Entre hausse des dépenses et dette Covid, l'exécutif défend son dernier Budget

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par Jason Wiels, le Mercredi 22 septembre 2021 à 16:54, mis à jour le Mercredi 22 septembre 2021 à 19:12

L'exécutif a levé le voile sur l'ultime projet de loi de finances du quinquennat. En 2022, tous les grands ministères verront leur budget augmenter pour un total de plus de 12 milliards d'euros. D'autres mesures doivent encore s'ajouter lors des débats au Parlement. La dette Covid, qui pèse 165 milliards d'euros, ne sera pas intégralement remboursée avant 2042.

Après bientôt cinq ans de mandat et une crise sanitaire inédite, l'heure des comptes a sonné pour le gouvernement. "Nous avons dépensé l'argent des Français à bon escient", a assuré Bruno Le Maire devant la presse, lors de la présentation du projet de loi de finances 2022, mercredi 22 septembre au matin . Après deux années de crise, pendant lesquelles l'exécutif n'a pas lésiné sur les dépenses pour protéger l'économie, le ministre des Finances veut croire au miracle français :

Le taux de chômage est inférieur à celui d'avant la crise, notre niveau d'investissement est supérieur et la consommation redémarre. C'est un exploit ! Bruno Le Maire à la presse, le 22 septembre 2021

L'économie tricolore reprend des couleurs

Il faut dire que les vents économiques sont plutôt favorables. Après 2020, annus horribilis pour le Budget de l'État, 2021 devrait voir l'économie croître d'au moins 6%, puis d'encore 4% en 2022. Le plan de relance doit continuer à prodiguer ses effets, avec un l'objectif d'engager 70 milliards d'euros de crédits avant la fin 2021, sur les 100 milliards mis sur la table.  

La crise sanitaire, qui reste vive en Outre-mer, occupe désormais une place marginale dans les priorités budgétaires. Le fonds de solidarité va s'éteindre au 1er octobre, seul un mécanisme de remboursement des charges est prévu pour les quelques secteurs encore touchés par les restrictions. La mission budgétaire "plan d'urgence", qui a soutenu ménages et entreprises, ne sera dotée l'année prochaine que de 200 millions d'euros pour l'achat de masques.

Une politique assumée du carnet de chèque

Surtout, à huit mois de l'élection présidentielle, en dépit d'un déficit public lourd en 2022 (-4,8%) et d'une dette qui reculera à peine malgré la croissance (114% du PIB, contre 115,6% en 2021) l'exécutif a décidé de ne pas modérer les dépenses de l'État, au contraire. Armées, Éducation, Justice, Intérieur, Transition écologique... les grands ministères verront leurs crédits sensiblement augmenter, avec un accent particulier sur les portefeuilles régaliens.

Plusieurs lois de programmation, qui imposent ces hausses, n'y sont pas étrangères. Mais la revalorisation du traitement des enseignants (700 millions d'euros), les annonces du Beauvau de la sécurité, l'abattement forfaitaire pour les personnes bénéficiant de l'allocation adulte handicapé ou encore le prolongement d'un an du dispositif de rénovation thermique MaPrimRenov, entre autres, font augmenter l'enveloppe pour une hausse des crédits ministériels de plus de 12 milliards d'euros.

Une gestion des deniers publics qui réveille les critiques à droite : Valérie Pécresse estime qu'Emmanuel Macron est en train de "cramer la caisse", quand Xavier Bertrand l'accuse de "faire campagne avec le chéquier de la France". Le président LR de la commission des finances Éric Woerth ne dit pas autre chose, rappelant que "l'augmentation des dépenses courantes, c'est 32 milliards d'euros toutes administrations publiques confondues", c'est-à-dire en ajoutant, à celles de l'État, les dépenses de la Sécurité sociale et des collectivités locales.

Face aux critiques, Bruno Le Maire assume et invite ses adversaires à choisir les dépenses dans lesquelles ils couperaient : "Où est-ce que la hache va tomber ?", a-t-il lancé devant les députés.

Un budget à "trous"

La démonstration du gouvernement serait toutefois moins sujette à critiques si l'ensemble des dépenses prévues pour 2022 figuraient dans le Budget présenté par l'exécutif... ce qui n'est pas le cas. Le Haut conseil aux finances publics, présidé par Pierre Moscovici, a été le premier à le dénoncer. Dans son avis sur le projet de loi de finances, l'organisme indépendant regrette avoir été saisi d'un texte "incomplet (..) qui ne lui permet pas de rendre un avis pleinement éclairé sur les prévisions de finances publiques pour 2022".

En cause, l'absence de deux réformes majeures, le plan d'investissement France 2030 et un futur revenu d'engagement pour l'insertion des jeunes sur le marché du travail. Des sujets qui se comptent en milliards d'euros et qui doivent être ajoutés au texte par des amendements du gouvernement. 

La Haut conseil a interrogé le gouvernement sur une fourchette pour ces dépenses. Elles ne lui ont pas été communiquées, les arbitrages n'ayant pas été rendues. Pierre moscovici, le 22 septembre 2022

Le président de la Cour des comptes a demandé à être ressaisi avant la fin de l'examen budgétaire, ce que Bruno Le Maire a promis de faire. L'opposition en a profité pour s'engouffrer dans la brèche, ou plutôt dans le trou, en filant la métaphore fromagère :

"Si je devais comparer votre Budget au fromage, je dirais qu'il a l'odeur du maroilles, et la consistance du gruyère", a renchéri Jean-Louis Bricout (PS), évoquant "un certain parfum de campagne", et "plein de trous, de belles annonces dont on ne retrouve pas la traduction budgétaire".

Le boulet de la dette covid

Le gouvernement s'est enfin engagé à agir sur la dette de l'État, et notamment l'ardoise laissée par la gestion de la pandémie. Estimée à 165 milliards d'euros, la dette Covid doit être amortie sur vingt ans, jusqu'en 2042. Bruno Le Maire a promis que 6% du surplus des recettes fiscales dégagées chaque année seront affectées à son remboursement. En 2022, le gouvernement y consacrera par exemple 1,9 milliard d'euros. "La dette sera remboursée par les fruits de la croissance", détaille Bercy, excluant des hausses d'impôts.