SÉRIE D'ÉTÉ. Lionel Jospin et Jacques Chirac se préparent à l'affrontement en vue de l'élection présidentielle 2002. La campagne, qui démarre doucement, est bouleversée à la fin de l'été par les attentats du 11-Septembre.
En ce début d'été 2001, ce ne sont pas Jacques Chirac, Lionel Jospin ou encore Jean-Marie Le Pen qui occupent le devant de la scène mais bien d'autres candidats moins... politiques. Depuis le 26 avril, des millions de télespectateurs ont les yeux rivés sur les aventures de Loana, Jean-Edouard, Aziz, ou encore Kenza. Qui remportera Loft Story ?
"Rendez-vous compte que, jeudi dernier, pour départager Aziz et Jean-Edouard, il y a eu quatre millions de votants. Presque autant que pour le référendum sur le quinquennat", ironise dans les colonnes du Parisien le député RPR Philippe Séguin. "Le premier de Chirac ou de Jospin qui s'invitera dans le Loft aura gagné la présidentielle", écrit dans Libération le journaliste Jean-Michel Thénard. Le 5 juillet, ce sont 11,7 millions de Français qui assistent au sacre de Loana.
On oublierait presque que l'élection présidentielle est prévue dans neuf mois. Le Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, fort de ses succès dans le domaine de la lutte contre le chômage, espère s'installer à l'Elysée à la place de Jacques Chirac, élu en 1995.
L'été commence avec la révélation du passé trotskiste de Lionel Jospin. Puis c'est au tour du président de la République de se défendre dans l'affaire du financement de ses voyages privés payés en liquide quand il était maire de Paris, entre 1992 et 1995. Lors de la traditionnelle interview du 14 juillet, Jacques Chirac remet en cause le montant des sommes en jeu, "jetées en pâture à l'opinion publique" : "Ce n'est pas qu'elles se dégonflent, c'est qu'elles font pschitt", lance le chef de l'Etat.
L'interview est aussi - et surtout - l'occasion pour le président de la République d'attaquer le bilan de Lionel Jospin, en poste depuis 1997. "Vous savez, il n'y a pas de fatalité de l'insécurité. Il n'y a qu'un manque de l'autorité de l'Etat et un manque de volonté politique", lance Jacques Chirac, préfigurant ainsi un des thèmes majeurs de la campagne de 2002.
De son côté, Lionel Jospin parie sur ses résultats économiques pour convaincre les Français de l'élire président de la République. Entre juin 1997, date de son arrivée à Matignon, et janvier 2001, le nombre de chômeurs a baissé d'un million de personnes. Mais Lionel Jospin est contraint, quelques mois plus tard, de reconnaître n'avoir "pas fait reculer" l'insécurité : "J'ai péché un peu par naïveté", explique-t-il lors d'un entretien télévisé.
Au mois d'août, avant leur grand duel annoncé, Jacques Chirac se retire au fort de Brégançon, tandis que Lionel Jospin part se ressourcer à l'île de Ré.
Jean-Pierre Chevènement, lui, fait campagne à Berck-sur-mer. L'ancien ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin avait démissionné en août 2000 en raison d'un désaccord sur l'avenir de la Corse. Un an plus tard, il assure vouloir "donner de l'air à la France", "qui en a cruellement besoin". Le 4 septembre, le député du Territoire de Belfort annonce sa candidature, participant ainsi à l'éparpillement des voix socialistes.
Le président du Front national, Jean Marie Le Pen, est quant à lui en vacances dans le Morbihan. Il en profite aussi pour faire campagne malgré un parti encore ébranlé par la récente scission provoquée par Bruno Mégret.
La campagne est profondément bouleversée par les attentats du 11-septembre aux Etats-Unis, visant le World Trade Center et le Pentagone. Un événement qui marque définitivement la fin de l'illusion de la "fin de l'histoire", sorte d'âge d'or occidental conceptualisé par l'Américain Francis Fukuyama à la chute de l'URSS. La France bascule dans un nouveau monde, où les enjeux de sécurité priment.
Dès le lendemain des attentats, Lionel Jospin se fait martial : "Il est bien évident que c'est de la responsabilité des Etats de lutter dans leur territoire contre le terrorisme, de ne pas encourager des visées terroristes, sinon ils risquent d'en subir le poids et cela serait logique". Quelques semaines plus tard, la France s'engage aux côtés des Etats-Unis dans une opération militaire visant à faire chuter le régime taliban en Afghanistan.
Un autre événement bouleverse la France, dix jours après les attentats survenus aux Etats-Unis. Une immense explosion retentit dans les rues de Toulouse, laissant craindre la survenue d'une attaque sur le sol français. Il s'agit en fait de l'explosion de l'usine AZF faisant 30 morts et des milliers de blessés.
Débuté dans l'insouciance, l'été 2001 est celui d'un changement profond de prisme politique : les questions de la sécurité et d'identité deviennent centrales. Portée par ces thématiques, la campagne de Jean-Marie Le Pen décolle, tandis que celle de Lionel Jospin pâtine. Handicapé par les scores de Jean-Pierre Chevènement (5,33 %) et de Noël Mamère (5,25 %), le Premier ministre socialiste échoue aux portes du second tour (16,18 %), derrière Jean-Marie Le Pen (16,86 %) et Jacques Chirac (19,88 %). Les candidats du Loft 2 découvrent, en pleurs, les résultats du scrutin. Un "séisme", qui en annonce d'autres.
L'été d'avant présidentielle
A quoi ressemblent les étés qui ont précédé les élections présidentielles ? Quels événements ont bouleversé la campagne avant la période de cristallisation et le verdict des urnes ? Cet été, LCP vous propose de replonger dans les mois qui ont précédé plusieurs scrutins majeurs de la Ve République. Une série pour raconter ces étés où les certitudes d'alors ont parfois été balayées par l'histoire.Premier épisode : 1994, l'été ou Balladur était Président.