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JL Mélenchon présentation du programme économique de la NUPES

Législatives : la Nupes revendique un programme économique "qui part des besoins"

Actualité
par Soizic BONVARLET, le Mardi 7 juin 2022 à 13:45, mis à jour le Mardi 7 juin 2022 à 18:04

Pouvoir d'achat, fiscalité, dette : des économistes proches de la Nouvelle union populaire écologique et sociale ont détaillé et défendu, autour de Jean-Luc Mélenchon, mardi 7 juin, le programme économique présenté par l'alliance de gauche.

"Une économie qui part des besoins" : c'est ainsi que le chef de file de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) a défini, lors d'une conférence de presse, la feuille de route de la politique qu'il souhaite appliquer si, comme il dit l'espérer, la gauche est majoritaire à l'Assemblée nationale à l'issue des élections législatives. Jean-Luc Mélenchon, en convoquant les économistes qui ont participé à édifier le programme de la coalition de gauche, a ainsi voulu répondre aux attaques de ses adversaires politiques, qui dénoncent un programme au mieux irréaliste, au pire dangereux.

Dans un registre extrêmement novateur, la droite, l'extrême droite et le gouvernement jouent la carte de la peur, de l’affolement : l'hiver nucléaire, les sauterelles et la catastrophe économique. Jean-Luc Mélenchon

Fustigeant "la nullité de la politique qui a été mise en œuvre", au travers de la "politique de l'offre" appliquée au cours du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon a revendiqué une stratégie de rupture en matière économique. S'emparant d'une analogie historique, il a déclaré : "Depuis une dizaine de jours, dans un registre extrêmement novateur, la droite, l'extrême droite et le gouvernement, jouent la carte de la peur, de l’affolement : l'hiver nucléaire, les sauterelles et la catastrophe économique, dans une tradition qui avait été abandonnée depuis la période de Monsieur Valéry Giscard d'Estaing, qui annonçait les mêmes malheurs économiques si Monsieur François Mitterrand était élu".

Prétendant à la tête du gouvernement si la cohabitation qu'il appelle de ses voeux venait à advenir, il a dénoncé trois grands axes du programme d'Emmanuel Macron pour les cinq années à venir : le recul de l'âge légal du départ à la retraite, le "travail forcé" selon son expression pour être éligible au RSA, et "un non-dit immense" consistant à ramener le déficit de l’État à 3%, ce qui conduirait d'après lui à une "saignée (...) la plus violente qu'on n'ait jamais vue. Lors de la campagne pour l'élection présidentielle, le locataire de l’Élysée avait évoqué l'objectif de "repasser le déficit sous les 3 % du PIB en 2027", en chiffrant cet effort à 50 milliards, tandis que Jean-Luc Mélénchon le chiffre à 80 milliards.

Le chef de file de la Nupes prône pour sa part une "relance générale du système", rappelant que le secteur de la consommation représente 53% du PIB français, et précise que son programme, chiffré à 267 milliards d'euros de recettes espérées est passé "à la moulinette de la Banque de France". Non que ce programme ait été soumis à l'institution, mais que, selon Jean-Luc Mélenchon, il a été bâti en tenant compte de la matrice budgétaire établie par la Banque de France.

"Oui, vous pouvez nous faire confiance, disons-nous aux Français : nous avons organisé, planifié, pensé ce que nous allons faire", a ainsi martelé le leader de La France insoumise, avant d'ajouter : "Il est temps de vivre avec son temps : la mondialisation heureuse est finie, le libéralisme triomphant a fait la preuve de son inefficacité".

"La hausse des salaires n'est pas responsable de l'inflation"

Après avoir affirmé la nécessité de sortir du "carcan néo-libéral", la présidente du Parlement de la Nupes et maîtresse de conférence en économie, Aurélie Trouvé, a cédé la parole à son collègue Eric Berr. Maître de conférence en économie à l'Université de Bordeaux, il a souhaité revenir sur l'idée selon laquelle la hausse des bas revenus pénaliserait l'embauche.

Il a ainsi indiqué que le SMIC avait été augmenté de 14% entre 1997 et 2002, sous le gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin, et que sur la même période, pas moins de deux millions d'emplois avaient été créés, contre trois millions au cours des dix années précédentes. Pour répondre aux craintes des entreprises, il a également rappelé que ces hausses de traitements étaient en partie prises en charge par l’État, au travers d'exonérations de cotisations sur les bas salaires. Un rapport gagnant-gagnant selon l'économiste, qui a souligné que la hausse du SMIC se traduirait en dépenses, participant de ce fait à remplir les carnets de commande.

À propos du risque de "spirale inflationniste" qui pourrait être alimentée par une hausse des salaires, il a également souhaité désamorcer ce qu'il estime être une idée reçue. "L'inflation repart aujourd'hui, pas à cause du futur programme de la Nupes, et alors qu'on est dans un environnement de modération salariale", a-t-il remarqué. "La hausse des salaires n'est pas responsable de l'inflation", a donc conclu Eric Berr, évoquant même un moyen de lutter contre la stagflation qui menace.

Une "révolution fiscale" qui rapporterait 40 milliards d'euros à l’État

Le professeur d'économie politique à l'Université de Genève, Cédric Durand, est quant à lui revenu sur la dette, qui pour certains, devrait constituer un frein à de nouvelles dépenses. Selon lui, la structure de la dette publique française n'aurait jamais été aussi favorable, avec "des taux d'intérêt qui n'ont jamais été aussi bas depuis cinq décennies". "Chaque jour qui passe, le volume de la dette diminue grâce à l'inflation que l'on connaît aujourd'hui", a-t-il affirmé. Il a également écarté le scénario d'une éventuelle crise de la dette, en raison notamment de "la centralité de la dette publique dans les mécanismes financiers", contrairement à 2008 ou à d'autres crises financières antérieures.

La co-présidente du groupe de La Gauche unie au Parlement européen, Manon Aubry, a quant à elle employé l'expression de "révolution fiscale" pour en finir avec "un déficit creusé par une politique en faveur des plus riches de notre pays". La député européenne a estimé qu'Emmanuel Macron avait "amputé" les recettes de l’État de "48 milliards d'euros par an", au travers, entre autres mesures, de la transformation de l'impôt sur la fortune en impôt sur la fortune immobilière. À l'argument de la fuite des entreprises et des plus riches en cas d'augmentation des impôts les concernant, elle a rappelé la volonté de son mouvement de mettre en place un impôt universel qui rattraperait ceux qui seraient tentés par l'exil fiscal. 

"Les 140 milliards donnés en cadeau aux grandes entreprises de ce pays, par des décharges d'impôt de toutes sortes, et qui correspondent au montant du déficit du Budget de l’État, n'a donné aucune espèce de résultat, sauf un enrichissement spectaculaire de ceux qui étaient déjà bien riches", avait argué quelques minutes plus tôt Jean-Luc Mélenchon, pour justifier de la mise en place d'une politique de la demande. Une orientation majeure de son programme, qu'il souhaite appliquer si à l'issue du second tour des élections législatives, le 19 juin prochain, la Nupes obtient une majorité à l'Assemblée nationale.