L'ancien directeur général de Santé publique France assure avoir alerté dès 2018 sur les stocks de masques

Actualité
Aurelien Meslet
le Vendredi 19 juin 2020 à 12:34

Face à la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'épidémie de Covid-19, mercredi, François Bourdillon a expliqué avoir réclamé au ministère de la Santé la commande d'un milliard de masques pour renouveler les stocks stratégiques, une partie importante de ceux-ci s'étant révélée périmée. Un signal d'alerte resté lettre morte.

La quête de transparence et de vérité de la commission d'enquête parlementaire sur la gestion de l'épidémie de Covid-19 a connu une nouvelle étape, mercredi, à l'Assemblée. 

Après avoir auditionné hier Jérôme Salomon, le patron de la direction générale de la Santé (DGS), une des directions du ministère de la Santé, les députés ont interrogé François Bourdillon, l'ancien patron (2016-2019) de Santé publique France, l'agence publique chargée de la surveillance épidémiologique en France. Une audition qui a alimenté les doutes sur la doctrine et la réactivité de l'Etat en matière de masques. 

Alerte sur les masques périmés

Respirabilité, propreté, filtration aérienne, résistance des lanières, une partie des masques des stocks stratégiques s'est révélée totalement hors d'usage après une évaluation indépendante. François Bourdillon précise que dès août 2018, aussi bien le ministère de la Santé que la direction générale de la Santé ont reçu copie d'une évaluation accablante sur l'état des stocks stratégiques de la France.

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Un mois plus tard, le 26 septembre 2018, celui-ci adresse directement, affirme-t-il, une lettre à Jérôme Salomon lui recommandant de se procurer 1 milliard de masques, en réponse à cette découverte. "On était dans la filiation de ce qu'avait demandé l'OMS pour une éventuelle pandémie grippale (...). S'agissant des masques (...) [le rapport] chiffre le besoin à un milliard de masques", dit François Bourdillon. Objectif : disposer d'un stock viable "avant le deuxième semestre 2019" et d'une doctrine sur leur utilisation et leur stockage "parce qu'elle n'est pas claire du tout".

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Réponse du directeur général de la Santé, un mois plus tard, le 30 octobre 2018 : "Il précise qu'il veut une commande de 50 millions de masques, voire de 100 millions de masques si les moyens financiers le permettent, et une demande de destruction de masques sans date de péremption acquis dans les années 2000." La destruction des masques périmés va, elle, commencer.

Si une commande de 100 millions de masques correspond peu ou prou aux commandes effectuées lors du quinquennat de François Hollande, 115 millions de masques ayant été acquis entre 2012 et 2017, la destruction des masques périmés représente, elle, une quantité bien plus importante de masques voués à disparaître alors que seuls 50 à 100 millions doivent être commandés.

François Bourdillon a remis copie aux députés de sa correspondance avec le ministère de la Santé et la direction générale de la Santé. La commission d'enquête pourra, si elle le souhaite, auditionner à nouveau l'actuel directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. L'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, doit quant à elle être auditionnée fin juin.