SÉRIE D'ÉTÉ. Si elle n'est pas encore officiellement investie par le Parti socialiste, Ségolène Royal est déjà, à l'été 2006, celle dont la candidature semble s'imposer pour représenter la gauche de gouvernement. En bonne position dans les sondages, son essor médiatique semble alors ne connaître aucune limite, au grand dam de ses concurrents au sein de son propre parti.
Une ascension fulgurante ayant pris de cours tous les éléphants du Parti socialiste qui pourtant, s'y voyaient déjà... Tel pourrait être résumé l'été 2006 de Ségolène Royal, qui a également fait les choux gras des sondeurs et observateurs de la vie politique française de l'époque.
Si sa candidature pouvait encore apparaître fantaisiste quelques mois auparavant, la première femme à avoir accédé au second tour de l'élection présidentielle devient alors une hypothèse à la fois crédible et menaçante, pour ses adversaires politiques comme pour ses camarades qui souhaitaient briguer l'élection à la magistrature suprême.
L'ancienne ministre sous le gouvernement de Pierre Bérégovoy, puis de Lionel Jospin, avait aux élections régionales de 2004 ravi la région Poitou-Charentes à la droite. Un accélérateur de carrière présidentielle pour celle qui devient alors patronne de région et dans le même temps porte-parole de l'Association des régions de France. Le Poitou-Charentes se convertit en qu'elle qualifiera elle-même de "laboratoire" de sa vision pour la France.
Les sondeurs voient sa candidature émerger dès le printemps 2006. Dans un baromètre TNS Sofres publié le 20 avril 2006 dans Le Figaro, Ségolène Royal devance très légèrement Nicolas Sarkozy au second tour de l'élection présidentielle, avec 51 % des intentions de vote contre 49 %. La présidente de région distance alors tous les "présidentiables" socialistes : Lionel Jospin (23 %), Jack Lang (22 %), Dominique Strauss-Kahn (18 %) et Laurent Fabius (15 %).
Mais c'est bien au début de l'été 2006 que Ségolène Royal creuse l'écart. Elle arrive ainsi en tête dès le premier tour avec 32% des intentions de vote devant Nicolas Sarkozy (31%) selon un sondage TNS Sofres pour RTL, LCI et Le Figaro publié le 20 juin. Et ce alors que les autres prétendants socialistes sont largement distancés par celui qui est alors ministre de l'Intérieur. Le sondage révèle en effet que si Jack Lang était le candidat du PS, il obtiendrait 23,5% des intentions de vote contre 34% pour Nicolas Sarkozy, Lionel Jospin 23% contre 34%, François Hollande 22% contre 34%, Dominique Strauss-Kahn 21% contre 35%.
De quoi donner des ailes à Ségolène Royal, dont l'essor médiatique ne fait que s'affirmer au fil de l'été. Le 17 juillet, Le Monde fait état du déplacement de l'ex-ministre en Corse et titre sur sa "positive attitude". Elle met alors en avant ce qui s'imposera comme l'un de ses thèmes majeurs de campagne au travers de "l'ordre républicain", prémice de "l'ordre juste" qu'elle érigera en slogan, et dont elle estime déjà qu'il "doit s'imposer partout".
Le 20 juillet, Dominique Strauss-Kahn, qui fait encore partie des candidats putatifs du PS à la présidentielle, réfute toute idée d'un "ticket" avec Ségolène Royal, schéma dans lequel celle-ci aurait été candidate à l'Élysée, lui ayant vocation à rejoindre Matignon. "Je suis candidat à la candidature présidentielle et rien d'autre", avait alors déclaré l'ancien ministre de l'Economie sur RMC.
Un mois plus tard, Ségolène Royal, bien que non encore officiellement investie, accélère sa course à l'Élysée lors de la Fête de la rose, en Saône-et-Loire. "Dimanche, à Frangy-en-Bresse, devant de nombreux militants et journalistes, Ségolène Royal a prononcé un discours présidentiel ancré à gauche", relate Le Monde dans son édition du 20 août. "Frangy connaît sa première émeute", lance à l'époque Arnaud Montebourg, nouveau soutien de Ségolène Royal et artisan de la fête. "Quelque 3 000 militants et plus de 80 journalistes, français et étrangers (contre une vingtaine les autres années), étaient venus écouter la candidate supposée à l'investiture présidentielle socialiste, dans ce petit village de 600 habitants qui invite chaque année à sa fête une personnalité nationale du parti", raconte aussi le journal du soir.
Nous avons envie de voir en 2007 la France se relever et concrétiser ce désir d'avenir et de changement que nous voyons monter dans le pays. C'est même un devoir, une obligation morale de gagner. Ségolène Royal, le 20 août 2006 à Frangy-en-Bresse
Ségolène Royal revendique alors l'appartenance à une "lignée mitterrandienne", dressant la liste des valeurs selon elle inhérentes à l'ancien Président : "le devoir d'unité", "le courage", "la nécessité de changements profonds". Cette fête aux allures de premier grand meeting est également l'occasion pour elle de tester le concept de "désir d'avenir", qui deviendra l'un des marqueurs de sa campagne, puis le nom du courant qu'elle incarnera plusieurs années durant au sein du PS.
Le 29 septembre 2006, Ségolène Royal déclare officiellement sa candidature à Vitrolles, ville-symbole d'un pouvoir reconquis par la gauche après plusieurs années d'administration d'extrême droite. Elle gagnera haut la main la primaire du PS, le 16 novembre 2006, coiffant au poteau avec 60,62% des voix Dominique Strauss-Kahn (20,83%) et Laurent Fabius (18,54%).
La candidate du PS ne transformera cependant pas l'essai, lors du second tour de l'élection présidentielle, le 6 mai 2007. Elle rassemble alors 46,94 % des suffrages face à Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP, qui obtient 53,06% des voix.
La candidate malheureuse de 2007 n'a pourtant pas dit son dernier mot, et a annoncé le 10 juillet dernier qu’elle participerait à la primaire de l’espace socialiste prévue en octobre prochain. Un retour vers le futur pour celle qui a d'ores et déjà repris, dans sa déclaration de candidature sur X, son concept d'"ordre juste", lui adjoignant celui de "France tranquille" aux accents décidément mitterrandiens.
L'été d'avant présidentielle
A quoi ressemblent les étés qui ont précédé les élections présidentielles ? Quels événements ont bouleversé la campagne avant la période de cristallisation et le verdict des urnes ? Cet été, LCP vous propose de replonger dans les mois qui ont précédé plusieurs scrutins majeurs de la Ve République. Une série pour raconter ces étés où les certitudes d'alors ont parfois été balayées par l'histoire.Premier épisode : 1994, l'été ou Balladur était Président.
Deuxième épisode : 2001, le calme puis les tempêtes.