Marine Le Pen, condamnée mais pas écartée de la présidentielle: le récit depuis la cour d'appel de Paris

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La cour d'appel de Paris (© LCP)
La cour d'appel de Paris (© LCP)
par Raphaël Marchal, le Mardi 7 juillet 2026 à 16:53

Marine Le Pen a été condamnée par la cour d'appel de Paris à un an de prison ferme et à 15 mois d'inéligibilité ferme. Une peine allégée, qui n'éteint pas les doutes sur sa candidature à l'élection présidentielle. Le récit de cette heure d'audience sous haute tension.

Dans la salle d’audience surchauffée de la cour d’appel de Paris, Marine Le Pen connaît maintenant son avenir judiciaire. Et les calculs commencent déjà pour la présidentielle. En moins d'une heure, la dirigeante du RN est fixée sur son sort: dans l'affaire des assistants des eurodéputés du FN, elle est jugée coupable de détournement de fonds publics et condamnée à trois ans de prison, dont un ferme aménageable sous bracelet électronique, à une peine d'inéligibilité de 15 mois ferme, déjà purgée, et à 100.000 euros d'amende.

Dans la salle, personne n’a besoin d’attendre un communiqué du RN ou son intervention sur TF1 ce mardi soir pour comprendre. La condamnation est lourde, mais la porte de 2027 n’est pas refermée. Avant la décision de la cour, Marine Le Pen avait répété qu'elle ne ferait pas campagne sous bracelet électronique et se retrouve face à un dilemme. Elle pourrait être candidate, pour la quatrième fois, mais devrait porter un bracelet électronique, dans des modalités qui restent à définir. 

Un calme apparent

Vêtue d'un pantalon noir et d'un blazer rose pâle, Marine Le Pen est arrivée autour de 13h15, quinze minutes avant le début de l'audience, fendant une foule compacte de journalistes installés de part et d'autre du couloir, pour pénétrer dans une salle d'audience où la température a déjà monté. La cheffe de file du RN a pris le temps de saluer les proches qui avaient fait le déplacement, situés au premier rang du public. Parmi eux, les députés Bruno Bilde, Caroline Parmentier, Jean-Philippe Tanguy et Laure Lavalette, ou encore le secrétaire général du groupe à l'Assemblée, Renaud Labaye.

Sans trahir une quelconque fébrilité, Marine Le Pen a également devisé avec certains des onze autres prévenus qui avaient fait appel, parmi lesquels deux députés de son groupe, Julien Odoul et Thimothée Houssin. La potentielle candidate du RN à l'élection présidentielle s'est ensuite assise, après avoir secoué sa veste pour témoigner de la chaleur perceptible par tous. On l'attendait pour durer entre deux et trois heures, mais finalement, l'audience a duré moins d'une heure, dans une salle bondée. Seuls 75 journalistes avaient été acceptés pour s'installer dans la salle.

À 13h30, la présidente de la cour, Michèle Agi, a débuté la lecture de son arrêt, rappelant les faits "graves" reprochés aux prévenus, qui se sont déroulés sur trois mandatures, pendant 11 ans, avec une somme conséquente en jeu, et impliquant des élus avec une exigence de probité élevée. "L'étude des différents contrats au cas par cas, l'implication de nombreux protagonistes et de plusieurs assistants parlementaires attestent d'un mode de fonctionnement s'apparentant à un système visant à accaparer les fonds du Parlement européen", a-t-elle souligné.

Des peines plus légères en appel

Rapidement, la présidente en vient aux premières peines, plus clémentes pour ses co-prévenus. Marine Le Pen entrevoit-elle à cet instant une candidature à l'élection présidentielle ? Quand vient son tour, elle se dresse, sachant que son avenir politique dépend en grande partie des mots que va prononcer la présidente. La peine tombe. La fille de Jean-Marie Le Pen, accusée d'être "l'instigatrice" du système de détournement de fonds publics à la suite de son père, encaisse, visage fermé.

Sur les bancs de la presse, on se lance dans des calculs. 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, soit 15 mois ferme, une peine déjà purgée par l'exécution provisoire prononcée en première instance. La cour considère que l'exécution de cette peine a "réparé l’atteinte à la probité dans une mesure compatible avec les garanties fondamentales reconnues au citoyen et que l’ignorer porterait atteinte au principe de liberté des candidatures".

L'année de prison ferme est déjà plus contraignante, elle qui avait conditionné sa candidature à une absence de bracelet électronique. Les modalités d'application de cette peine pourraient toutefois l'exonérer d'une partie de cette période, ce qui allégerait les contraintes de cet équipement, peu propice pour sillonner la France durant une campagne électorale. Une fois les peines connues pour l'ensemble des prévenus, le public est rapidement évacué. À peine peut-on apercevoir Marine Le Pen en grande discussion avec l'un de ses avocats, probablement pour évoquer les conséquences précises de l'arrêt.

La double finaliste à l'élection présidentielle quitte la cour d'appel par une des petites sorties annexes, sans faire aucune déclaration. Pas d’image triomphale sur les marches, pas de déclaration à chaud devant les caméras. Elle part loin de la nuée de journalistes qui l’attendait. "Nous allons réfléchir cet après-midi sur l'ensemble de la décision et nous ferons une communication ultérieure", a indiqué à la sortie Me Rodolphe Bosselut, l'un des avocats de Marine Le Pen, rapporte Le Parisien.

La cheffe de file du RN s'est déjà rendue au siège du parti, dans le 16e arrondissement de la capitale, ou une tout autre audience l'attend, seulement entourée de ses pairs. Doit-elle y aller ? Doit-elle céder la place à Jordan Bardella ? Marine Le Pen devrait dévoiler la réponse au journal de 20 heures de TF1.