Les parieurs qui harcèlent les sportifs bientôt interdits de paris?

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Image d'illustration de tennis.
Image d'illustration. CC - Ahmed via Pexels
par Maxence Kagni, le Lundi 29 juin 2026 à 14:59

L'Assemblée nationale examine ce lundi la proposition de loi relative à l'organisation du sport professionnel. En commission, les députés ont adopté une mesure qui renforce les sanctions à l'encontre des parieurs qui harcèlent et insultent en ligne les sportifs du haut niveau, en particulier les joueurs et joueuses de tennis.

Les parieurs qui harcèlent les sportifs de haut niveau vont-ils bientôt être interdits de paris sportifs ? Ce lundi, l'Assemblée nationale examine la proposition de loi "relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel" : ce texte, issu d'une Sénat, contient des dispositions sur le financement du foot professionnel, mais aussi sur la gouvernance des fédérations ou encore la lutte contre le piratage.

Lors de l'examen du texte en commission des affaires culturelles, les députés ont ajouté une mesure visant à sanctionner plus fortement les parieurs qui harcèlent les sportifs, notamment les joueurs de tennis. Le phénomène est dénoncé depuis quelques années par les joueurs eux-mêmes : il n'est pas rare qu'ils reçoivent des insultes sur les réseaux sociaux, après une défaite, émanant de parieurs mécontents.

"Je sais que je suis une merde"

A titre d'exemple, la joueuse française Alice Tubello avait pris la parole dans le journal l'Equipe en août 2024, afin de dénoncer les plus de 300 messages haineux qu'elle avait reçus après une défaite au Pérou. "Certains ont perdu d'énormes sommes sur ce match et je me suis faite lyncher", expliquait alors la sportive, dans une interview donnée au quotidien sportif. Pire encore, la joueuse a été victime d'une usurpation d'identité en ligne, afin de faire croire que son père est un pédocriminel.

Gaël Monfils avait quant à lui répondu par l'humour en juin 2025, après une défaite à Stuttgart : "Vous écrivez que je suis une merde. Je sais que je suis une merde, on sait tous que je suis une merde et vous pariez quand même sur moi ? Qui est le plus débile entre vous et moi, honnêtement ?", avait lancé le tennisman français, dans une vidéo relayée par l'Equipe.

Face à ce phénomène les initiatives se multiplient. En 2022, la ligue de football professionnelle (LFP) et l'autorité nationale des jeux (ANJ) ont lancé la campagne #ParierSansClasher, afin de sensibiliser les parieurs. En 2023, la fédération française de tennis (FFT) a signé un partenariat avec une entreprise spécialiste de la modération de contenus, afin d'offrir ses services aux joueuses et joueurs du tournoi de Roland-Garros.

Les opérateurs de paris en ligne commencent eux aussi à s'emparer du sujet. Au début de l'année 2026, Betclic a modifié ses règles d'utilisation visant à prévenir les "actes de harcèlement, d'insulte ou de menace" vis-à-vis des sportifs, en prévoyant des suspensions provisoires voire définitives et des signalements aux autorités.

Une interdiction de jeu

"De nombreux sportifs professionnels sont victimes de cyberharcèlement par des parieurs sans scrupules – les cas de plusieurs joueurs de tennis ont été médiatisés l’an passé, mais le phénomène est plus large", a expliqué le député Belkhir Belhaddad (apparenté Socialistes), lors de l'examen en commission de la proposition de loi. 

"C'est un vrai fléau qui grève la santé mentale des sportifs et a un impact sur leur niveau de compétitivité, ce qui peut fausser l'équité sportive", commente auprès de LCP Belkhir Belhaddad, qui précise que le phénomène touche aussi les sports collectifs. L'élu a donc proposé un amendement qui prévoit que le ministère de l'Intérieur pourra prononcer une "interdiction administrative de jeux à l’encontre des parieurs qui harcèlent les sportifs ou leur entourage avant, pendant ou après le déroulement d’une rencontre".

Cet amendement, adopté par la commission, pourrait être complété par un autre, qui sera examiné ce lundi après-midi. Il vise à aller plus loin en se basant sur le modèle des interdictions de stade : il propose de créer une "peine complémentaire d'interdiction de jeu" prononcée par le juge judiciaire et pouvant aller jusqu'à cinq ans.

Ces dispositions, pour entrer en vigueur, devront être adoptées par les députés dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale en début de semaine puis être encore présentes dans le texte qui sera définitivement voté par le Parlement.