"Pas de solution européenne": pourquoi les impôts français dépendent encore de technologies américaines

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Thomasz Blanc
Le chef du service des systèmes d'information de la DGFiP, Thomasz Blanc, à l'Assemblée nationale le 7 mai 2026.
par Soizic BONVARLET, le Vendredi 8 mai 2026 à 06:50

Auditionné par la commission d'enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques de la France dans le secteur du numérique, le chef du service des systèmes d'information de la DGFiP, Tomasz Blanc, a admis des "dépendances extra-européennes" malgré une volonté de s'en affranchir progressivement. L'administration a notamment recours aux américains Oracle et IBM pour la déclaration en ligne des revenus et la paye des fonctionnaires.

"Il n'y a pas de solution européenne pour couvrir tous nos besoins". C'est ainsi que le chef du service des systèmes d’information de la direction générale des finances publiques (DGFiP), Tomasz Blanc, a justifié les dépendances extra-européennes de son administration en matière numérique. Des dépendances cependant assorties d'"une stratégie pour les maîtriser, les réduire, et ne pas en créer de nouvelles".

Dépendance américaine

Tomasz Blanc a rappelé devant la commission d'enquête présidée par Philippe Latombe (Les Démocrates), et dont la rapporteure est Cyrielle Chatelain (Ecologiste et social) que 95 000 agents faisaient usage au quotidien des 795 applications mises à leur disposition. "La DGFiP, c'est une administration numérique", a-t-il aussi martelé, évoquant notamment les déclarations en ligne des usagers, qu'ils soient des particuliers ou des entreprises, ou encore la fonction d'interface avec toutes les administrations, Etat et collectvités locales confondus, au regard des questions financières.

"On manipule des données qui ont une certaine sensibilité, donc la question de la protection et de la sécurité est très importante", a souligné Tomasz Blanc. Avant de faire état d'une dépendance héritée des années 1980 aux systèmes américains. IBM en particulier, pour le calcul de l'impôt sur le revenu, de la taxe foncière, les échanges bancaires et la paye des fonctionnaires. Et Oracle pour la déclaration en ligne des revenus, le calcul des référentiels fiscaux, ou encore la comptabilité des collectivités locales.

Concrètement, ces systèmes interviennent dans des opérations sensibles comme le calcul de l’impôt. Leur bon fonctionnement conditionne une partie de la vie administrative du pays, dans un contexte international où le rôle d'allié des Etats-Unis est parfois remis en question.  

L'essor des logiciels libres

"[Organiser] la migration pour sortir de ces systèmes sont des projets complexes, longs, coûteux", a expliqué Tomasz Blanc, qui a indiqué que son administration était sur le point de se passer d'IBM au profit de logiciels libres pour les payes des fonctionnaires d'Etat, soit deux millions d'agents.

Il a également souligné que la dépendance aux GAFAM était minime. "Sur Microsoft notre dépendance est réduite au système d'exploitation du poste de travail", a-t-il indiqué. "Grâce aux logiciels libres, nous sommes peu dépendants de Microsoft, par exemple on n'utilise pas la Suite Office mais LibreOffice", a-t-il fait valoir avant d'ajouter que "l'émergence des technologies Cloud permet de ne pas créer de nouvelles dépendances".