Le Pen, Attal, Tondelier et Mélenchon... Un dimanche aux airs de campagne, chacun brandissant "la démocratie"

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Les trois rendez-vous du dimanche 6 avril 2025.
Les trois rendez-vous du dimanche 6 avril 2025.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Vendredi 4 avril 2025 à 16:45, mis à jour le Vendredi 4 avril 2025 à 16:57

Même jour, même heure. Dimanche, le Rassemblement national de Marine Le Pen, près des Invalides à Paris, et le parti Renaissance de Gabriel Attal, à Saint-Denis, se feront face lors de deux meetings affirmant, chacun à sa manière, vouloir sauver ou défendre "la démocratie". Tout comme les écologistes et les insoumis qui ont, de leur côté, appelé à la mobilisation place de la République. 

C'est un dimanche très politique, aux airs de pré-campagne présidentielle, qui se prépare. Après la condamnation de Marine Le Pen, qui a décidé de faire appel, le Rassemblement national a annoncé qu'un "meeting de soutien" à sa triple candidate à la présidentielle sera organisé place Vauban à Paris, à proximité des Invalides, à partir de 15 heures. "On a un certain nombre de choses à dire, on veut pouvoir exprimer notre indignation", a justifié dans Le Parisien Marine Le Pen, qui "bien sûr, prendra la parole à cette occasion". Le maire de Perpignan, Louis Aliot, également condamné dans le procès des assistants parlementaires du Front national (ancien nom du RN), le président du parti Jordan Bardella, ainsi que son homologue et allié de l'Union des droites pour la République, Eric Ciotti, monteront aussi à la tribune.

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De quoi chambouler les plans de Renaissance. De longue date, le parti dirigé par Gabriel Attal avait coché cette date pour un grand "événement" à la Cité du cinéma, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). "Le 6 avril, ce sera une fête, une fête des idées (...) où l'on parlera de notre vision de la France, où l'on parlera d'avenir, d'espoir", avait annoncé l'ex-Premier ministre sur les réseaux sociaux. Ce devait notamment être l'occasion d'une restitution des états généraux lancés auprès des adhérents. Au programme aussi : une table ronde – intitulée "le bloc central rassemblé" – avec Edouard Philippe et François Bayrou, puis un "meeting" de Gabriel Attal, à 15h30. Même jour, même heure donc. 

Un duel, comme un avant-goût de 2027 ?

Mais ça, c'était avant. Dans la foulée de l'annonce du Rassemblement national, le changement de ton a été donné par Gabriel Attal lui-même. Mardi 1er avril, salle des Quatre-Colonnes à l'Assemblée nationale, le président du groupe Ensemble pour la République a lancé la contre-offensive, installant un face à face, à l'avant-goût de 2027.

"Je comprends que c'est avant tout un meeting [celui du Rassemblement national] contre l'indépendance et l'autorité de la justice. De mon côté, j'organise un rassemblement de ceux qui défendent la démocratie, dans le monde (...) et en France", déclarait-il ce jour-là devant les caméras. Une concomitance qui donne également une autre teneur et un autre relief à l'événement initialement prévu. 

Dimanche, une question simple sera posée aux Français. Est-ce qu'ils veulent que la France devienne l'Amérique de Trump ? L'entourage de Gabriel Attal

"La force du message [à Saint-Denis] sera décuplée par ce qui se passera au même moment place Vauban", avance-t-on dans l'entourage du chef de file du parti présidentiel, qui n'hésite pas à jouer la carte du duel, "préfigurateur du débat que les Français auront à trancher en 2027" : "Dimanche, une question simple sera posée aux Français. Est-ce qu'ils veulent que la France devienne l'Amérique de Trump ? Place Vauban, la réponse sera oui. A la Cité du cinéma, la réponse sera non." 

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Le meeting de Renaissance ? "De la retape bas de gamme", commente le député RN Jean-Philippe Tanguy. "A la base, c'était un meeting à la gloire de M. Attal. Ça finira comme un contre-meeting à la gloire de Marine Le Pen. [...] Mais vous savez, on n'a pas de mauvaise publicité", cinglait-il mercredi sur CNews"Que les choses soient très claires : nous ne laisserons pas les Français se faire voler l'élection présidentielle", avait lancé Marine Le Pen la veille, devant ses députés, lors d'une réunion de groupe exceptionnellement ouverte aux médias.

Dimanche, les images compteront. L'affluence aussi. "On a dû recommander des chaises ces derniers jours", indiquait-on mercredi dans le camp de l'ancien Premier ministre, où l'on dit attendre 5 000 personnes. La Cité du cinéma, "c'est beaucoup trop grand pour eux, une salle de kermesse de 50 places suffirait !", raillait, dans l'autre camp, Jean-Philippe Tanguy (RN). Selon une source policière citée par l'AFP, entre 5 000 et 8 000 personnes sont attendues au rassemblement du parti de Marine Le Pen.

La gauche veut aussi se faire entendre

Ce face à face annoncé, certains à gauche ne veulent pas le laisser sans réponse. C'est le cas des Ecologistes et de La France insoumise, qui appellent à un rassemblement, également dimanche, à 13 heures, place de la République, à Paris. "Ne laissons pas l'extrême droite faire sa loi", écrit le parti de Jean-Luc Mélenchon sur X.

"Oui, l'Etat de droit est bien sacré et intangible. Venez le rappeler. Dimanche", énonce de son côté, sur le même réseau social, la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier. Le parti Générations, fondé par Benoit Hamon, a également relayé cet appel à mobilisation contre "l'extrême droite [qui] attaque la justice, les magistrats, l’Etat de droit".

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Le Parti socialiste n'en sera pas. "Cela donnerait l'impression que ce serait la gauche contre l'extrême droite. Ce n'est pas ça le sujet. Je ne voudrais pas qu'on donne le sentiment que c'est un combat politicien, ce n'est pas un combat politicien", a justifié Nicolas Mayer-Rossignol, le premier secrétaire délégué du parti, sur Public Sénat. Selon lui, "ce n'est pas la bonne manière parce que nous devrions aussi mobiliser la société civile", "l'indépendance de la justice ne concern[ant] pas que les élus".

Seront également présents, place de la République dimanche : le syndicat Solidaires, l'association Attac, l'oganisation la "Jeune Garde antifasciste", ou encore l'Union étudiante et l'Union syndicale lycéenne. 

"On est là pour que l'ordre soit respecté et que toutes les expressions puissent avoir lieu"

François Bayrou a appelé, ce vendredi 4 avril, à "l'esprit de responsabilité" pour éviter des débordements en marge des rassemblements politiques prévus dimanche. "On est là pour que l'ordre soit respecté et que toutes les expressions puissent avoir lieu, en maintenant non seulement le calme mais le respect réciproque nécessaire", a déclaré le Premier ministre, interrogé en marge d'un déplacement à Nanterre (Hauts-de-Seine).

"Il n'y a pas de risque de troubles à l'ordre public", avait assuré un peu plus tôt sur CNews le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez. "On n'a pas d'informations qui laisseraient penser que les partisans d'un camp pourraient aller perturber le rassemblement de l'autre camp", a-t-il précisé, évoquant toutefois un "gros dispositif policier autour des manifestations", ainsi qu'une "présence policière un peu partout dans la capitale pour éviter [des] rencontres fortuites qui pourraient dégénérer".