Jean-François Delfraissy à propos du variant : "On va se trouver à la mi-mars avec un virus extrêmement dominant"

Actualité
par Maxence KagniSoizic BONVARLET, le Jeudi 28 janvier 2021 à 17:24, mis à jour le Vendredi 29 janvier 2021 à 10:36

Le président du Conseil scientifique Covid-19, Jean-François Delfraissy, est largement revenu jeudi devant les parlementaires sur l'évolution de l'épidémie, liée notamment à la circulation des "variants", ainsi que sur les espoirs fondés sur la vaccination.

Le président du conseil scientifique était auditionné jeudi par les membres de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Devant les députés et les sénateurs, le Professeur Jean-François Delfraissy n'a pas hésité à faire part de ses inquiétudes liées à la circulation des nouveaux variants du Covid-19, qui induisent une contagiosité plus grande que celle du "virus ancestral".

Le président du conseil scientifique intervenait alors que le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, avait déjà concédé ce jeudi, à l'occasion d'une conférence de presse, qu'il craignait "une vague épidémique très forte, plus forte encore que les précédentes compte-tenu de la forte contagiosité" des "variants" britannique et sud-africain du Covid-19.

"Ces variants, je les considère un peu comme des nouveaux virus appelant de nouvelles mesures pour nous protéger", avait alors expliqué le ministre. La veille, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait évoqué "différents scénarios" allant d'un "maintien du cadre actuel", jugé "peu probable", à un "confinement très serré".

Des variants qui changent la donne

Devant les membres de l'OPECST, Jean-François Delfraissy est revenu sur le couvre-feu, actuellement en place sur l'ensemble du territoire, qui aurait "permis de tenir cette situation qui est déjà très limite en termes de retentissement sur le système sanitaire". Avant d'ajouter : "L'arrivée du variant nous montre qu'on va se trouver dans une situation à la mi-mars avec un virus extrêmement dominant, avec un facteur de transmission très élevé, et donc avec des conséquences sanitaires en termes d'hospitalisations, d'hospitalisations en réanimation, et sur la population la plus ancienne et la plus fragile".

Evoquant le basculement d'une situation déjà "fragile", Jean-François Delfraissy a par ailleurs livré quelques chiffres, concernant notamment le variant anglais, qui circulerait à hauteur de "14% à Paris, autour de 9 à 10% dans le sud de la France", avec "une grande hétérogénéité selon les régions".

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Au regard de cette situation nouvelle, le président du conseil scientifique avait affirmé dimanche 24 janvier sur BFMTV qu'il "faudr[ait] probablement aller vers un confinement", ajoutant qu'il y avait "urgence". Le lendemain, il avait toutefois nuancé son propos dans une interview à Libération en affirmant : "On n'est pas à une semaine près".

Des propos qu'il a réitérés ce jeudi, déclarant qu'il ne fallait pas confondre "l'urgence et l'extrême urgence." "On est dans un moment où il va falloir prendre des décisions, est-ce que ces décisions sont à un jour près, la réponse est non. Prenons le temps d'essayer de construire la moins mauvaise des réponses", a-t-il ainsi déclaré, après avoir réaffirmé que le conseil scientifique avait pour vocation "d'éclairer l'exécutif", et non de "décider".

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Jean-François Delfraissy s'est ainsi gardé de se prononcer sur un éventuel reconfinement, tout en jugeant le couvre-feu de 18h insuffisant pour faire face à la situation actuelle et à venir. "Il y a une efficacité, pas majeure, sur la circulation du virus en général, mais aucune efficacité sur la circulation et la pénétration des variants", a-t-il ainsi déclaré, présageant d'un durcissement des mesures.

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"Les vaccins restent l'espoir"

Mais le véritable salut pourrait venir de la vaccination, Jean-François Delfraissy considérant que si les variants sont susceptibles d'apparaître dans des zones géographiques déjà fortement touchées par le virus originel, "la réponse immunitaire induite par le vaccin est probablement plus forte que la réponse immunitaire induite par l'infection." Il s'est aussi montré rassurant quant à l'efficacité des vaccins à ARN messagers afin de "neutraliser" le variant anglais.

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Dans son interview donnée à BFMTV, le président du conseil scientifique avait jugé que la France serait en mesure "d'ici la mi-avril" de vacciner environ six à huit millions de personnes et au maximum 40% de la population d'ici la fin de l'été 2021. Il a déclaré ce jeudi que la sortie de crise serait envisageable "quand on aura vacciné l'immense majorité des personnes qui sont les plus à risque". Il a, par ailleurs, évoqué la possibilité d'une "vaccination chronique", avec des campagnes qui auraient lieu et évolueraient chaque année en fonction du virus. Il s'est aussi montré optimiste quant à la propension des populations les plus fragiles à se faire administrer le vaccin, avant d'évoquer, au-delà des vaccins, l'urgence de trouver une "thérapeutique de prise en charge", grand défi des mois à venir.

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