Parcoursup est "un échec sur le plan politique", selon un rapport parlementaire

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Des étudiants regardent un ordinateur portable (image d'illustration / © Pexels)
par Raphaël Marchal, le Mardi 17 février 2026 à 17:47

Dans un rapport présenté ce mardi 17 février, les députés Pierrick Courbon (Socialistes) et Frantz Gumbs (Les Démocrates) estiment que Parcoursup est "une réussite sur le plan technique", mais un "un échec sur le plan politique". Ils plaident notamment pour une modification du calendrier de Parcoursup et pour une plus grande transparence de l'ensemble du processus de sélection. 

Chaque année, c'est le même rituel : les futurs étudiants sont appelés à renseigner leurs vœux d'orientation sur la plateforme Parcoursup. Et ce n'est qu'au bout de longs mois anxiogènes que les sélections finales sont dévoilées. En 2025, pas moins de 980 000 lycéens, ou étudiants en réorientation, se sont inscrits sur la plateforme d'orientation dématérialisée, mise en place en 2018.

Régulièrement sous le feu des critiques, Parcoursup représente pourtant un progrès sur le plan technique par rapport à la plateforme précédente, Admission post-bac (APB), constatent Pierrick Courbon (Socialistes) et Frantz Gumbs (Les Démocrates), qui ont présenté, ce mardi 17 février, les conclusions de leur mission flash sur Parcoursup. 

Un calendrier source de "stress"

Les deux élus pointent toutefois dans leur rapport des avancées encore insuffisantes par rapport à la plateforme APB, notamment en matière de transparence des critères et outils utilisés par les commissions d'examen des vœux. Le calendrier des différentes phases, "davantage construit en réponse aux contraintes des professionnels" que dans l'intérêt des lycéens, reste "source manifeste de stress et d’angoisse pour les candidats et de tension pour les équipes des formations".

En outre, le nombre de réorientations, qui devait baisser, est resté "élevé et stable" depuis la mise en place de Parcoursup. Et la réussite en licence "ne s'est pas significativement améliorée", du moins pas au niveau attendu. Ainsi, "seuls 40 % des bacheliers obtiennent leur diplôme de licence en 3 ou 4 ans, avec un véritable écart en fonction du niveau académique des bacheliers". Ce fort taux d'échec en licence illustre "l'échec relatif de l'un des objectifs majeurs de la loi ORE", qui a mis en place Parcoursup, estiment les deux députés.

Autre objectif mis en avant à l'époque de la mise en place de la plateforme : la nécessité d'améliorer la démocratisation de l'accès au supérieur, limitée par la persistance d'inégalités socio-culturelles et territoriales. Or, les dispositifs d’ouverture sociale mis en place ces dernières années "ont un effet très mineur sur la répartition des catégories sociales", constatent les corapporteurs, qui considèrent que Parcoursup ne contribue pas à réduire les déterminismes sociaux. 

C'est au regard de ces résultats que les auteurs du rapport écrivent que le dispositif est "un échec sur le plan politique".

51 propositions d'amélioration

Dans leur rapport, Pierrick Courbon et Frantz Gumbs proposent 51 mesures destinées à améliorer Parcoursup, son fonctionnement et son utilisation. Certaines sont directement destinées aux usagers - familiariser dès la seconde les futurs candidats et prévoir une optimisation de la plateforme sur les téléphones. D'autres vont plus loin, comme celle qui propose de modifier le calendrier des phases de Parcoursup, en recommandant la "recherche d'une alternative crédible" faisant primer l'intérêt des candidats.

Les deux députés repoussent, en revanche, la "prétendue opacité" de Parcoursup, rappelant que le code de l'algorithme national fait l'objet d'une publication, contrairement à une croyance tenace. Cette confusion, expliquent-ils, est entretenue par "l’existence éventuelle d’algorithmes locaux propres aux formations, combinée avec les mécanismes de discrimination positive des algorithmes nationaux de Parcoursup". Afin de renforcer la transparence du système, ils préconisent donc de publier les algorithmes locaux qui servent à effectuer les classements, tout en proposant d'indiquer les critères éliminatoires sur les fiches des formations.

Supprimer la lettre de motivation

Autre source de stress sur laquelle le rapport se propose d'agir : certaines formations non sélectives très demandées ne peuvent pas refuser les candidats qui postulent. Mais devant l'afflux des demandes, certains restent classés "en attente" pendant une période prolongée, ce qui est générateur d'anxiété et de frustration. Pierrick Courbon (Socialistes) et Frantz Gumbs (Les Démocrates) préconisent donc de signaler sur la plateforme les formations particulièrement demandées. Par ailleurs, ils proposent de supprimer la mention du lycée d'origine des candidats dans les dossiers transmis aux formations, afin d'éviter tout biais discriminatoire.

D'autres propositions visent plus généralement à faire progresser le fonctionnement de la plateforme, en améliorant ses outils de recherche et en renforçant l'information des usagers (frais, débouchés d'études, etc.). Sur un autre plan, les corapporteurs suggèrent de supprimer la lettre de motivation, s'interrogeant sur la pertinence de sa systématisation pour l'ensemble des formations, qui plus est à l'heure de l'intelligence artificielle.

Enfin, ils déplorent la persistance de formations de "qualité médiocre délivrant des diplômes dénués de toute valeur", jugeant que Parcoursup devrait être une "zone de confiance". Pierrick Courbon (Socialistes) regrette tout particulièrement les "atermoiements" du gouvernement concernant la régulation de l'enseignement supérieur privé à but lucratif, malgré un certain nombre de dérives dénoncées ces dernières années. Dans une veine similaire, le recours croissant au coaching privé à l'orientation "est le symptôme le plus terrible de l'échec de nos politiques publiques d'orientation", constate le rapport, qui appelle à la régulation du secteur.

Parcoursup, un "bouc émissaire"

Les deux députés mettent toutefois en garde contre la tentation de jeter le bébé avec l'eau du bain, soulignant que Parcoursup souffre d'une "mauvaise connaissance", qui alimente une "sorte de psychose collective permanente depuis 8 ans". Par exemple, écrivent-ils à plusieurs reprises, le dispositif est "régulièrement accusé d'être à l'origine de l'échec des candidats à intégrer la formation de leur choix", alors qu'il "ne sélectionne ni ne classe les candidats". Ce sont en effet les commissions d'évaluation des formations qui y procèdent.

Et d'estimer que la plateforme est le "bouc émissaire d'un sous-financement structurel de l'enseignement supérieur public". Les objectifs consistant à amener 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat et 50 % vers un diplôme de l’enseignement supérieur ayant mécaniquement conduit à une hausse du nombre d'étudiants, sans que les moyens n'augmentent en proportion, souligne le rapport.