions de leur mission flash "sur la prévention et la gestion des crises sanitaires dans les élevages".
Les trois élues formulent dix recommandations pour prévenir les risques, alors que "les maladies vectorielles animales deviennent un risque structurel dans un contexte de changement climatique, d'évolution des paysages agricoles et de circulation des animaux et des personnes". Géraldine Grangier, Nicole Le Peih et Manon Meunier font d'ailleurs le constat que les crises sanitaires ne sont "pas uniquement des crises épidémiologiques" mais également des "crises sociales et territoriales".
Pour favoriser "l'efficacité" des protocoles sanitaires, les trois députées préconisent en premier lieu de favoriser "l'acceptabilité sociale" des acteurs et en premier lieu des éleveurs : elles proposent donc "d'améliorer le fonctionnement démocratique des instances sanitaires" dans le but d'"élaborer des protocoles concertés et acceptés avec l'ensemble des acteurs".
Dans leur rapport, Géraldine Grangier, Nicole Le Peih et Manon Meunier plaident aussi et surtout pour "mettre la vaccination au centre la stratégie de lutte contre la DNC". "Les retours d’expérience européens montrent qu’en zone touchée, la stratégie efficace repose sur une vaccination de masse maintenue dans la durée, avec revaccination annuelle et vaccination des nouveaux animaux", soulignent-elles.
La stratégie de vaccination est le pilier central pour étouffer la maladie. Extrait du rapport
Les députées notent cependant que la vaccination constitue "un frein à l'activité économique et engendre des surcoûts", car les échanges de bovins entre pays de l'Union européenne sont "fortement contraints par les règles applicables aux zones réglementées ou vaccinales". En effet, passé un certain seuil de vaccination des élevages, une zone est déclarée zone vaccinale : le pays destinataire doit alors donner son accord avant toute exportation d'animal issu d'une telle zone, ce qui fragilise la filière.
Géraldine Grangier, Nicole Le Peih et Manon Meunier préconisent donc de "négocier au niveau de l'Union européenne des facilités d'exportation" pour les bovins issus de telles zones. Et les élues d'écrire que : "La vaccination ne doit plus pénaliser les éleveurs et les filières."
Les co-rapporteures ne se sont, en revanche, pas accordées sur la question de l'abattage total des cheptel lorsque des cas de dermatose nodulaire bovine sont détectés. La décision d'abattage total dans de telles situations avait provoqué la colère de nombreux éleveurs en fin d'année dernière. La quatrième recommandation du rapport, qui propose d'"analyser les possibilités de substituer" à cette méthode un "abattage partiel des seuls animaux infectés", n'a pas recueilli l'unanimité des trois élues.
Manon Meunier (La France insoumise) estime que cette recommandation doit être "mise en œuvre sans délai", notamment pour lutter contre les "impacts psychologiques et sociaux considérable" de l'abattage total. "C'est la pire chose que vous puissiez faire subir à un éleveur", a-t-elle expliqué lors d'une conférence de presse, ce mercredi 18 février. Géraldine Grangier (Rassemblement national) préconise de son côté de recourir à l'abattage ciblé "dans les zones vaccinales dès lors que la couverture vaccinale y est élevée et que la pression virale est limitée".
Tandis que Nicole Le Peih (Ensemble pour la République) estime que la mise en œuvre d'une telle recommandation serait "prématurée" : "Au regard des connaissances scientifiques disponibles à ce jour, il n’est pas établi qu’un dépeuplement partiel constitue une mesure suffisamment efficace pour enrayer la propagation de la DNC", considère-t-elle, rappelant que "des animaux infectés mais asymptomatiques demeurent contagieux".
Géraldine Grangier, Nicole Le Peih et Manon Meunier s'accordent cependant sur la nécessité de construire un "dispositif de suivi psychologique et social robuste pour les éleveurs" confrontés à l'abattage de leur cheptel.
Le rapport préconise, en outre, de limiter quand cela s'avère nécessaire "les mouvements d'animaux, les rassemblements et les autres pratiques à risque identifiées", notamment en renforçant les "contrôles sur les transporteurs".
Par ailleurs, les trois députées souhaitent "assurer un maillage territorial rural de vétérinaire suffisant", "apte à être mobilisé en situation de crise". Elles recommandent enfin de "renforcer les moyens budgétaires consacrés à la prévention et à la gestion des crises sanitaires en élevage", d'investir dans la recherche sanitaire animale et de se doter d'un dispositif "d'anticipation, de suivi et de coordination des crises sanitaires".