Présidentielle 2027: les insoumis lancent la campagne de Jean-Luc Mélenchon... dans l'hémicycle

Actualité
par Maxence Kagni, le Mardi 5 mai 2026 à 13:00, mis à jour le Mardi 5 mai 2026 à 13:17

Alors que les députés ont commencé ce lundi 4 mai l'examen de l'actualisation de la loi de programmation militaire, les députés LFI Bastien Lachaud et Aurélien Saintoul ont évoqué à plusieurs reprises la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle. Une insistance assumée par les insoumis, mais qui a pu agacer la ministre des Armées, Catherine Vautrin.

La campagne présidentielle de 2027 a-t-elle débuté lundi soir dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale ? Les députés La France insoumise Bastien Lachaud et Aurélien Saintoul ont profité du début de l'examen du projet de loi "actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030" pour évoquer à plusieurs reprises le nom et le programme de Jean-Luc Mélenchon, qui a officialisé dimanche sur TF1 sa quatrième candidature à l'Elysée.

Lors du lancement des débats, Bastien Lachaud a défendu lundi après-midi une motion de rejet préalable au texte, qu'il juge "mal pensé, mal ficelé". Mais en plus de dénoncer une loi qui, selon lui, "fragilise notre défense nationale et entraîne notre pays dans la spirale de l'escalade", le député de Seine-Saint-Denis a consacré presque six minutes de son temps de parole à présenter le programme de sa formation politique en matière de défense. 

"Depuis 2017, nous défendons avec Jean-Luc Mélenchon que les nouvelles frontières de l'humanité que sont le numérique, les fonds marins, l'espace seront les clés des affrontements de demain", a déclaré Bastien Lachaud, qui promet notamment de "financer une IA française", ou encore d'"organiser la sortie de l'Otan" si LFI parvenait au pouvoir.

Tout au long de la soirée, Bastien Lachaud a émaillé ses interventions de références au candidat insoumis à l'élection présidentiele : "Faire de la France une puissance au service de la paix, c'est notre place, notre rang, notre devoir et nous le ferons en 2027 avec Jean-Luc Mélenchon à l'Elysée", a par exemple déclaré l'élu de Seine-Saint-Denis. Son collègue Aurélien Saintoul a aussi évoqué la "prescience du programme de Jean-Luc Mélenchon" dans les domaines de la "dronisation" et la définition des "nouvelles frontières de l'humanité".

Jean-Luc Mélenchon comparé à Marcel Déat par EPR

En réponse, le député François Cormier-Bouligeon (Ensemble pour la République) a dénoncé la "bien singulière entrée en campagne de Monsieur Mélenchon" qui "intime à ses députés l'ordre de présenter et de voter une motion de rejet contre l'actualisation de la loi de programmation militaire".

L'élu EPR du Cher a estimé que cette démarche "conforte sa place de personnalité politique la plus détestée par les Français", allant jusqu'à comparer le leader insoumis à Marcel Déat, figure de la collaboration et ministre dans le gouvernement de Vichy lors de la seconde guerre mondiale. Et François Cormier-Bouligeon de poursuivre en ironisant sur "l'extrême gauche" et "l'extrême droite" dont "les dirigeants sont candidats à vie à l'élection présidentielle".

De son côté, Laurent Jacobelli (Rassemblement national) a accusé le gouvernement de préparer, lui aussi, la campagne présidentielle avec la loi de programmation militaire : "Je sais qu'on est en campagne mais vous allez faire rentrer cette actualisation de la LPM dans le compte de campagne de Monsieur Attal, Monsieur Philippe, Monsieur Retailleau ?", a lancé le député de Moselle.  

La teneur des débats a semblé agacer Catherine Vautrin : "J'ose espérer que cette loi de programmation militaire ne sera pas faite en raison des tracts électoraux des uns et des autres", a déclaré la ministre des Armées. Une interpellation qui a permis au député communiste Jean-Paul Lecoq de détendre l'atmosphère : "Moi, je suis tranquille, j'ai pas de candidats pour l'instant, donc déjà je ne vais pas en citer", a ironisé l'élu de Seine-Maritime.

Une méthode assumée par LFI

"Le début de campagne de certains candidats a assurément des conséquences, en particulier à l'extrême gauche", commente ce mardi auprès de LCP Yannick Chenevard (Ensemble pour la République), l'un des deux rapporteurs du texte. "Il s'agit d'actualiser la LPM, pas de faire de la communication pré-présidentielle", fustige le député du Var. "Nous parlons de nos armées et de celles et ceux qui les servent parfois jusqu'au sacrifice ultime, la dignité s'impose", conclut Yannick Chenevard.

"Qu'attendre de députés insoumis si ce n'est qu'ils défendent le programme L'Avenir en commun, qui est porté aujourd'hui par Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle ?" a, quant à lui, répondu ce matin Bastien Lachaud, lors de la conférence de presse hebdomadaire de son groupe.

"Nous disons lors des campagnes électorales ce que nous faisons à l'Assemblée nationale ultérieurement et vice versa", a expliqué l'élu, ajoutant que les députés LFI ne diront pas "une chose à l'Assemblée nationale pour plaire à certains", tandis que leur candidat "dir[ait] autre chose". Une stratégie totalement assumée qui devrait donc se poursuivre.

L'examen de l'actualisation de la LPM est prévu pour durer jusqu'à jeudi dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, avant un vote solennel programmé le mardi 12 mai.