Éducation à l'alimentation : "Il en va de la protection de l'enfance", estime Olivia Grégoire

Actualité
Image
La députée Olivia Grégoire.
La députée Olivia Grégoire.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Mardi 27 janvier 2026 à 14:10, mis à jour le Mardi 27 janvier 2026 à 15:30

INTERVIEW - La députée Olivia Grégoire (Ensemble pour la République) présente une proposition de loi destinée à expérimenter l’éducation obligatoire à l’alimentation à l’école dans les académies et collectivités volontaires. Le texte sera examiné, ce mercredi 28 janvier, en commission à l'Assemblée nationale. 

En commission des affaires culturelles et de l'éducation, les députés examineront, ce mercredi 28 janvier au matin, une proposition de loi "d'expérimentation pour l'instauration d'un enseignement d'éducation à l'alimentation obligatoire à l’école". La députée Olivia Grégoire (Ensemble pour la République), à l'initiative du texte, revient sur sa genèse et en explique les enjeux. 

Pourquoi avez-vous décidé de déposer cette proposition de loi ?
Lorsque j'étais ministre chargée des Entreprises, du Tourisme et de la Consommation (de 2002 à 2024, NDLR), nous avons connu une très grosse période d'inflation des prix de l'alimentaire, avec une explosion de prix des produits ultra transformés – qui ont des impacts non négligeables sur notre santé. Je me suis rendue compte, dans le cadre de mes déplacements, qu'il y avait une sorte de double peine : pour le portefeuille, bien souvent ceux des familles les plus modestes qui achètent ces produits ; et pour la santé des parents et des enfants qui les consomment. La réalité est aussi que nous avons perdu, pour plein de raisons depuis une trentaine d'années, la connaissance de nos produits bruts, de leur saisonnalité et de leurs apports nutritionnels. Cette proposition de loi propose donc de rendre obligatoire l'éducation à l'alimentation, qui est déjà mentionnée dans notre code de l'Education.

Vous écrivez, dans l'exposé des motifs, que "la santé de toute une génération est en jeu". Qu'en est-il ?
La situation est sans appel : entre 1990 et 2020, le surpoids et l'obésité ont quadruplé chez nos jeunes et doublé chez les adultes. A cela, s'ajoute un problème de disparités locales très fortes ; certaines régions ont des taux supérieurs à la moyenne nationale. Troisièmement, pas moins de 125 milliards d'euros sont dépensés par an pour traiter les conséquences de la malbouffe. Ils viennent financer toutes les pathologies liées au surpoids et l'obésité, en commençant par l'hypertension, le diabète de type 2, mais aussi des problèmes de gênes respiratoires. Le constat est donc implacable, que ce soit en matière de finances publiques, de santé et aussi de souveraineté agricole. Comment voulons nous que nos enfants aujourd'hui et demain n'achètent pas des fruits rouges en décembre, s'ils n'ont pas eu à un moment donné un enseignement sur la saisonnalité ?

Il faut qu'il y ait un temps dédié à l'éducation à l'alimentation une fois par trimestre, tout au long de la scolarité jusqu'au lycée

Concrètement, que propose votre texte ?
Il rend obligatoire l'éducation à l'alimentation, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Une fois par trimestre au plan académique, dans la classe, en lien avec la cantine scolaire et son personnel, les enseignants devront parler d'alimentation. Avec des spécificités locales. Nous n'aurons pas forcément les mêmes cours à Metz qu'à Biarritz, pas les mêmes éleveurs, pas les mêmes producteurs. Mais il faut qu'il y ait un temps dédié une fois par trimestre, tout au long de la scolarité jusqu'au lycée.

Votre proposition de loi parle d'une expérimentation. Pourquoi ?
Ces dernières années, je me suis rendue compte que les difficultés avaient pu être rencontrées lorsque, depuis Paris, nous décidions de créer à partir de rien un nouvel enseignement et que nous disions de façon descendante : mettez-le en œuvre. Ça ne se passe pas bien quand c'est fait comme ça. J'ai écouté et je souhaite partir des territoires, en proposant que quatre grandes régions se déclarent volontaires. La Région Hauts-de-France m'a déjà témoigné son souhait de faire partie de cette expérimentation. Ces académies entreraient alors dans une expérimentation de trois ans, avec une évaluation au bout de 18 mois. Soit au moment de l'élection présidentielle, de sorte à ce qu'on puisse éventuellement parler de ce sujet de santé publique pendant la campagne. Nous allons sûrement rencontrer des difficultés, l'expérimentation permettra de les lever pour pouvoir ensuite, je l'espère, généraliser le dispositif.

L'ensemble des enseignants des académies volontaires devront-ils mettre en œuvre cette éducation à l'alimentation ?
Je crois important que cela concerne tous les établissements de l'académie. Sinon, c'est toujours la même histoire, seuls les établissements sensibles au sujet vont se porter volontaires. J'ai envie d'aller chercher ceux qui se trouvent loin ou démunis vis-à-vis de cette éducation à l'alimentation.

Quelles écoles seront concernées ? Le public et le privé ?
Cela fera partie des débats à venir. Moi, je n'aime pas séparer. Je trouverais normal que nous ouvrions aussi l'expérimentation à des établissements privés. Sinon, cela sous-entend quelque part que dans le privé il n'y en aurait pas besoin. Cela fera l'objet d'une discussion et aussi d'un affinage post-expérimentation. L'idée est de tester et d'apprendre pour que ce que j'ai constaté en préparant ce texte de loi ne soit plus le même dans 18 mois.

A mes yeux, reconnaître les produits bruts, savoir les identifier et connaître au moins leur saisonnalité, relève des savoirs fondamentaux

C'est-à-dire ?
Je trouve dingue qu'en 2026 dans notre pays, qui est quand même une des têtes de pont mondiales de la connaissance culinaire et de la gastronomie, il n'y ait pas de façon homogène sur notre territoire un enseignement à l'éducation. A mes yeux, reconnaître les produits bruts, savoir les identifier et connaître au moins leur saisonnalité, relève des savoirs fondamentaux. Nous venons de voter une proposition de loi sur les réseaux sociaux et leur interdiction aux moins de 15 ans. Il en va au même titre, et je pèse mes mots, de la protection de l'enfance. Les liens entre santé mentale et malbouffe commencent à être très documentés. Nous sommes aussi face à une pandémie inégalitaire : 6% des enfants sont en situation de surpoids et d'obésité dans certaines catégories socio-professionnelles, contre à peine 1% chez les cadres. C'est bien joli de parler de justice sociale, mais voilà un sujet, où quand la justice n'est pas là, il me semble de bon aloi que l’État s'en mêle.

L'article 2 de votre proposition de loi crée un fonds d'action pour l'éducation à l'alimentation. A quoi servira-t-il ?
Il y a des communes plus modestes que d'autres qui, en matière de formation de leurs enseignants ou de mises à niveau minimum de leurs lieux de restauration scolaire, risquent d'avoir besoin d'un peu d'accompagnement financier. Il y aura une condition : ne pourrons être éligible à ce fonds que les communes qui sont déjà sur le chemin du respect des lois Egalim. Compte tenu de la situation budgétaire du pays, je ne veux pas que ce fonds soit abondé avec de nouveaux deniers publics. Il existe un certain nombre de lignes budgétaires  au ministère de l'Agriculture, de la Santé, de l’Education nationale et de la Ruralité qui peuvent venir amorcer l'ouverture du fonds. Je souhaite ensuite que des acteurs privés et des entreprises puissent l'abonder. Ce n'est pas nouveau, cela s'appelle des conventions de mécénat avec des entreprises privées ou des partenariats public-privé. Aujourd'hui, beaucoup d'acteurs, notamment de l'agroalimentaire, donnent des centaines de milliers d'euros à cette cause par l'intermédiaire de leur fondation, chacun dans leur couloir. Je veux appeler à mutualiser ces fonds pour être plus efficaces ensemble.

Le texte sera débattu dans l'hémicycle le 2 février. Et après ?
J'ai déjà sollicité une sénatrice Les Républicains très engagée sur les sujets d'alimentation et de restauration. J'ai bon espoir qu'elle porte le texte au Sénat, après le vote à l'Assemblée nationale. Soit il y est voté conforme, ce que j'appelle de mes vœux pour que l'expérimentation se mette en place au plus vite possible, soit ce n'est pas le cas, et la proposition de loi fera la navette classique entre les deux Chambres du Parlement.