L'Assemblée met en place un groupe de suivi pour faire la lumière sur les causes de l'inflation

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par Raphaël Marchal, le Jeudi 7 juillet 2022 à 16:45, mis à jour le Jeudi 28 juillet 2022 à 16:16

Un groupe de suivi de l'inflation a été mis en place au sein de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale. Objectif : faire toute la lumière sur les causes de l'inflation, qui a été de 4,3 % entre décembre 2021 et juin 2022. Le président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, Philippe Chalmin, était la première personnalité auditionnée, jeudi 7 juillet.

Quelles sont les causes réelles de l'inflation ? C'est à cette question que va tenter de répondre le groupe de suivi de la commission des affaires économiques, dont Guillaume Kasbarian (Renaissance) a annoncé la création ce jeudi matin. "Producteurs, transformateurs et distributeurs commencent à s'accuser mutuellement", a souligné le président de la commission. "Cette situation n'est pas saine et mérite un éclairage des représentants de la Nation."

Les résultats de ces travaux sont attendus pour le début du mois d'août, à l'issue d'un cycle d'auditions et de tables rondes. Xavier Albertini (Horizons) et Aurélie Trouvé (La France insoumise) ont été nommés co-rapporteurs du groupe. En parallèle, la mission d'application à 6 mois de la loi Egalim 2 présentera son rapport. "Avec ce dispositif, on aura une vision assez globale du sujet", s'est félicité Guillaume Kasbarian. Selon l'Insee, les prix ont connu une hausse de de 4,3 % entre décembre 2021 et juin 2022.

La création de ce groupe de suivi intervient dans un contexte particulier : depuis une semaine, plusieurs groupes d'opposition ont fait valoir leur volonté de demander la création d'une commission d'enquête sur le sujet, pour déterminer la part que représenterait notamment la spéculation dans la hausse des prix. Après LFI, le 1er juillet, c'est le RN qui s'est manifesté lundi, indiquant avoir déposé une résolution avec la même volonté d'investigation. Guillaume Kasbarian a toutefois rappelé que la mise en place d'une commission d'enquête ne pourrait pas intervenir avant le mois d'octobre, pour des résultats prévus pour le mois d'avril 2023. "Mais libre à vous d'utiliser votre droit de tirage", a précisé le député. Contactée par LCP, Aurélie Trouvé a d'ailleurs confirmé que LFI maintenait sa demande.

La guerre en Ukraine au centre des interrogations

Philippe Chalmin, président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, était auditionné ce matin par la commission. Parmi ses nombreuses interventions, l'économiste libéral a quelque peu tordu le cou au rôle joué par la guerre en Ukraine sur la hausse des prix dans l'alimentation. "Il y a une exagération incontestable", a-t-il pointé ajoutant immédiatement qu'il existait cependant bien une crise alimentaire mondiale, dont les prémisses étaient visibles avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, et davantage explicable par "l'insuffisance des politiques agricoles".

Il y a une exagération incontestable : lier la crise alimentaire mondiale à la guerre en Ukraine. Philippe Chalmin, président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires

Philippe Chalmin a notamment pris l'exemple du prix des pâtes, dont la hausse constatée sur un an oscille entre 15 % et 45 % selon les marques. Or, les pâtes alimentaires sont conçues à base de blé dur, qui n'est pas produit en Ukraine, contrairement au blé tendre. "La guerre en Ukraine n'a donc aucune incidence sur le prix des nouilles", a résumé le spécialiste des matières premières. Les causes sont à rechercher du côté du Canada, un des gros producteurs, qui a été touché par une sévère sécheresse.

Plus largement, Philippe Chalmin a constaté de très fortes tensions sur les marchés alimentaires, dès 2021, liées à des phénomènes climatiques et au comportement de la Chine. Cette dernière a ainsi triplé ses importations en grains par rapport à 2019. Le conflit ukrainien a donc pu avoir un impact sur certains secteurs déjà fragilisés, comme les oléagineux, mais n'a pas autant d'influence que certains l'avancent, y compris concernant les céréales, a-t-il assuré.