Guerre au Moyen-Orient : "Il faut montrer une fermeté, même défensive", affirme Hubert Védrine sur LCP

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Hubert Védrine sur LCP, le 9 mars 2026
Hubert Védrine sur LCP, le 9 mars 2026 (© LCP)
par Raphaël Marchal, le Lundi 9 mars 2026 à 21:20, mis à jour le Lundi 9 mars 2026 à 21:37

Situation en Iran, relations entre Israël et les Américains, poids de la France à l'international... Invité de LCP ce lundi 9 mars, l'ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, est revenu sur les enjeux du conflit au Moyen-Orient.

Grand commis de l'Etat, proche de François Mitterrand, Hubert Védrine était l'invité de "Lundi, c'est politique", ce 9 mars. L'ex-ministre des affaires étrangères (1997-2002) est longuement revenu sur les enjeux et conséquences du conflit au Moyen-Orient, déclenché par les frappes israélo-américaines le 28 février dernier.

"Cela devait arriver", a-t-il constaté, un brin fataliste, soulignant que les Etats-Unis n'avaient jamais dirigé la crise des otages de 1979. Constatant l'intensité et la régionalisation du conflit en cours, Hubert Védrine a toutefois souligné qu'il n'y avait pas "d'inquiétude directe à avoir" concernant sa transformation en guerre mondiale. "Il y a beaucoup d'émotion par rapport à tous les peuples frappés dans la région", a-t-il indiqué, tout en saluant les décisions prises par Emmanuel Macron pour "assurer la protection de nos intérêts". "Il fait le job. Il parle d'accompagnement. [...] Cela fait partie du fait qu'il faut montrer une fermeté, même défensive."

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Bien qu'il ne sache pas combien de temps le conflit pourrait durer, l'ex-ministre des Affaires étrangères ne serait pas surpris qu'une divergence éclate rapidement entre les Etats-Unis et Israël, si Donald Trump sentait monter un vent de contestation interne. "A ce moment-là il arrêtera, et il inventera qu'il a atteint l'objectif", a-t-il soutenu à propos du président américain. D'autant plus, a souligné Hubert Védrine, qu'il existe une "désaffection sans précédent" pour Israël aux Etats-Unis, non pas liée à l'opération en cours, mais davantage à la situation à Gaza.

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Même s'il est favorable à un changement de régime, l'ancien porte-parole de la présidence juge qu'il serait mal venu d'appeler les Iraniens à aller manifester, si cela devait entraîner un "nouveau bain de sang". Sur la période récente, ils ont cru en Trump, et ils se sont fait massacrer", a-t-il rappelé en référence aux manifestations qui ont secoué le pays au début de l'année, et qui ont été durement réprimées, causant la mort de plusieurs milliers de personnes.

La France, une "puissance moyenne d'influence mondiale"

Hubert Védrine n'a pas paru spécialement surpris que les Etats-Unis et Israël ne préviennent pas leurs alliés européens du lancement de l'opération en Iran, dans la continuité de ce qui se fait depuis des décennies. "Les alliés, c'est un terme très gentil. En fait, on est les protégés", a-t-il fait développé. "On peut dire 'c'est insupportable, c'est une humiliation atroce. Il faut que les Européens se décident à aller dans le sens de ce pourquoi Macron prêche depuis des années : l'autonomie stratégique", a-t-il estimé. Avant de ressortir une expression qui avait fait florès quand il était encore ministre : "La France est une puissance moyenne, d'influence mondiale."

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Dès lors, soupeser continuellement le poids de la voix française à l'international "est une interrogation un peu lancinante, un peu masochiste, un peu nostalgique", "typiquement française", a poursuivi Hubert Védrine. "On se réfère encore à Louis XIV, à Napoléon, à de Gaulle. Globalement, les Occidentaux ne sont plus les maîtres du monde."

La question de la Palestine

L'ancien ministre est également revenu sur l'avenir de la Palestine, jugeant notamment que Donald Trump n'a pas renoncé à son plan pour Gaza. Il a également réfléchi à une alternative : "Etant donné que Netanyahou a fait le sale boulot, a réussi à affaiblir toutes les menaces sur Israël - Hezbollah, Hamas, Iran -, est-ce que c'est encore dangereux d'imaginer un Etat palestinien ?", a-t-il questionné.

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"Avec le plan Trump pour Gaza, il y a une sorte d'embryon d'autorité palestinienne. Ils ont choisi 15 technocrates palestiniens pour s'occuper de Gaza éventuellement. Ce qui est déjà trop pour Netanyahou et ses alliés. Sauf si [...] Netanyahou voyait qu'il y a une chance historique de tout changer, pour qu'il n'y ait pas seulement une victoire militaire  israélienne, [...] mais une incroyable percée politique", a-t-il détaillé, précisant toutefois que cette vision relevait de "l'utopie".